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Le trésor des Remparts des Oliviers

Posté par Rabah Naceri le 11 avril 2021

Avec la permission des administrateurs du groupe « Babzman » sur facebook, je reprends un bel article sur l’histoire de ce trésor que, certainement, beaucoup de jeunes Bougiotes ne connaissent pas.

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echo de BougieUne coupure de presse d’un journal « l’Echo de Bougie« , datant du 31 décembre 1905, relate la découverte d’un trésor au niveau de la Rampe des Oliviers lors des travaux de terrassement pour la construction de la maison Gotuso. Ce trésor était constitué de 329 pièces d’or et deux « ikhelkhalènes » (bracelets).

Le contenu intégral de l’article du 31 décembre 1905, Echo de Bougie

« Tout bougie n’a parlé, pendant quelques jours, que de la découverte du trésor, enfoui, dans les ruines à flanc de côteau au-dessus de la rampe des Oliviers et que les travaux d’édification de la maison Gotuso ont été mis à jour, le mardi 10 courant.

On sait que, 329 pièces d’or et deux khalkales (ou bracelets de pieds) pesant en tout 3 kilos et 92 grammes d’or, composaient l’ensemble de ces trouvailles.

Bien des gens  en apprenant cette découverte sont se bornés à supputer la valeur commerciale du magot…D’autres, plus intellectuels, se sont demandés de quelle époque dataient ces pièces arabes et ces morceaux d’orfèvrerie massives, et par quel hasard étrange gisait, dans cet endroit-là, au milieu d’un éboulis de vieille muraille, cette marmite où dormait une petite fortune.

C’est pour satisfaire les personnes avides de connaitre les choses du temps passé que je vais retracer l’histoire de Bougie à l’époque où ces pièces ont brillé au soleil… il y a 7 siècles passés.

Une « marmite » arabe

Les pièces d’or trouvées sont de deux dimensions, les petites portent au recto les inscriptions arabes suivantes, en exergue:

“Abou Mohamed Abd El Moumen ben Ali, Prince des croyants. Louange à Dieu Maitre de l’Univers. »

Puis, dans un carré au centre: « El Mahdi pontife du peuple, celui qui tient la main à l’exécution des ordres de Dieu. »

Au verso ; en exergue :

« Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux. Que dieu accorde la Bénédiction et le Salut à Mohamed et sa sainte famille purifiée. »

Puis dans un carré au centre : « Il n’y a de dieu que Dieu, Mohamed est son prophète.« 

Les grandes pièces portent au recto, en exergue : « Le prince éminent Abou Abdallah Mohamed ben Ali. Le prince des croyants.« 

Puis, dans un carré au milieu : « Celui qui tient la main à l’exécution des ordres de Dieu : Le kalife Abou Mohamed Abd El Moumen Ben Ali, prince des croyants. »

Au verso on lit en exergue : « Dieu est unique. Il est notre Dieu. Il est Clément et Miséricordieux. Il n’y a de Dieu que Lui ».

Dans un carré au milieu : « Au nom du dieu Clément et Miséricordieux. il n’y a de Dieu que Dieu. Mohamed est l’envoyé de Dieu et Mahdi est pontife du peuple ».

Histoire et origine du trésor 

Voila ! Le mystère est dévoilé. Ces pièces sont au nom de Abd El Moumen Ibn Ali, premier sultan de la dynastie des Almohades fondée par son père Mohamed Ibn Toumert, le théologien musulman qui prétendait être le seul a bien prêcher l’unité de Dieu.

Les Almohades régnèrent sur la moitié de l’Espagne, sur le Maroc et sur le royaume de Tlemcen, et Abdel Moumen se proclama sultan à Tlemcen en 1130.

Sous prétexte d’interdire le culte des marabouts, qu’il traitait d’idolâtrie, il entreprit la conquête de tout le nord de l’Afrique. Il marcha sur Bougie, alors dans toute la splendeur de la prospérité de ces cent milles habitants. Au plein cœur de l’hiver, il traversa le Djurdjura et arriva les premiers jours de mars dans la vallée de l’oued-sahel avec une armée formidable.

