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Bgayet. Histoire vraie de la table d’orientation située au Pic des Singes

Posté par Rabah Naceri le 24 juillet 2017

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Beaucoup de personnes de la wilaya de Bgayet ou d’autres régions visitent le Pic des Singes et prennent des photos souvenirs à côté de la table d’orientation mais rares sont celles qui connaissent son histoire. Comme je suis directement impliqué dans sa réhabilitation, alors je me suis senti le devoir d’apporter quelques informations la concernant.

Il y a lieu de dire que la première table d’orientation qui a existé était l’oeuvre de l’armée coloniale avec le soutien de la municipalité bougiote. Malheureusement, cette table a souffert de la maltraitance de certaines personnes, qui ne connaissaient certainement pas l’intérêt d’une telle oeuvre. Au fil des années, cette table a pratiquement disparu du socle et beaucoup de personnes ont continué à visiter le site sans se désoler de la disparition de cette table d’orientation puisque aucune trace de celle-ci ne subsistait pour leur rappeler son existence.

A la faveur du classement du massif du Gouraya en Parc National, celui-ci bénéficia d’un budget qui devait servir à sa mise en défens et à sa mise en valeur sous la direction éclairée de Monsieur Ali Mahmoudi. La réhabilitation de la table d’orientation figurait dans le projet de développement du PNG. C’est ainsi que le directeur du PNG avait contacté un artiste reconnu, natif de la ville, Nouredine Bouzidi, assisté d’un autre artiste Khoudir Bourihane pour étudier la possibilité de recréer une table d’orientation sur la base des photos, gravures et documents disponibles fournis par le directeur du PNG.

Un jour, le jeune artiste, Khoudir Bourihane, est venu me solliciter, en ma qualité de Président d’Apw (1997 – 2002), pour financer la confection de cette nouvelle table d’orientation du moment que les aménagements de la placette qui devait recevoir cette oeuvre sont déjà lancés par le PNG. Il me proposa également que les noms des lieux, sommets, crêtes, etc….soient transcrits avec leurs appellations locales, c’est à dire en Kabyle. J’ai tenu à apporter cette précision  car l’ancienne table d’orientation que les militaires français ont réalisé, tous les noms de lieux ont été arabisés:oued au lieu de assif, djebel au lieu de adrar, beni au lieu de aït, etc…
J’avoue que j’ai adhéré pleinement à cette proposition et je leur ai accordé mon accord de principe en attendant son inscription à l’ordre du jour d’une session Apw pour délibération et exécution.

L’artiste m’a suggéré la confection de trois galettes, composée de portions, pour pouvoir les remplacer en cas de destruction ou de saccage d’une partie ou de la totalité. Le coût de réalisation des 3 galettes a été évalué à 27 millions de centimes. Après l’accord de principe, les deux artistes se sont lancé dans les recherches et les enquêtes, qui ont duré des semaines, sur les lieux qui bordent le golf de Bgayet  pour actualiser les noms des crêtes, des collines, des rivières, des talwegs, etc…

L’inscription du financement de cette table d’orientation a été faite dans des délais très courts et son adoption par l’assemblée de wilaya ne posa aucune difficulté de la part des élus. La délibération a donc été rapidement exécutée et la somme, grevée d’affectation spéciale, a été versée dans le compte bancaire du PNG qui, à son tour, remettra le montant représentant les honoraires de l’artiste.

Quelques mois plus tard, l’assistant de Nouredine Bouzidi, se présenta à l’Apw pour m’informer que la table d’orientation a été fixée sur son socle et que je pouvais la voir sur site et que les deux autres répliques sont confiées à la direction du PNG.
Le lendemain, je me suis fait conduire jusqu’au site et je fus émerveillé par la belle réalisation artistique. J’ai, toutefois, relevé une anomalie que je n’ai pas manqué de signaler à l’artiste et au directeur du PNG. Il a été mentionné que cette table a été sponsorisée par l’Apw et l’Apc de Bgayet alors qu’elle n’a été financée que par l’Apw et que l’Apc est totalement écartée.
L’explication qui m’a été donnée n’était pas du tout convaincante, car subjective. Soi-disant le périmètre du PNG se trouvait dans le périmètre de la commune de Bgayet. Pour éviter d’avoir à refaire d’autres galettes aux frais de l’artiste, j’ai préféré laisser passer l’erreur.

Le clou de l’histoire.

Le clou de l’histoire, c’est lorsque le wali de l’époque (ce même commis de l’Etat, alors qu’il était Drag à Bgayet, qui a traité les caractères amaziɣ de caractères distinctifs et qui a sommé tous les propriétaires de bus de voyageurs d’effacer toute trace de cette langue sous peine de poursuites judiciaires et de mise en fourrière du véhicule) a appris la nouvelle de la fixation de la nouvelle table d’orientation avec l’amaziɣisation des noms des lieux, il piqua une crise rouge et qu’il m’a fait parvenir, par un messager, de sa ferme décision de la démolir pour la remplacer par celle des militaires français où les noms étaient arabisés.
Je lui ai fait parvenir ma réponse par le même canal que la table sera maintenue comme elle est et que personne n’a intérêt à la modifier.

Telle est l’histoire exacte de la table d’orientation que vous avez le plaisir de voir et de prendre en photo lorsque vous visitez le célèbre Pic des Singes.

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Je vous donnerai ci-dessous l’histoire détaillée de l’ancienne table d’orientation de Bougie, celle qui fut la première table d’orientation d’Afrique, telle que rapportée par notre ami journaliste M.A.H.

Installée en 1934, cette œuvre d’exception fait partie du patrimoine historique de Béjaia. Retour sur l’art spécifique de sa fabrication et la genèse singulière de son acquisition.

Surplombant la ville de Béjaïa, le mont Gouraya fascine le regard, par son ampleur et sa crête décharnée de calcaire rocheuse, façonnée des mains de la nature. Du sommet jusqu’à la pointe du cap Noir, elle s’abaisse par ressauts successifs de sept monticules juxtaposés, que les Béjaouis appellent «Sebâa Djebilat».

L’un d’eux est le Pic des singes, puissant piton en forme de coupole, qui domine la mer de 430 mètres et dont la masse imposante émerge des profondeurs abyssales, où il plonge d’un trait. Du plateau des ruines, où s’achève la route carrossable issue de la ville, s’ouvre un chemin facile qui mène à ce promontoire remarquable.

De ce poste de dune, où l’on trouve une table d’orientation, les alentours paraissent écrasés ; le vertige surprend le flâneur. Un panorama impressionnant s’offre à l’œil envoûté. D’un côté, la mer insondable ; en contrebas, les trois caps du Carbon, Noir et Bouack et la vallée des singes ; de l’autre côté, l’immense golfe de Béjaia, que bordent l’élévation et la raideur de la chaine des Babors.

Par beau temps, le regard s’étend au-delà de l’extrémité orientale du golfe, à plus de cent kilomètres, vers Jijel. Une initiative touristique Longtemps inaccessible, le «pic des singes» doit son nom aux multiples quadrupèdes qui y trouvaient refuge.