Le sultan de Bougie, Sidi-Yaya, surpris n’eut pas le temps d’organiser la défense de la ville et marcha au devant de Abd El Moumen pour lui barrer le passage.

Le sultan Sidi-Yaya fut battu à Taourirt-El Arba (là où s’élève le monument du tombeau de la neige), il s’enfuit à Bougie et s’embarqua avec ses femmes et ses trésors qu’il transporta à Tunis, où il s’en fut implorer asile, abandonnant à Bougie tous ses partisans.

Abd El Moumen, vainqueur, fit son entrée solennelle sans résistance, et fut acclamé par la population de la ville.

Il pénétra dans Bougie par la porte de la « Kasbah », qui s’appelait alors Bab-Dar-Senaa, ou Porte de l’Arsenal, parce que le chantier de construction des navires était au bas de cette porte depuis l’an 1068.

Abdel Moumen était fastueux, il fit de Bougie une ville de fête et de débauche. Son sérail du Ksar Louloua (palais de la Perle), magnifique palais qui avait été bâti pour les femmes (en 1090) sur la colline où se trouve actuellement l’hôpital militaire, fut un lieu de séjour absolument enchanteur.

Abdel Moumen mourut en 1163 après avoir régné 11 ans sur Bougie, sans y séjourner en permanence, partageant son temps entre cette ville de plaisir et Tlemcen, sa capitale politique d’où il administrait le Maroc et le sud de l’Espagne.

Voila pour l’histoire du Sultan qui fit frapper les pièces d’or de la maison Gottuso ; mais comment la marmite qui les contenait se trouva-t-elle enfouit sous les éboulis de construction où on l’a retrouvée ?

Un trésor bien caché 

Tout ce que l’on peut dire, c’est que 20 ans après El Moumen, en 1183, un nouveau Sultan conquérant assaillit et s’empara de Bougie. C’était le Sultan du Maroc El Ghania.

Bougie eut à soutenir un long siège et fut prise d’assaut ; une mise à sac en règle qui dura 3 jours.

La marmite, ses pièces d’or,  et ses riches « Khalkhales » étaient sans doute le trésor particulier et secret de quelques favorites du sérail, qui dut subir les conséquences multiples des dures lois de la soldatesque triomphante, et qui mourut sans doute, sans révéler à personne la cachette où a dormi plus de 700 ans dans les ruines du sérail, ce trésor qui fit jaser tant de gens, et qui m’a procuré le plaisir de vous narrer un peu de la splendeur et les revers passés de notre chère cité. »

 Mira. B.G

Sources :

  1. Récit de GASTON MARGUET, paru dans l’Echo de Bougie le 30 décembre 1905
  2. Illustration : Coupure de l’Echo de Bougie du 30 décembre 1905

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Histoire de la Montre Marine (par Christiane Lafage)