Table En 1924, après la constitution du Parc national de Gouraya, Félix Borg, alors président du syndicat d’Initiative de tourisme de Bougie, et également maire de la ville, eut l’idée de rendre ce pic accessible aux touristes. Pour la réalisation de ce projet le maire reçut le soutien de Victor Boutilly, alors directeur du service des Eaux et forêts en Algérie, qui cherchait également à promouvoir les points les plus pittoresques des parcs nationaux du pays. Ce dernier chargea M.Lafage, inspecteur principal du service des Eaux et forêts à Bougie, de diriger aussi bien le décapage du sommet que l’ouverture du chemin d’accès à ce piton, à partir du plateau des ruines.
Les coups de mine pour ce travail difficile commencèrent en 1924. Quelques années plus tard, Félix Borg, qui œuvrait toujours avec son syndicat pour favoriser le tourisme dans la région, songea à agrémenter la plate-forme du pic d’une table d’orientation paysagère. Cette petite construction à vocation touristique devait permettre aux excursionnistes d’identifier le paysage contemplé par une simple lecture directe.

Pour financer sa fabrication, il s’adressa au Touring-Club de France, association dont le but principal était de développer le tourisme sous toutes ses formes. La commande du disque de lave émaillée ne s’effectua pas sans difficultés. À maintes reprises, Félix Borg fit photographier un tour d’horizon pour rendre le travail du dessinateur possible, mais les tirages manquaient systématiquement de netteté à cause du ciel, toujours brumeux, de la région. On dût, alors, faire appel à Jacques Bouteron, géomètre à la Direction du service topographique à Alger. Dessinant, enfin, un tour d’horizon parfait, ce dernier permit en 1933 son report sur un disque en lave émaillée, confectionné par la manufacture Seurat de Saint-Martin, près de Riom, dans le Puy-de-Dôme, en France. Réputée pour son savoir-faire dans ce domaine, cette manufacture réalisa notamment la «première » table d’orientation en lave émaillée et fabriqua aussi celle destinée à la terrasse du magasin La Samaritaine de Paris.

Le Touring-Club de France chargea Fernand Bouscasse, son délégué à Bougie, d’offrir la table d’orientation au président du syndicat d’Initiative de la ville. Une cérémonie d’inauguration eut lieu le 16 mai 1934, devant une foule considérable et en présence du sous-préfet de Constantine, M. Richardot. La table d’orientation du pic des singes fut la première à être installée en Algérie, et même sur le continent Africain !

Aujourd’hui disparue, une plaque commémorative, en marbre blanc, fut posée sur le parapet clôturant le Belvédère, pour immortaliser les participants à ce projet audacieux. Le pic des singes devint, alors, une destination prisée des touristes, autant que le cap Carbon ou le fort Gouraya. Une rénovation discutable.

Après l’indépendance de l’Algérie, la table d’orientation, malheureusement délaissée, subit de multiples détériorations. Malgré sa dureté, la lave de Volvic fut en grande partie cassée. En 1999, la wilaya de Béjaia entreprit son remplacement, et le Parc national de Gouraya se chargea de la réparation du chemin qui y mène. Par précaution, la wilaya commanda trois nouvelles tables à l’artiste Nouredine Bouzidi. Ce dernier voulait que ses œuvres soient «des tables actualisées et améliorées». Il les a enrichies de noms de localités qui n’existaient pas à l’époque coloniale, ou qui ont été rebaptisées depuis. Il retranscrit, également, les indications topographiques en berbère, avec lettres latines.

Malgré l’initiative louable de la wilaya, et la bonne volonté de l’artiste, la table établie actuellement au pic des singes ne parait pas égaler l’originale par sa qualité de fabrication et son esthétique. A la différence de l’ancienne oeuvre, faite d’un seul bloc d’un mètre de diamètre de lave émaillée, la nouvelle fut fabriquée par juxtaposition de «dalles de sol», sectionnées en huit secteurs circulaires, émaillées, dessinées et scellées sur le socle. Il en résulte des joints trop visibles et un assemblage peu soigné, de l’aveu même de Nouredine Bouzidi.

Les faits eux-mêmes confirment l’inadéquation du matériau utilisé : un exemplaire de la nouvelle table a déjà été cassé et remplacé en 2003. L’adoption d’une solution inappropriée pour la rénovation de la table proviendrait sans doute d’un choix trop précipité. C’était oublier qu’une telle réalisation exige un investissement concerté et une fabrication minutieuse ! Il est fort dommage également que l’on ait occulté la valeur patrimoniale que revêt la table d’orientation du Touring club de France. Avoir une table offerte par cette association de renom est une reconnaissance pour l’exceptionnel site panoramique dont bénéficie la ville. Une distinction dont Béjaïa pourrait encore s’enorgueillir. C’est donc une restitution à l’identique qu’il aurait fallu réaliser tout en actualisant les noms de localités. Il viendra sûrement un jour où la question de cette restitution se posera et s’imposera alors le recours à la lave de Volvic et au savoir-faire unique de ses usines d’émaillage.

Peu de gens connaissent l’histoire de cette œuvre d’art que nous venons de relater. Que les touristes de passage au parc national de Gouraya ne manquent pas de faire l’ascension du pic des singes, ils y découvriront un des plus beaux panoramas d’Algérie ainsi que la nouvelle table d’orientation qui leur rendra compte de la totalité du paysage. Sur la même route qui mène au site, une visite de l’écomusée du Parc leur permettrait de redécouvrir, sous une des vitrines de la salle d’exposition, l’ancienne table mutilée du Touring Club de France, que le directeur du PNG a eu la bonne idée de conserver.

La fabrication de la lave émaillée

Les tables d’orientation installées par le Touring club de France étaient en lave émaillée de Volvic, généralement de forme circulaire d’un mètre de diamètre et scellé sur un pied en béton. Leur fabrication était assurée par des usines se trouvant dans le département du Puy-de-Dôme. Table_6
D’abord extraite des carrières des volcans d’Auvergne, la lave était tranchée en scierie. Travaillée en un seul monolithe, cette pierre était ensuite émaillée. Un dessin en couleurs était reporté sur le disque, le tout était cuit à plusieurs reprises. D’une très longue longévité, la lave émaillée reste la meilleure solution pour fabriquer des tables d’orientation. Elle est totalement inaltérable par le gel, les acides et les rayonnements solaires. Elle résiste aux rayures et aux chocs des cailloux qui ne laissent que de petites traces au point d’impact. Seule une agression violente à la masse ou au burin peut l’altérer.

Les tables d’orientation du touring club de France en Algérie

C’est au début du XXe siècle que le Touring club de France prit la décision d’installer des tables d’orientation dans des lieux réputés pour la beauté de leur panorama. Les premières d’entre elles furent établies par cette association en 1903. Elle en réalisa près de 168 à travers le monde jusqu’en 1970. En Algérie, la table d’orientation du pic des singes fut la 119e à être installée. Trois autres tables furent ensuite établies à Aïn N’sour dans le massif du Zaccar en 1936, à l’ermitage du Père Foucauld à l’Assekrem dans l’Hoggar en 1939 et à Constantine sur l’esplanade du Sidi-M’Cid en 1952. D’autres encore furent érigées par l’administration des eaux et forêts, notamment au col de Chréa, près de Blida. Grâce à leurs sites isolés, les tables de l’ermitage du Père Foucauld et d’Aïn N’sour sont toujours bien conservées contrairement à celle de Constantine qui est partiellement dégradée.

M.A.H
Sources : Fond d’archives du Touring Club de France au centre des Archives contemporaines à Fontainebleau.

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Découverte d’une grotte préhistorique à Bgayet

Posté par Rabah Naceri le 10 décembre 2015

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LA FERME D’ALI-BACHA ENFIN RÉVÉLÉE

(Par M. Ouyougoute). Les six spéléologues locaux, qui ont enfin découvert la grotte d’Ali-Bacha, sont émus aux larmes. Ils ont pu localiser la ferme d’Ali-Bacha sur laquelle des recherches ont été entamées depuis plus d’un siècle. Ils se sont empressés de l’annoncer non pas pour prétendre à une notoriété, mais pour préserver et protéger le site menacé par le béton et aussi pour le classer au patrimoine national et universel. Et pour cause ! Le béton a déjà eu raison d’une bonne partie du plus important site archéologique en Afrique du Nord, voire dans tout le bassin méditerranéen.

La cavité est devenue un vrai dépotoir, rempli de détritus et un réceptacle des eaux usées. Les spéléologues locaux, Ouazib H., Khelladi A., Benalouache Y., Boukala A., Zerkane I. et le Dr Bekli M. R., s’étaient fixé, il y a un mois, l’objectif de localiser le lieu de cette cavité. Au départ, ils ont commencé à explorer la région comprise entre Msid L’bab et Dar-Nacer. Dans une seconde phase, ils ont exploré, en vain, tous les massifs voisins. Ils ont alors changé de stratégie de recherche et décidé de vérifier tous les indices publiés par Debruge, un membre de l’Association française pour l’avancement des sciences et de la Société archéologique de Constantine, dans son article « La station quaternaire Ali-Bacha à Bougie« .

Nous sommes alors au début du siècle dernier. La piste de Debruge s’est révélée concluante. Explication : “Après une enquête fastidieuse, et en cherchant là où les autres ont échoué — d’autres chercheurs et spéléologues de la région y travaillent toujours —, nous avons enfin localisé le site archéologique sur le versant méridional du mont Gouraya. La cavité voit le jour une nouvelle fois.” Le plateau d’Ali-Bacha est situé au sud-ouest de la forêt de Tala N’Thziouine de Sidi-Ahmed, indique-t-on. Et la grotte se trouve non loin de la polyclinique, à gauche du sens unique qui mène à Dar Nacer, à 15 m, sur la rive droite de la rivière Bir el-Qanun.

Avec cette découverte, Bougie, la ville lumière et capitale d’une région millénaire, a servi d’abri aux hommes depuis des milliers d’années. En effet, Debruge en 1902 et 1906, et plus-tard en 1927, avec la collaboration d’une équipe américaine, réalise des fouilles très fructueuses au voisinage du plateau de la Ferme Ali-Bacha, et dans une cavité située à proximité de cette dernière, il a découvert le gisement archéologique le plus important de la région. Sur ce site, Debruge a identifié deux niveaux distincts datant du néolithique et du moustérien (période comprise entre 300 000 à 30 000 années), d’où l’importance du site.

Les trouvailles semblent actuellement être conservées au musée du Bordj Moussa. Il est intéressant également de savoir que Debruge avait identifié une petite installation métallurgique, mais de période incertaine, expliquera-t-on. Malheureusement, le lieu de cette importante cavité et de tout le site archéologique en question n’avait pas été localisé. Les spéléologues espèrent que les archéologues prendront désormais le relais.

M. OUYOUGOUTE

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Bejaia à l’époque hammadite (par Zahir Iheddadene. Décembre 2010)

Posté par Rabah Naceri le 7 novembre 2014

Cette étude retrace l’histoire de Bejaia à l’époque hammadite, époque la plus glorieuse que cette ville ait connue.
Sur le plan de l’histoire politique beaucoup d’historiens, en arabe particulièrement et notamment Ibn Khaldoun, lui ont consacré de grands développements que nous résumerons dans un premier paragraphe. Ce n’est donc pas cet aspect qui nous préoccupe.
Notre recherche et notre curiosité se sont penchées sur la ville elle-même, sa physionomie, son étendue, sa topographie, sa structure, son activité, son développement d’une façon générale. En l’absence de documents, nous avons trouvé beaucoup de difficultés a reconstituer ce que fut cette capitale, l’une, si ce n’est la plus grande de l’époque.

 Zahir IheddadeneConcernant l’histoire politique de Béjaia, il suffit de signaler, avec beaucoup de réserves, l’ouvrage de Charles Ferraud, édité en 1868, mais qui garde toute sa fraicheur, tout particulièrement pour la période hammadide. IL y a lieu de souligner, également, que Béjaia (Bhegaith) a existé bien avant Saldae qui a été fondée par Juba II, le berbère et non par les Romains comme le prétendent certains historiens.
Résumons brièvement les faits historiques.
Béjaia, la hammadite a été fondée en 461 de l’Hégire(1067), par Moulay Nacer, fils de Alenas, fils de Hammad, de la grande tribu berbère des Sanhadja, pour deux raisons essentielles : s’éloigner des attaques répétées des bandes hilaliennes et créer un port pour s’ouvrir sur l’extérieur. Cette nouvelle ville a connu immédiatement une prospérité incomparable, comme l’attestent certains écrits de l’époque que nous reproduirons plus loin. Cette prospérité n’a cessé de se développer pendant la période Almohade et Hafside jusqu’à l’agression des Espagnols en 1509. Ce sont ces derniers, avec une barbarie effrénée, qui ont détruit la ville : ses palais, ses mosquées, ses quartiers ; ils l’ont pillée, volée et détruit toute trace de civilisation. Lire la suite… »

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Bejaia dans Encyclopédie Berbère.

Posté par Rabah Naceri le 21 mars 2014

Encyclopédie Berbère

Par M. Cote

Béjaïa
(Saldae, Badjaia, An Nasiriya, Bougie)

Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les historiens et géographes omettent souvent de citer le nom de « Bgayet » qui est le nom originel de cette célèbre cité dont le rayonnement a dépassé les frontières de la méditerranée. Par ignorance ? Je ne le crois pas. A dessein ? Quel est-il ?

Les débuts de Bejaia

1 Ce site militaire et portuaire bien abrité des vents par le Cap Carbon fut occupé très tôt. Le port romain, qui n’avait sans doute fait qu’aménager un comptoir punique, prit le nom de Saldae, et fut érigé en colonie sous Auguste. Il souffrait cependant de sa position marginale, à l’extrémité occidentale de la Maurétanie Sétifienne.
2 Occupée par les Vandales au Ve siècle, par les Arabes en 708, la ville connut des hauts et des bas. Au Xe siècle, elle était habitée principalement par des Andalous, qui la firent bénéficier des apports hispano-mauresques.
3 Elle n’était cependant qu’un petit port de pêche lorsque la dynastie hammadite, centrée sur le bassin du Hodna, et qui cherchait un exutoire maritime, prit en main sa destinée. En 1067, An Nasir y fit entreprendre des travaux, dès l’année suivante il y emménagea et lui donna le nom de An Nasiriya. La pression croissante des Béjaïa au XIe siècle, d’après P.L. Cambuzat, 1986.

Carte  

La pression croissante des nomades dans le Hodna, en même temps que le développement des échanges commerciaux avec l’Europe, avaient ainsi amené la dynastie hammadite à transférer sa capitale, de Qalaa des Beni Hammad à Bejaia — décision symbolique du déplacement progressif du centre de gravité, de l’intérieur vers le littoral, qu’allait connaître tout le Maghreb.