Posté par Rabah Naceri le 2 avril 2021

Notre ami Yassine Rebbache, passionné de recherche sur tout ce qui touche notre Algérie, a publié, sur sa page facebook, un article écrit par une jeune française Christiane Lafage. Cet écrit porte sur l’histoire d’une Montre Marine.
Je reprends, avec la permission Yassine que je remercie vivement, l’intégralité de l’article.
Henri LAFAGE vient de déposer un objet insolite au CDHA : La Montre Marine en cuivre provenant du navire KOUTOUBIA.
Débarquement à Bougie Le navire KOUTOUBIA a été sabordé ainsi que deux autres navires l’ALSINA et FLORIDA dans le port de BOUGIE le 13 novembre 1942 lors du débarquement des alliés Anglo-Canadiens.
Cette avait été offerte par le Commandant de bord du KOUTOUBIA à Mme Louise LAFAGE alors Présidente de la Croix Rouge à Bougie en 1942. Elle était l’épouse de Léon LAFAGE inspecteur principal des Eaux et Forêts de petite Kabylie à BOUGIE.
Henri LAFAGE a aussi déposé le témoignage de sa soeur Christiane (ci-dessous) sur le débarquement. Ils sont les petits enfants de Louise et Léon LAFAGE.
LE DEBARQUEMENT DES « ALLIERS» à BOUGIE en 1942
En novembre 42, je me souviens d’un certain dimanche où j’eus la plus grande peur-angoisse de ma vie.
J’avais 10 ans et j’étais restée à BOUGIE chez les grands-parents pour «faire» ma 6ème.
Je logeais rue du Vieillard chez les grands-parents LAFAGE et allais tous les matins suivre les cours chez le Grand-papa CLOT qui est à Place FOCH prés de la préfecture assurait avec ses filles, Coucou et Hélène, des cours à une quinzaine d’élèves de la 6ème à la 3ème.
Grand-papa était «prof» d’allemand, latin, grec (?). Tante Coucou assurait l’enseignement des maths et sciences. Tante Hélène celui du Français et de l’Anglais.
Tante Hélène était cheftaine d’un groupe d’éclaireuses dont je faisais partie. Nous avions décidé de monter au Gouraya pour un pique-nique, après le culte assuré par le grand-papa, pour y passer l’après midi.
Le samedi soir avec fébrilité, le sac fut préparé et rempli, mais le dimanche au réveil une surprise nous attendait, et elle était de taille. Grand-papa nous réveillait par un tonitruant: « ils vont débarquer, venez voir» !
Nous nous précipitons sur le balcon de la maison BORGE donnant sur la rade.
Doublant le Cap Carbon, des bateaux gris apparaissaient au loin dans la baie, ils glissaient lentement, j’écarquillais des yeux, j’admirais le spectacle mais le grand-père dit: « Il n’y aura pas de sortie d’éclaireuses aujourd’hui.»
Et moi qui me réjouissais tant de cette « première».
L’heure du culte approche, le culte se termine, on redescend place Foch, je pense n’avoir pas descendu les nombreuses marches du monument aux morts avec autant de fougue que les autres fois, je ne me souviens plus du déjeûner mais du goûter que nous avons pris chez les BOURGAREL l’après midi, alors oui, celui-là je me le rappelle très distinctement.
Les CLOT et les BOURGAREL installés devant une collation sur la terrasse dominant la mer observaient tous ces bateaux étrangers qui depuis le matin s’avançaient au large, très éloignés les uns des autres pour les plus gros. Dans la rade il y en avait également, et à quai un énorme « Monitor», celui-là , on devait s’en souvenir, il nous assourdissait plus d’une fois il se trouvait à moins de 100 mètres du balcon des Grands-parents.
Revenons au thé que nous n’avons pas pris le temps de savourer.
Tout d’un coup, venant de derrière les montagnes une volée d’avions arrivait, piquait sur la flotte, lâchait ses «pruneaux», et disparaissait aussitôt, ce fut aussi rapide que soudain.
Le Grand-papa s’était levé d’un bond en criant « ça va barder nous rentrons à la maison, vite ».
Ce premier bombardement par des avions Italiens ennemis, l’inquiétude des grand-parents parlant de choses que je ne pouvais comprendre dans la totalité restent dans mes souvenirs comme le premier moment très angoissant de ma vie de Bougiote.
Le deuxième bombardement eut lieu en début de soirée nous avions réintégré la maison et là, la riposte des Anglais et Canadiens ne se fit pas attendre. Pour moi, enfant, la guerre avait commencé. C’était cela la guerre !.
Les tirs de D.C.A, les piqués des avions, le bruit de ces junkers, les gerbes d’eau autour des bateaux, et puis les bateaux qui sont touchés, la fumée, les explosions durant toute une nuit dans un bâtiment au loin dans la baie chargé d’armement. Mais à chaque alerte le martellement assourdissant du «Monitor», Pan, pan, pan, les vitres qui vibraient, le bruit qui se répétait par ondes dans le mur contre lequel j’allais m’adosser au fond du couloir prés de la porte solide avec les parents et les battements de mon cœur qui m’étouffaient.
Le lendemain qui suivit le débarquement, triste spectacle au réveil ce matin là.
Je voyais mes premiers blessés de guerre défiler, allongés sur des «charretons» tirés par les porteurs le plus rapidement possible, va et vient incessant de voitures. Horrible spectacle de soldats affreusement brulés, bandés, sanguinolents, gémissant, je ne pouvais détourner mes regards d’enfant de toute cette souffrance.
A partir de ce moment là je ne vivais que dans la crainte d’une nouvelle alerte ; la riposte était au point et à chaque bombardement, nous en avions au moins deux par jour, attaquants et attaqués redoublaient « d’ardeur » et le Monitor nous surchargeait de décibels.
Mes grands parents décidaient alors de m’envoyer à l’intérieur des terres craignant pour ma vie et ma santé. (J’étais prise de tachycardie et de tremblement à chaque alerte).
C’est ainsi qu’un jour, avec tante Coucou je partais dans une carriole tirée par un cheval avec nos bagages à Oued Amizour, en Kabylie chez le Bachaga Abderraman Abd el Madjid ami de l’oncle André PFENDER Avoué à BOUGIE.
Je ne me souviens plus du départ mais l’arrêt à «La Plaine» faubourg de Bougie, alors OUI.
Nouvelle alerte, arrêt forcé à 1 km de la maison dans un abri de bus et là en plus du bruit des sirènes, des tirs de D.C.A du Monitor, je vois 3 avions touchés tomber à quelques minutes d’intervalle.
1er avion touché le pilote s’éjecte et descend en parachute
2ème avion explose en vol prend feu
3ème avion touché dont le moteur s’arrête et que je vois relié au sol comme par une corde ai-je rêvé l’avoir vu cela fait plus d’un demi- siècle que j’en ai été témoin alors …?
Ces trois avions sont tombés à quelque 200 mètres dans la nature proche. Alerte terminée nous remontions dans notre carrosse et les 25 km parcourus ont du être « menés rondement».
Le séjour chez le bachaga fut agréable sous certains rapports : accueil, nourriture, ah le pain!, vie avec les enfants dans cette belle demeure entourée de jardins où gambadaient des gazelles, très désagréables n’est-ce pas tantine en ce qui concerne les « pousses», et puis très angoissant, révoltant lorsque les «junkers» passaient au dessus de nous pour aller bombarder à la tombée de la nuit ou la nuit, on entendait tirer au loin et qu’on voyait les balles traçantes éclairer le ciel à l’horizon comme j’aurais ainsi que le «Monitor» puisse être ancré à Oued Amizour pour stopper, de ses tirs puissants tonitruants et précis, l’avancée de «l’ennemi».
Ce qui risquait d’arriver, arriva et c’est tante Hélène qui vint nous l’apprendre. Une bombe avait soufflé l’appartement des grands parents et toute la famille s’était repliée chez oncle André et tante Hilda, mais tout le monde était indemne. Ouf !
On n’entendait plus autant le « Monitor» et puis la maison de l’oncle était très solide il y a des piliers très sûrs, de la place.
Avec tante Coucou nous repartons donc pour Bougie dans cette grande maison où il y avait deux hommes maintenant qui avaient des conversations tellement intéressantes, que j’admirais beaucoup, et quatre femmes qui cuisinaient à merveille, faisaient des ouvrages de brôderie d’une finesse et puis il y avait Johnny … n’est-ce pas tante Hélène qui fumait ses « Players » à la bonne odeur, dans leur paquet carré avec le Marin tenant la barre.
Mais «l’école était finie», plus de maison, plus de livres plus d’élèves et j’allais réintégrer l’Oranie et Tlemcen après plus rien, péripéties et anecdotes mémorables.