La gloire d’une capitale médiévale

Bejaia fut alors capitale d’un royaume s’étendant de Tenès à Annaba. C’était le pôle de tout le Maghreb central, elle éclipsait toutes les autres cités. L’on a estimé qu’elle comptait alors 100 000 habitants. Décrite par Idrissi et plus tard par Léon l’Africain, c’était une belle cité, un grand carrefour d’échange.

« Les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés et, en fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois de construction ne fait pas défaut dans ses vallées et dans ses montagnes, et la forêt produit de l’excellente résine ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse » (Al Idrissi, Description de l’Afrique et de l’Espagne, in Golvin).

La ville était connue pour livrer des quantités importantes de cire servant à fabriquer les bougies, ce serait là l’origine du nom de ce produit. C’était aussi une base militaire pour les expéditions contre le pays des Rum (principalement la Sicile, à 3 jours de navigation).

Capitale arabe en pays kabyle, Bejaia était une ville cosmopolite, où se côtoyaient Arabes, Kabyles, Andalous, Chrétiens et Juifs. La communauté chrétienne était suffisamment nombreuse pour que le Pape Grégoire VII, y envoie, à la demande du souverain hammadite, un évêque. Le théologien et philosophe Raymond Lull y mourut en 1315, lapidé pour avoir voulu évangéliser la population musulmane.

« Il est hors de doute que la nouvelle capitale des Beni Hammad fut un extraordinaire foyer de culture. La dynastie y connaît son apogée, la ville reçoit la visite fréquente, on pourrait dire constante, de voyageurs venus de tous les points du monde musulman qui abordent et séjournent plus ou moins longtemps dans ce port accueillant, d’accès facile. Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie, au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalaa, cité berbère vivant à l’orientale »  (L. Golvin, 1957).

La ville était enfermée dans un rempart et située sur un petit promontoire dominant la baie. L’eau provenait de Toudja (dans les montagnes à l’ouest) par un aqueduc. Le ravitaillement se faisait à partir de la petite mais riche plaine agricole locale, au confluent de l’oued El Kebir (la Soummam actuelle) et de l’oued Seghir. A proximité était exploitée la mine de fer de Timezrit.

Les siècles obscurs de Bejaia

Au XIVe siècle, la ville fut le siège d’une principauté hafside, qui commerçait activement avec les États chrétiens. En 1509, les Espagnols prirent la ville, pour en faire un comptoir ; la prospérité commerciale se maintint grâce aux relations avec Pise et Gènes. Charles Quint en fit sa résidence en 1541.

Mais en 1555, elle fut prise par le Dey d’Alger, passa sous pouvoir turc, et fut progressivement éclipsée par l’Alger turque, d’autant que le découpage de l’Algérie turque en 3 beyliks plaça pendant 3 siècles Bejaia en position marginale.

En 1833, lors de son occupation par l’armée française commandée par Trézel, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même : elle comptait 265 maisons, soit 2 000 habitants environ.

La colonisation aménagea le port existant, construisit un avant-port et un bassin ; la ville retrouva progressivement son rôle de débouché des Kabylies. Lors de l’insurrection de 1871, elle fut attaquée (en vain) par les tribus kabyles voisines. Devenue sous-préfecture, elle éclata hors de ses remparts, et s’étendit peu à peu sur les pentes.

Béjaïa et son site : la ville, la zone industrielle et la chaîne des Babors (photo M. Côte).

Ville de Bgayet

En 1954, elle comptait 30 000 habitants, parmi lesquels 6 200 relevaient de la communauté européenne.

Cependant, une des dernières décisions du pouvoir colonial allait être importante pour la ville : celle, prise en 1960, de faire déboucher à Bejaia l’oléoduc amenant sur le littoral le pétrole saharien, à travers les gorges du Ksob et les Portes de Fer. Bejaia devenait l’exutoire (longtemps unique) de ce pétrole, et du même coup un port pétrolier important.

Bejaia actuelle ou la difficulté à s’assurer un hinterland

La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : site de baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large (nord-ouest) par l’avancée du Cap Carbon ; un bon site portuaire dans une des plus belles baies du littoral maghrébin, dominée par les hautes montagnes des Babor*.

Second avantage, ce site se trouve au débouché d’une vallée large et longue, la Soummam, qui constitue un véritable couloir en direction du sud-ouest.

Et cependant, depuis l’époque où la ville a été capitale, un divorce s’est instauré entre Bejaia et sa région.

A l’échelle macro-régionale, Bejaia tourne le dos à sa région… qui le lui rend bien. Sa position à l’extrémité de la Soummam la place à la limite entre Grande et Petite Kabylie. Mais chacun des deux massifs montagneux s’enferme en lui-même, se cherche des capitales intérieures (Tizi-Ouzou, Akbou, Kherrata), se détourne de la mer et des activités maritimes — donc de Bejaia. Celle-ci fait un peu figure d’étrangère en ce pays. Son faible enracinement local se traduit par l’aire restreinte des tombées rurales sur la ville : elles proviennent de 4 ou 5 communes seulement.

A l’échelle micro-régionale, le problème est autre. Bejaia est le débouché tout indiqué pour l’Algérie médiane située entre Alger et Skikda : exutoire des Hautes plaines, port d’approvisionnement de 2 millions d’habitants. Mais les liaisons avec ce débouché sont fort délicates :

- au sud-ouest, la vallée de la Soummam constitue un beau couloir, mais qui s’infléchit vers l’ouest, ouvre seulement sur le bassin des Beni Slimane, lui-même déjà desservi par Alger plus proche ;

- au sud-est, les liaisons sur Sétif et les Hautes plaines ne peuvent se faire qu’à travers les gorges très escarpées de Kherrata (oued Agrioun). Une route y a été ouverte par le génie militaire à la fin du XIXe siècle. Elle vient d’être doublée par un tunnel routier de 7 km ; mais elle s’est refusée à la voie ferrée ;

- une troisième voie peut être trouvée au centre, en empruntant la Soummam sur une partie, puis les Portes de Fer et la longue montée vers Bordj-Bou-Arreridj. C’est celle qu’empruntent la voie ferrée et la route nationale, au prix d’un long détour.Aussi, malgré ces efforts, une partie des échanges échappent-ils à Bejaia, sur ses ailes ouest et est. Les contraintes topographiques maintiennent leurs droits.

Bejaia et ses activités

Elles sont essentiellement de deux ordres : portuaires et industrielles. Depuis longtemps port de pêche, et petit port commercial, Bejaia a vu son activité bénéficier d’une grande impulsion lorsque la pose de l’oléoduc d’Hassi Messaoud en a fait l’exutoire du pétrole saharien. A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par les énormes cuves à pétrole, reliées par conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville. Rejointe et dépassée aujourd’hui par Arzew et Skikda, Bejaia demeure néanmoins le 3e port du pays en volume, avec 9 à 10 millions de tonnes de trafic par an, dont 2 millions aux entrées (marchandises générales) et 8 millions aux sorties (hydrocarbures).

Fait notable, l’activité industrielle, fort active aujourd’hui, n’est guère née de ce trafic pétrolier, et guère plus des échanges avec l’arrière pays. Elle est avant tout le fait des pouvoirs publics, qui ont voulu créer un pôle d’emploi en cette région montagneuse et très peuplée. Il existait une base d’industries anciennes, de statut privé ; l’essentiel est une création de l’État algérien, à partir des années 1970. Il comporte une quinzaine d’unités, les plus remarquables étant une unité de jute, une fabrique de grues, une unité de confection, une usine de corps gras… Au total, Bejaia compte 8 000 emplois industriels, en majorité dans le textile.