Voyage retour en train cette fois, alerte, arrêt à El Mansour gare de triage. Quelques voyageurs se mettent à l’abri sous le train, il est 16 heures. Les militaires Anglais fidèles à leur tradition s’installent sur une plate-forme pour leur «tea», je n’ai rien compris de tout ce qu’ils se disaient en riant et en sirotant leur breuvage fumant, eux si placides, assis, dégustant devaient se gausser du comportement des étrangers civils qui les uns sous le train, les autres aux portières attendaient que la vague d’avions passe au-dessus de leur tête. Nous ne risquions rien, l’ennemi en voulait à la flotte ancrée dans les ports algériens.
Arrivés à Alger, nous avons été hébergés à la pension JOSSY, pension protestante d’étudiants rue Henri Martin. Les alertes dans ce grand port, loin de là où nous logions ne m’ont pas impressionnée mais ce dont je me souviens bien par contre, c’est cette tablée de jeunes gens et moi, toute petite, heureuse comme tout entre une tante et mon oncle« Geo». Qui était mon préféré (il avait 18 ans).
En l’entendant interpeller son copain David (était-ce son prénom ou son nom de famille) je me penche vers lui et à l’oreille doucement lui demande si son copain est Juif «eh! oui David et Goliath », les leçons de catéchisme des tantes avaient porté fruit. Il part d’un énorme éclat de rire, et s’adressant à David à travers la table « dis David ma nièce demande si tu es Juif ?» et moi toute honteuse, de me mettre à pleurer. Je me souviens que tantine prétextant que j’étais fatiguée m’a emmenée au lit.
C’est peut-être à partir de ce jour là que j’ai pris conscience qu’il ne fallait plus poser de questions aux grands, de ne plus parler et que pendant très très longtemps j’ai essayé de ne plus rien dire qui puisse faire de la peine aux gens car, j’avais cru sentir que David le copain avait été vexé que je le prenne pour un juif. Pourquoi cela était-il choquant d’être pris pour un juif si le David de Goliath était juif, il avait été très courageux non ? J’étais choquée, mais je devais être très fatiguée. Et tante de me mettre au lit en m’expliquant que cela n’était pas trop grave. Je n’en ai jamais voulu trop à mon oncle d’avoir interpellé son copain, et d’avoir fait rire aux éclats toute la tablée d’étudiants à mes dépends.
Ah j’oubliais lorsque la bombe a soufflé l’appartement des grand-parents, tante Hélène et grand-maman étaient dans la cave, abri de la maison BORGE, et le grand-papa était resté dans la maison pour y travailler à un sermon. Il avait promis à sa femme d’aller et de rester au fond du couloir jusqu’à la fin de l’alerte.
C’est au moment où en pleine alerte il se lève et se trouve à la porte du bureau tout contre l’armoire que la bombe ricochant contre le mur de l’immeuble du côté cour, s’enfonce dans le petit jardin voisin se trouvant au dessus de la cour et explose, le souffle a fait voler en éclats la porte d’entrée (où il aurait dû se trouver ) et a soufflé tout dans la maison.
Je n’ai pu retrouver du jeu de cartes se trouvant dans l’armoire qu’un valet de coeur. Un éclat de bombe était dans ma petite trousse à couture enfermée dans le tiroir également.
Tante Hélène et Grand-maman ont cru que le grand-père n’était plus là en arrivant en haut de l’escalier et en enjambant tous les débris de la porte.
Grand-papa, lui, se croyait aveugle, ses lorgnons avaient volé en éclats comme toutes les vitres de l’appartement, son visage, ses pieds étaient en sang.
Mais il était indemne.
La grand-mère LAFAGE, en tenue de Présidente de la Croix Rouge, avait vu tomber la bombe et s’était écriée « c’est chez les CLOT !» et de la rue du Vieillard elle était descendue en courant, en se jetant à terre sur le trottoir souvent au cours de l’alerte quand un avion passait au dessus de la rue Trézel. Elle a été la première à venir réconforter les parents hébétés au milieu des décombres de leur appartement et surpris d’être encore en vie.
Souvenirs de Christiane LAFAGE

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Les rapports historiques entre Bejaia et Montpellier

Posté par Rabah Naceri le 5 mars 2021

Les villes de Montpellier et Bejaia (Bgayet, Bugia, Buzea, Saldae, Naceria, Bougie…) ont eu des rapports historiques spécifiques (commerciaux, scientifiques, dialogues inter-religieux…) à l’époque médiévale.

En particulier, elles ont eu le privilège d’accueillir le philosophe catalan Raymond Lulle (mort en 1315). Il a produit dans ces deux villes des œuvres qui sont entrées dans l’histoire du dialogue islamo-chrétien.

Ainsi, son livre « la disputato » sur ses discussions avec les Ulémas Savants de Bougie (en 1307) était destiné au Pape d’Avignon pour un projet de croisade intellectuel.

D’un autre côté, une partie du savoir qui était disponible à Bougie dans le domaine des mathématiques et de la médecine a fait l’objet de traduction à Montpellier par le traducteur juif Ibn Tibbon (XIIIè siècle).

C’est le cas du livre de référence « Kitab el bayane » du mathématicien africain du Nord Al-Hassar (vers 1175), traduit à Montpellier en 1271.
Source : Groupe d’Etudes sur l’Histoire des Mathématiques à Bougie Médiéval (GEHIMAB)

Lulle 001  Carte 001  Image 001

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Comment réussir un échec ?

Posté par Rabah Naceri le 13 août 2018

Bougie_Perle

Je sais que le titre vous a choqué parce qu’il suffit de ne rien faire pour échouer d’office, me direz-vous !

Eh bien, non ! Ils ont tout fait pour réussir à faire échouer la saison estivale de notre wilaya. « Ils », ce sont les pouvoirs publics avec le silence des élus (toutes tendances confondues).

Pour me faire comprendre, je vous invite à suivre le cheminement tracé et exécuté pour que la saison estivale 2018 de la wilaya soit un échec total pour cette année et pour compromettre celles des années à venir en décevant outrageusement les visiteurs qui, par réflexe, amplifieront, partout où ils iront, leur colère et leur mauvais choix concernant celui de cette année. Lire la suite… »

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Bougie. Le port, son histoire, ses hommes, …

Posté par Rabah Naceri le 14 octobre 2017

PortdeBougie

Les rapports du port de Bejaia à travers les siècles n’ont pas concerné seulement des mathématiciens et des constructeurs, ainsi vers 1925, le port de Bejaia s’enorgueillit d’avoir accueilli un éminent peintre, dont les tableaux se trouvent aujourd’hui dans les plus grandes galeries et musées du monde.

Impressionné et amoureux du golfe et du port de Bejaia, Albert Marquet (1875 – 1947) a immortalisé le port par quatre tableaux de peinture qui se  trouvent au Métropolitan Museum à New York, l’Hermitage Saint-Pétersbourg, Musée National de Bruxelles et Musée des Beaux-Arts d’Alger (le tableau d’Alger a été offert par l’auteur au conservateur du musée).

Qui est Albert Marquet ?

Né et mort en France (1875 – 1947), artiste-peintre de l’école des Arts décoratifs de Paris, il est reconnu comme un grand paysagiste.

La Méditerranée, ses plages, ses ports est un des thèmes majeurs de ses œuvres. Plus de 40 ans de travail, il s’est fixé à Paris, Marseille, Norvège, Venise, Roumanie, Stockholm, … entre tous ces lieux, c’est en Algérie qu’il préférait séjourner.

Par Djamel-eddine Mechehed

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Comment est né le port pétrolier de Bougie ?

Posté par Rabah Naceri le 29 septembre 2017

L’article ci-dessous retrace sommairement la construction du port de Bougie, celle qui fut Bgayet puis Bejaia. Cette documentation m’a été gracieusement offerte par mon ami Djamel Mechehed. Je dois dire que ce n’est pas le seul document qu’il m’a offert concernant notre chère ville, Bgayet, celle qui fut jadis capitale hammadite d’où sont partis les mathématiques et la bougie de cire d’abeille vers l’occident.

Que mon ami Djamal Mechehed trouve ici l’expression de ma sincère reconnaissance ainsi que celle de tous les Bougiotes.

Comment est né le port pétrolier de Bougie ?

Le port

La première idée de construction du port pétrolier de Béjaïa est venue de Gaston Thomson (né à Oran 1848-1932), Ministre du commerce en 1914 à 1915. Ils estimèrent avec son ami le Marchal Franchet d’Esperay (né à Mostaganem), que le port de Toulon devenait trop vulnérable en raison des développements rapides de l’aviation européenne (Allemagne, Italie, Angleterre). Dès 1925 ils estimèrent qu’il fallait transférer la flotte navale Française de Toulon à Bougie… ! Juste en face, dit-il.

C’est ainsi que commença la construction de la grande digue en eau profonde au port de Bougie, qui ferma la baie de Sidi Yahia au pied du Cap-Bouak.