Cette double activité de la ville a été confortée par le statut de chef-lieu de wilaya, la présence des équipements afférents, et les services gérant ou desservant toute la wilaya. Il a ainsi fallu tout le poids de l’État pour affermir le rôle de cette ville dans l’économie et le territoire national. Elle compte aujourd’hui 115 000 habitants.

Bejaia et son urbanisation

Adossée au Djebel Gouraya, comme Annaba au massif de l’Edough, face à une baie de toute beauté, la ville connaît cependant quelques problèmes dans son extension spatiale. Le site initial, coincé entre montagne et mer, était exigu. La petite plaine au sud, celle de l’oued Seghir, avait vocation agricole, et apparaissait trop humide pour être urbanisée. Aussi l’extension à l’époque coloniale s’est-elle faite en deux sens : vers le sud pour le port, vers l’ouest pour la ville, qui est demeurée sur les bas-versants du Djebel Gouraya. Mais les besoins de la ville récente ont été d’une autre ampleur, car en 40 ans elle a vu sa population et sa superficie multipliées par 4. Cette urbanisation s’est faite :
- par extension du tissu urbain sur les contreforts du Djebel Gouraya, en continuité avec la ville coloniale, mais égrenée sur les collines toujours plus loin vers l’ouest ;
- par implantation d’une vaste zone industrielle au centre de la plaine, au prix du drainage des terrains humides de l’oued Seghir, et du déménagement de l’ancien aérodrome. Elle compte une quinzaine d’unités aux grands bâtiments, modernes et propres, sans compter de nombreux dépôts et petites unités ;
- par le développement tout récent de la zone d’urbanisation d’Ihaddaden, sur le versant de collines au sud.

Béjaïa et ses difficiles liaisons avec l’arrière-pays.

Coexistent là des cités d’immeubles étatiques, et des quartiers en auto-construction qui s’aventurent toujours plus loin sur les pentes. Symétrique de celle du nord par rapport à l’axe de l’oued Seghir et de la zone industrielle, c’est là un véritable Bejaia 2 qui a surgi et est en train de se structurer.
Le site urbain est aujourd’hui quasiment rempli. Si la ville veut pousser plus loin au sud, elle devra déplacer ses cuves à pétrole, recouper le méandre de l’oued Soummam, et bétonner les agrumeraies qui la séparent de l’aéroport…

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Encyclopédie Berbere

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Bgayet. La légende de l’île des Pisans

Posté par Rabah Naceri le 1 janvier 2014

La légende de l'ile

LA LEGENDE DE L’ÎLE PISAN

L’île Pisan ou de Djeribia, encore appelée l’île de Djouba d’El-Bekri, est un rocher d’environ cinq cents mètres de long et cinquante mètres de haut dont les pentes sont couvertes de végétation. Il se dresse à l’Est d’Alger, près de Bougie, et garde le souvenir du fondateur de cette ville bâtie au bord de la mer sur le flanc sud du mont Gouraya dans la verdure. Longtemps elle fut florissante dans un des plus beaux paysages de la côte algérienne. Ses maisons étaient entourées de massifs d’orangers, de grenadiers et de figuiers de Barbarie. Lire la suite… »

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Bougie, port maghrébin (1067-1510) par Dominique VALERIAN

Posté par Rabah Naceri le 29 juillet 2013

  Bougie, port maghrébin (1067-1510) par Dominique VALERIAN dans 3. CULTURE & EDUCATION correspondances

 

Frontières et territoire dans le Maghreb de la fin du Moyen Age :

les marches occidentales du sultanat hafside.

Dominique VALERIAN est agrégé d’histoire, ancien membre de l’Ecole française de Rome de 1998 à 2001, maître de conférence d’histoire médiévale à l’Université Paris I Panthéon – Sorbonne et membre de l’UMR 8084 « Islam médiéval : espaces,réseaux et pratiques culturelles ».
Sa thèse soutenue à l’Université de Paris I en décembre 2000, a porté sur « Bougie, port maghrébin (1067-1510) ». Son travail actuel a pour objet les ports musulmans, principalement maghrébins, à la fin du Moyen Age et les conséquences économiques, sociales et politiques de leur insertion dans l’espace méditerranéen.

Ce travail s’attache à suivre l’émergence progressive, dans le Maghreb médiéval, d’une conscience du territoire. Par delà la distinction traditionnelle entre dâr al-Islâm et dâr al-harb, on voit en effet s’affiner, chez les géographes d’abord, une définition de régions qui s’individualisent au sein de l’espace islamique, avec un sens le plus souvent politique.
L’exemple de la région de Bougie (Bijâya), marche occidentale du territoire hafside à partir du milieu du XIIIe siècle, montre le glissement sémantique du mot thaghr, qui dans ce contexte finit par définir, chez Ibn Khaldûn notamment, une région frontière à l’intérieur du dâr al-Islâm, une province qui se distingue des autres par une autonomie périphérique accordée par le pouvoir central. Lire la suite… »

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Histoire de Yemma Gouraya (par Malek Aït-Hamouda)

Posté par Rabah Naceri le 17 janvier 2012

Histoire de Yemma Gouraya (par Malek Aït-Hamouda) dans 1. AU JOUR LE JOUR Gouraya-300x55

par M.A.H

     On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Voilà enfin un chercheur Bougiote qui vient d’élucider l’histoire de Yemma Gouraya voir l’article ci-dessous de la Dépêche de Kabylie du 29 juillet 2006.

     En effet, M. A.H, vient de découvrir l’existence d’une Qubba (Taqqubet) où repose probablement Yemma Gouraya met fin à une polémique vieille comme le temps. La DDK rapporte que le « fort Gouraya n’a pas été édifié par les Espagnols au 16ème siècle ! Des preuves irréfutables recueillies dans les archives de l’armée française, notamment une carte reproduisant, d’un côté le site tel que trouvé par les Français, composé d’une qubba, d’une citerne et d’une maisonnette et de l’autre, le plan de l’actuel fort réalisé par Lemercier, bien connu à Bejaia par d’autres ouvrages militaires, ont pu être amassées par notre jeune chercheur… ».

gouraya.jpg     Pour appuyer cette découverte, on peut signaler que la même politique coloniale avait été appliquée ailleurs en Kabylie durant la guerre de libération. Ainsi, chez les Iflissene Umellil, la plupart des camps militaires français avaient été érigés sur des sanctuaires et qubbas anciens. La qubba  de Sidi Yussef (arch des Imzallen) avait été rasé au bulldozer pour installer le camp 636 ; celle de Timezrit pour installer un radar et un cantonnement.

     Comme ces sanctuaires étaient souvent situés au sommet des collines, l’armée coloniale faisait d’une pierre deux coups : elle installait des miradors pour surveiller tous les villages, et en même temps elle détruisait la mémoire collective et les saints protecteurs qu’étaient ces tiqubtines (pluriel de qubba). L’ironie du sort est que même dans l’Algérie indépendante, islamistes et salafistes aidants, ces sanctuaires séculaires non seulement n’ont pas été reconstruits, pis encore, ceux qui avaient épargnés par l’armée coloniale ont été profanés, incendiés (comme celui de Sidi Abderahmane à Alger), ou détruits à l’explosif (comme taqubbat de Sidi Amara, près de Sidi Ali Bounab).

     Cette découverte de Taqubbat de Yemma Gouraya nous renvoie à l’histoire et en même temps elle nous interpelle sur notre patrimoine et nos croyances. On connait toutes les tentatives récentes de diviser les Kabyles, RCDistes et FFistes, les uns Kabyles et les autres Imrabdhenes. Pourtant, Mouloud Mammeri dans l’introduction de son livre « Cheikh Mohand a dit », il nous réconcilie avec notre passé. Je vais me permettre d’utiliser quelques extraits de cette introduction qui explique bien la spécificité de l’islam kabyle, et comment les croyances séculaires amazigh se sont superposées avec le maraboutisme.

     Avant la colonisation française, en Kabylie autonome, régnait du point de vue religieux la confrérie rahmania. Cette confrérie est née en Kabylie ; elle est un mélange entre la tradition amazigh gouramienne (avant l’islam) et le mysticisme islamique (soufisme d’Ibn Arabi de Cordoue).

     Mouloud Mammeri considère la Rahmania comme tant l’église nationale des Kabyles. Cette confrérie a été fondée vers 1774 par Sidi M’hamed ben Abderahmane el Guejtouli el Djerdjeri, né dans un petit village des Ath Smaïl, près de Boghni. Après sa mort, en 1794, succèderont successivement Ali Ben Aïssa pendant 43 ans (jusqu’en 1836), Belkacem Ou Elhafid des Babords, puis Hadj Bachir, Lalla Khedidja (la veuve d’Ali Ben Aïssa), Mohamed Ben Belkacem Nath Anane (des Ath Zmenzer), puis à partir de 1884, Sidi Hadj Amar, un des chefs de la résistance de 1857 à la conquête coloniale française. Pour succéder à Sidi Amer, réfugié à Tunis, après la défaite de 1857, les Kabyles choisissent comme maître de l’ordre Mohand Ameziane Ihaddadene de seddouk… »

     Ce Mohand Ameziane plus connu sous le nom de Cheikh Aheddad, celui-là même qui, en 1871 allait mobiliser 100 000 combattants pour répondre à l’appel du bachagha Hadj Mohand Aït Mokrane (El Mokrani) lors du soulèvement contre l’ordre colonial. » … Mohand Ameziane, âgé alors de plus de 80 ans , était non seulement considéré comme le chef institutionnel de l’ordre Rahmania, mais également comme agourram supérieur… »

« … On sait  que dans les premiers temps de l’islam, c’est-à-dire en gros jusqu’à la chute des Almohades à la fin du XIIIème siècle, les Imazighen avaient tenté d’échapper aux rigueurs de l’orthodoxie musulmane par l’invention de doctrines nouvelles (Ibn Khaldoun nous apprend que les Imazighen avaient apostasié douze fois le VIème et le XIVème siècle !). Ainsi, les Kharédjites de Tihert  avaient fondé le premier Etat véritablement national ; les Ketama (de Bougie) avaient créé le troisième khalifat fatimide panislamique après celui des Omeyyades et des Abassides et fondé l’université d’El Azhar au Caire ; les Almoravides (de marabout) avaient créé un empire amazigh ; les Almohades avaient réalisé l’apogée à la fois de l’histoire et de la pensée de ce temps… »

     Mammeri dit qu’au départ le mouvement Almoravide est créé pour « s’opposer aux actions de plus en plus entreprenantes de la Reconquista hispano-portugaise sur les côtes nord-africaines… ».

« … Le nom kabyle du marabout (amrabed) est une forme berbérisée du terme arabe (mrabet), lui-même doublet populaire du classique mourabit ; d’où est sorti almoravide. Mais au Maroc, il a gardé son nom originel : le marabout c’est agourram ; le terme, évidemment anté-islamique, désigne surtout un personnage doué de pouvoirs plus magiques que religieux. Il ne gère point le domaine du sacré qu’il manipule les forces supranaturelles… »

     Le maraboutisme serait né dans le sud-ouest marocain : Targa Zeggaghet ou le Rio de Oro des Espagnols ou l’actuel Sahara Occidental. « …Très vite , le maraboutisme avait annexé les pouvoirs, le statut et les valeurs des anciens agourrams… ». « … A leur arrivée en Kabylie au 16ème siècle, les marabouts (presque tous les Imazighènes du Sud-Ouest marocain) trouvèrent dans la région les conditions sociologiques et culturelles semblables à celles de leur pays d’origine. A cette date, le maraboutisme a déjà accompli sa mutation en agourram… ».

« … La baraka du marabout est un pouvoir surnaturel, il opère des miracles et, pour cela, il est le lieu à la fois des espoirs et de toutes les craintes : on attend (ou on redoute) de lui autant que Dieu, parce que, quoi que marabout, il n’en est pas moins homme : il est plus proche de nos manques, de nos misères et de nos vœux… »

Hocine Ukerdis.

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La Qouba de Yemma Gouraya

     Selon une récente étude, Yemma Gouraya aurait bel et bien existé. La mise en évidence de l’existence d’une qouba où repose probablement Yemma Gouraya met fin à une polémique vieille comme le temps. La légende de Gouraya fait place à l’histoire puisque son nom est mentionné dans plusieurs ouvrages inconnus chez nous.

fortgouraya03.jpg     Avec les découvertes récentes de M. M.A.H, architecte de l’Ecole Supérieure d’Architecture de Paris, la Vilette, résultats de nombreuses, longues et fructueuses recherches en France, complétées par un travail au niveau du Parc National du Gouraya de Bejaia, c’est un mythe, une certitude historique qui vient de s’écrouler : contrairement à ce que l’on tenait pour définitivement établi, définitif et prouvé, le fort Gouraya n’a pas été édifié par les Espagnols au 16ème siècle ! Des preuves irréfutables recueillies dans les archives de l’armée française, notamment une carte reproduisant, d’un côté le site tel que trouvé par les Français, composé d’une qouba, d’une citerne et d’une maisonnette et de l’autre, le plan de l’actuel fort réalisé par Lemercier, bien connu à Bejaia par d’autres ouvrages militaires, ont pu être amassées par notre jeune chercheur, dont le coup de foudre pour Bejaia, ses vestiges et saints est aussi sincère que profond.

     La mise en évidence de l’existence d’une qouba où repose probablement Yemma Gouraya met fin à une polémique vieille comme le temps. La légende de Gouraya fait place à l’histoire puisque son nom est mentionné dans plusieurs inconnus chez nous. Elle se situe dans la lignée des grandes héroïnes nationales qui, à chaque grande invasion, se dressent devant l’ennemi. Il y a eu la Kahina contre les Arabes, Gouraya contre les Espagnols aux côtés de Arroudj dit Barberousse, Fadhma n’Soumer contre Randon le Français… Le mythe de l’absence de tombe est ainsi levé.

     Avec la destruction, par les Français en 1833 de la qouba, pour édifier le fort, c’est la tombe qui est rayée de la carte et que la mémoire collective a fini par oublier. Aujourd’hui, la superposition entre la place forte militaire et le spirituel — les pèlerinages remontent probablement à bien longtemps — est essentielle pour la bonne compréhension d’une légende qui a cessé d’en être une, dès lors qu’elle a fait une entrée fracassante dans l’histoire.