Un grand abri pour sous-marins était prévu sous le Cap, avec deux entrées, une vers le Port, l’autre vers le large (la rade).

L’arrière-port fut construit comme base aéronavale[1] avec bouées d’ancrage pour les hydravions Goliath [2] et Cams 53.

Gaston Thomson s’est déplacé plusieurs fois à Bougie dans le cadre de l’étude du futur port.

Mais vers 1930, le scandale du Port de Bougie avec l’assassinat du comptable Treuillon par le chef de chantier Bendinelli et la disparition totale de la comptabilité brûlée dans le foyer locomotive, provoqua un scandale financier énorme. Ce scandale a provoqué l’arrêt total des travaux programmés au port de Bougie. Une partie des crédits qui étaient prévus pour les travaux au port de Bougie ont été affectés à Mers el-Kebir.
Par la suite le port ne fut qu’un relais entre Bizerte et Mers el-Kebir. De nombreux hydravions ont fait escale. C’est entre 1958 et 1960 que furent construite les installations nécessaires à la réception des pétroliers, et les premiers travaux de conduite (650km) du pétrole, de Hassi Messaoud au port de Béjaïa ont débutés en 1959, cette conduite a été achevée en août 1959, le premier décembre 1959 est parti le premier bateau-citerne de Bougie vers la France. C’est ainsi que Bougie hérita d’un avant-port qui deviendra en définitive un port pétrolier d’une grande importance, qui joue un grand rôle dans l’économie de l’Algérie.

Port pétrolier

L’importance de la situation géographique du port de Bougie, a été remarquée par l’ingénieur hydrographe Jean Pierre Lieussou qui était à l’origine du levé de dix-sept ports secondaire en Algérie, dont celui de Bougie. Dans le premier ouvrage sur les ports d’Algérie, publié en 1857, il expose sa vision de l’importance stratégique de ce levé :

«On devrait s’occuper de jeter à Bougie les fondements du grand établissement maritime destiné à commander à tout jamais la côte d’Algérie, comme Toulon commande la côte méridionale de France », et ajoute : les avantages matériels et financiers de l’emplacement de Bougie sur celui d’Alger sont grands qu’il faudrait de graves motifs politiques pour faire préférer Alger ». 

Lieussou avait prévu une jetée de Cap Bouak à l’embouchure de la Soummam.


[1] La première liaison aérienne entre Marseille et Alger a été réalisée le 26 janvier 1919.

[2] 1930-1940 : Hydravion Goliath était souvent en escale dans le port de Béjaïa.

_______________________________

Références bibliographiques :

1-   Paru dans l’avenir de Bougie 2003, rapporté par Charles Hovelacque

2-   De l’autre côté des urnes, français, françaises, indigènes 1848-1930.

3-   Aperçu historique du port de Béjaia, Mechehed.D.E, El-Mersa N°37 .

4-   Le port son histoire, Mechehed D.E. El-Mersa N° 38.

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Bgayet. Histoire vraie de la table d’orientation située au Pic des Singes

Posté par Rabah Naceri le 24 juillet 2017

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Beaucoup de personnes de la wilaya de Bgayet ou d’autres régions visitent le Pic des Singes et prennent des photos souvenirs à côté de la table d’orientation mais rares sont celles qui connaissent son histoire. Comme je suis directement impliqué dans sa réhabilitation, alors je me suis senti le devoir d’apporter quelques informations la concernant.

Il y a lieu de dire que la première table d’orientation qui a existé était l’oeuvre de l’armée coloniale avec le soutien de la municipalité bougiote. Malheureusement, cette table a souffert de la maltraitance de certaines personnes, qui ne connaissaient certainement pas l’intérêt d’une telle oeuvre. Au fil des années, cette table a pratiquement disparu du socle et beaucoup de personnes ont continué à visiter le site sans se désoler de la disparition de cette table d’orientation puisque aucune trace de celle-ci ne subsistait pour leur rappeler son existence.