     Monsieur qui nous a fait l’exclusivité de sa découverte, prépare une exposition-annonce  de l’évènement avec présentation de toutes ses preuves scientifiques pour septembre. IL nous promet d’autres surprises encore. Les mythes finissent toujours par épouser, d’une façon ou d’une autre, l’histoire expurgée des approximations de pseudo-historiens aux vérités qui ne résistent guère aux analyses sérieuses. La balle, désormais, est dans le camp des historiens, les vrais…

Mustapha Ramdani. Dépêche de Kabylie

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BOUGIE (Bgayet). Lumière du Maghreb

Posté par Rabah Naceri le 5 août 2010

enjeuxlesechos.jpg

D’autres civilisations que la nôtre ont connu des périodes de modernisation, d’innovations et de prospérité. Bien avant nous.

Le magazine français Les Echos, dans son édition de juillet-août 2010, a repris un résumé, de la grande épopée de la période hammadite sous le règne du prince En-Nacer qui a su faire de faire de Bgayet (Nacéria – Bejaia – Bougie) un centre de rayonnement économique, scientifique et culturel. L’auteur de l’article n’a pas hésité à la surnommer la  »Lumière du Maghreb ».

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Le retour d’un Grand

Posté par Rabah Naceri le 1 juillet 2009

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Seddouk

Cheikh Aheddad rentre chez lui !

Les ossements de cheikh Aheddad et de son fils Azziz seront exhumés d’un cimetière de Constantine pour être transférés à Seddouk-Oufella où une cérémonie solennelle de réinhumation sera organisée le 3 juillet prochain

(Par M.Bessa). Les deux cercueils arriveront la veille au village où de profonds travaux de réparation du siège de  la zaouïa ont été entrepris par les autorités. Bien que le lieu de décès de cheikh M’hand, autre fils de cheikh Aheddad, demeure inconnu, une tombe vide lui sera érigée  aux côtés de son frère et de son père. Condamné le 19 avril 1873, à une peine de cinq ans par le tribunal de Constantine, cheikh Aheddad décède dix jours plus tard à la prison de Coudiat-Aty.

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Docteur Abdelkader Bellabès. Un Grand Homme au Grand Coeur

Posté par Rabah Naceri le 23 octobre 2008

Merci à notre ami Hamid Tahri d’avoir rédigé de sa belle plume cet article sur le médecin aimé de Bejaia et de toutes celles et ceux qui l’ont connu et approché.

Merci de rafraîchir la mémoire collective pour que nul n’oublie le passage indélibile de ce Grand Médecin au Grand Coeur qui a tout donné à l’humanité sans rien prendre, sans rien demander. Il a tout fait pour l’Amour de Dieu.

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 Abdelkader Belabbès.

Médecin mécène, philosophe et homme de science

Le médecin qui souffrait pour les pauvres

« Je n’ai pas peur de l’avenir, j’ai peur de ne pas en avoir » Un jeune désabusé.

S’il le pouvait, Abdelkader embarquerait tous les damnés de la terre dans son arche. Les démunis, les pauvres, les laissés-pour-compte, les exploités qui constatent à leur corps défendant cette déshumanisation qui fait d’eux des parias, des moins que rien, des citoyens de seconde zone. Pourtant, Abdelkader ne se prend pas pour un messager de Dieu, encore moins pour le sauveur Noé. Mais, nourri aux valeurs d’humanisme puisées dans la piété qui l’habite, Abdelkader a toujours rêvé à haute voix de sauver le maximum d’êtres réduits à la condition de sous-hommes, limités à observer, impuissants, l’arrogance insolente d’une classe de nantis qui les méprise et les nargue.

bellabes.jpgL’engagement de notre médecin mécène auprès des déshérités lui a valu la reconnaissance de tous, car il se sentait à l’aise dans tous les milieux, homme de terrain, de foi et de science qu’il était. Connu à Béjaïa où il officiait, sa popularité dépassa les berges de La Soummam, pour aller au secours des plus vulnérables du côté de Sétif où sa famille possédait une ferme, précisément à Bousselam dans la commune de Mezloug. Tahar Chaouch Mohamed Oudjemaâ, ancien moudjahid et ami intime du défunt témoigne : « Hadj Abdelkader ? C’était la bonté personnifiée. Il était d’une modestie exemplaire. Si j’avais eu ne serait-ce qu’un brin de ses qualités, j’aurais été le plus heureux des hommes. Il a soigné gratuitement des centaines et des centaines de gens. Il faisait des dizaines de kilomètres à pied pour aller à la rencontre de ses patients, parfois en dehors de la ville de Bougie. Il possédait une ‘’Traction’’, mais il ne s’en servait pas. Je vais vous étonner, mais il ne possédait pas de cabinet. Pour l’anecdote, un jour, il fut surpris en plein exercice de son métier dans la rue par les gendarmes qui pensaient tenir là un charlatan dans l’exercice illégal de la médecine. Lorsqu’il déclina sa qualification, ils restèrent sans voix. C’est Abdelakder qui est à l’origine de mon éducation. Je lui dois tout, même si je m’en veux de n’avoir pas hérité de toutes ses qualités. »

Un engagement précoce

medecine.gifAbdelkader Belabbès est né le 6 septembre 1915 à Béjaïa, fils de Touati Zohra et de Belabbès Ahmed, connu sous le nom de Ahmed Hamana. Il habitait la rue Allaoua Touati (Houma Keramane) un peu plus haut que le lycée Ibn Sina et la rue Fatima. Le Dr Abdelkader a remplacé le Dr Ahmed Francis à Sétif qui était souvent accaparé par ses activités politiques. Francis, l’enfant de Relizane, était un militant actif du PPA. Le Dr Abdelkader avait accepté de bon cœur ce remplacement. Mais après un mois et à son retour, le Dr Francis demandant des comptes trouva la caisse vide. Il s’en inquiéta auprès de son ami Abdelkader qui lui rétorqua : « Vous m’avez demandé de vous tenir le cabinet, c’est fait, pour le reste c’est ‘’fi sabilillah’’. » Le Dr Francis lui a rendu un bel hommage, rapporte le neveu du défunt, le Dr Abdelhakim, qui se rappelle des allées et venues d’hommes illustres dans la maison de son oncle, comme le théologien Abderrahmane Djillali, qui en plus des soins, aimait converser longuement avec son hôte sur les sujets aussi divers que le fikh et l’histoire. Sûr de lui, le Dr Belabbès n’utilisait pas le stéthoscope. Il lui suffisait de coller son oreille au niveau de la poitrine et du dos et son index et le majeur au poignet du patient pour tâter le pouls tout en regardant sa montre. Les plus démunis le sollicitaient fréquemment. Après consultation, le docteur leur glissait un petit bout de papier griffonné, en guise d’ordonnance, destiné à son ami, le pharmacien, Kaci Amirouchen de Béjaïa qui savait ce qui lui restait à faire : distribuer gratuitement les médicaments. Kaci, un autre grand nom au service des pauvres, n’hésitait pas un instant pour pourvoir le Dr Abdelkader en médicaments destinés aux maquisards blessés. L’imam Abdelghani Chehata, d’origine égyptienne, mais qui a été adopté par Béjaïa, où il a officié de longues années à la mosquée Sidi Soufi, n’oubliera jamais Abdelkader « dont la générosité n’a d’égale que sa piété, dont le dévouement aux autres est un exemple. Il était prêt à intervenir à tout moment auprès de ceux qui sont dans le besoin, surtout les plus vulnérables. Il aimait la vie, il aimait l’humanité et aimait la paix. Il aimait répéter que tout ce qu’il y a sur terre appartient à Dieu et que tous ceux attirés par les choses matérielles de ce bas monde doivent se ressaisir. Ponctuel aux heures de prière, c’était un homme de foi, un homme de cœur ». Ses amis, comme Rachid Hamouche, le décrivent pétillant de fraîcheur et débordant de toutes les douleurs de la vie, en s’interrogeant gravement sur la condition humaine. « Il a traversé le monde en reniflant l’air du temps, en prenant la précaution de ne pas en perdre », constate son ami Oudjemaâ. En décrochant son bac au milieu des années 1930 à Ben Aknoun, il savait que sa trajectoire était tracée : il sera médecin et pour ce faire, il s’envolera à Tours en France où, à l’issue de brillantes études, il est diplômé en 1940. La guerre battait son plein et Abdelkader est vite mobilisé par l’armée française à l’hôpital de Batna, où il restera pendant presque une année. Là, il réformera à tour de bras les jeunes issus de familles pauvres jusqu’à éveiller les soupçons de ses supérieurs qui le surveilleront de près. Après sa démobilisation, il retourne à Béjaïa, où il décide de mettre sa médecine au service des autres, sans contrepartie.

Un homme pieux

En 1941, son père acheta une ferme à Sétif. Abdekader y résidera en prodiguant les soins aux malades, surtout contre le paludisme. Il avait acheté des fûts entiers de désinfectant qu’il déversait dans l’oued, comme il avait ramené du DDT et expliquait son utilité aux fellahs. A Sétif, les visites médicales se déroulaient au fond d’une boulangerie. A Béjaïa, les soins se faisaient dans le magasin de Hadj Adjellili Achour. La ferme de Sétif a été bombardée par les Français après que ces derniers eurent découvert qu’elle abritait les moudjahidine. Elle a été réduite en un amas de pierres. Comme le rappelle l’un de ses nombreux amis, El Hadj Abdelkader (qui a effectué son pèlerinage en 1955 en bus à partir de Constantine) assénait ses vérités sur les scandaleuses disparités et le fossé toujours grandissant entre les riches et les pauvres. Il aimait se référer à l’imam Ali pour dire que la justice est une, l’injustice multiple. C’est bien pourquoi il est plus facile de commettre des injustices que d’être juste. C’était son combat qu’il a mené sans discontinuer jusqu’à son dernier souffle et il en était fier. Djoudi Attoumi, qui l’a bien connu, dresse un portrait émouvant de son ami : « Sa médecine, il l’exerçait à titre bénévole. Jamais il n’avait accepté d’encaisser des honoraires. Au contraire, il s’arrangeait toujours à offrir des échantillons médicaux et même de l’argent pour ses patients qui se trouvaient dans le besoin, afin de les acheter en pharmacie. De nombreux malades apportent toujours leurs témoignages pour lui rendre hommage, pour rendre hommage à l’homme désintéressé qu’il était, pour l’efficacité de ses traitements qu’il prescrivait, en un mot pour ses compétences. Homme de science, il fut le médecin compétent, le médecin des pauvres qui recevait ses malades au niveau même de l’usine désaffectée de la famille. Tous ceux qui avaient besoin de ses services savaient où le trouver, en dehors de la mosquée qu’il fréquentait à tous les moments de la prière. Il était un peu à l’image du Dr Albert Switzer qui s’était consacré à soigner les malades dans la brousse en Afrique et s’occupait aussi des lépreux. »

Un syndicaliste du peuple

Hadj Abdelkader était discret nous dit un de ses anciens voisins du côté de Bab Ellouz. « C’était une sorte de samaritain, de syndicaliste du peuple qui a incarné les valeurs humanistes en ne se prêtant pas à la comédie du pouvoir », explique un de ses fervents admirateurs béjaouis. Particulièrement sensible à la misère des hommes, il a bataillé dur pour panser les blessures et soulager les cœurs meurtris. Il avait une attention particulière pour son ami Rachid, auquel le lie une amitié sincère. Abdelkader, éternel optimiste, arborait toujours un sourire intraitable et ne se vantait de rien. Et dire que rien ne le prédestinait, lui issu d’un milieu aisé, à se frotter aux misères du monde ! Djoudi Attoumi souligne l’engagement de notre médecin et son militantisme : « Pendant la guerre de libération, il fut appelé à soigner en urgence le capitaine Cheikh Youcef Laâlaoui, qui était chef de la zone 1 (rive droite de la Soummam), pour une méchante blessure à la cheville qui l’empêchait de marcher. Son ami Tahar Chaouch Djemaâ le conduisait auprès du blessé pour lui prodiguer des soins jusqu’à ce qu’il soit quelque peu rétabli. Il eut également l’occasion de soigner d’autres maquisards ou des malades recherchés par l’administration coloniale. C’est dire qu’il était aussi un militant engagé pour la cause nationale. A l’indépendance, Cheikh Youcef Yalaoui, qu’il avait soigné, deviendra secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), lui sera toujours reconnaissant, notamment en lui rendant visite lors de ses passages à Béjaïa. Le Dr Bellabès, qui avait pris d’énormes risques pour le soigner, ne lui demandera jamais, comme à tant d’autres, une reconnaissance ou une récompense quelconque. Le Dr Si Abdelkader Belabbès était un peu philosophe et un croyant pur, car il n’a jamais cru à la vie éphémère. Homme de foi et de science, il consacra une grande partie de sa vie à la religion et à venir en aide aux malades et aux personnes en détresse. A Béjaïa et dans la région, Si Abdelkader Belabbès était le symbole de l’honnêteté, de la rigueur. Humble et modeste, il est parti comme il a vécu, c’est-à-dire dans le silence et la simplicité. »

Hadj Abdelkader est décédé le 9 juillet 2002 et enterré au cimetière Sidi Abderrahmane de Béjaïa.

PARCOURS

Né le 6 septembre 1915 à Béjaïa, Abdelkader a fait ses études dans sa ville natale. Il décrocha son bac à Ben Aknoun et fit de brillantes études de médecine à Tours (France). A son retour en 1940, en pleine guerre, il fûut mobilisé et orienté vers l’hôpital de Batna, où il exerça durant une année. Il entama sa véritable carrière en 1941 à Béjaïa où il se fit connaître par la population grâce à son engagement, son désintéressement et sa générosité. il soignait gratuitement les nécessiteux. Il le fera durant toute sa carrière à Béjaïa mais aussi à Sétif, où sa famille a été appelée à déménager. Le jour de son décès, le 9 juillet 2002, un vieil homme, face aux fenêtres du domicile du docteur, pleurait à chaudes larmes en disant : « On a perdu notre bon docteur, celui qui nous soignait, nous aidait, nous remontait le moral. » Dans l’oraison funèbre, l’imam Chehata n’a pas tari d’éloges sur « cet homme hors du commun, un fidèle assidu, un homme de foi, un homme de cœur ». Le défunt qui n’aimait pas le luxe disait : « Tout cela appartient à Dieu, nous on partira. » Il est parti dans la discrétion non sans laisser une image indélébile qui illumine l’esprit des hommes qui l’ont connu.

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