A la faveur du classement du massif du Gouraya en Parc National, celui-ci bénéficia d’un budget qui devait servir à sa mise en défens et à sa mise en valeur sous la direction éclairée de Monsieur Ali Mahmoudi. La réhabilitation de la table d’orientation figurait dans le projet de développement du PNG. C’est ainsi que le directeur du PNG avait contacté un artiste reconnu, natif de la ville, Nouredine Bouzidi, assisté d’un autre artiste Khoudir Bourihane pour étudier la possibilité de recréer une table d’orientation sur la base des photos, gravures et documents disponibles fournis par le directeur du PNG.

Un jour, le jeune artiste, Khoudir Bourihane, est venu me solliciter, en ma qualité de Président d’Apw (1997 – 2002), pour financer la confection de cette nouvelle table d’orientation du moment que les aménagements de la placette qui devait recevoir cette oeuvre sont déjà lancés par le PNG. Il me proposa également que les noms des lieux, sommets, crêtes, etc….soient transcrits avec leurs appellations locales, c’est à dire en Kabyle. J’ai tenu à apporter cette précision  car l’ancienne table d’orientation que les militaires français ont réalisé, tous les noms de lieux ont été arabisés:oued au lieu de assif, djebel au lieu de adrar, beni au lieu de aït, etc…
J’avoue que j’ai adhéré pleinement à cette proposition et je leur ai accordé mon accord de principe en attendant son inscription à l’ordre du jour d’une session Apw pour délibération et exécution.

L’artiste m’a suggéré la confection de trois galettes, composée de portions, pour pouvoir les remplacer en cas de destruction ou de saccage d’une partie ou de la totalité. Le coût de réalisation des 3 galettes a été évalué à 27 millions de centimes. Après l’accord de principe, les deux artistes se sont lancé dans les recherches et les enquêtes, qui ont duré des semaines, sur les lieux qui bordent le golf de Bgayet  pour actualiser les noms des crêtes, des collines, des rivières, des talwegs, etc…

L’inscription du financement de cette table d’orientation a été faite dans des délais très courts et son adoption par l’assemblée de wilaya ne posa aucune difficulté de la part des élus. La délibération a donc été rapidement exécutée et la somme, grevée d’affectation spéciale, a été versée dans le compte bancaire du PNG qui, à son tour, remettra le montant représentant les honoraires de l’artiste.

Quelques mois plus tard, l’assistant de Nouredine Bouzidi, se présenta à l’Apw pour m’informer que la table d’orientation a été fixée sur son socle et que je pouvais la voir sur site et que les deux autres répliques sont confiées à la direction du PNG.
Le lendemain, je me suis fait conduire jusqu’au site et je fus émerveillé par la belle réalisation artistique. J’ai, toutefois, relevé une anomalie que je n’ai pas manqué de signaler à l’artiste et au directeur du PNG. Il a été mentionné que cette table a été sponsorisée par l’Apw et l’Apc de Bgayet alors qu’elle n’a été financée que par l’Apw et que l’Apc est totalement écartée.
L’explication qui m’a été donnée n’était pas du tout convaincante, car subjective. Soi-disant le périmètre du PNG se trouvait dans le périmètre de la commune de Bgayet. Pour éviter d’avoir à refaire d’autres galettes aux frais de l’artiste, j’ai préféré laisser passer l’erreur.

Le clou de l’histoire.

Le clou de l’histoire, c’est lorsque le wali de l’époque (ce même commis de l’Etat, alors qu’il était Drag à Bgayet, qui a traité les caractères amaziɣ de caractères distinctifs et qui a sommé tous les propriétaires de bus de voyageurs d’effacer toute trace de cette langue sous peine de poursuites judiciaires et de mise en fourrière du véhicule) a appris la nouvelle de la fixation de la nouvelle table d’orientation avec l’amaziɣisation des noms des lieux, il piqua une crise rouge et qu’il m’a fait parvenir, par un messager, de sa ferme décision de la démolir pour la remplacer par celle des militaires français où les noms étaient arabisés.
Je lui ai fait parvenir ma réponse par le même canal que la table sera maintenue comme elle est et que personne n’a intérêt à la modifier.

Telle est l’histoire exacte de la table d’orientation que vous avez le plaisir de voir et de prendre en photo lorsque vous visitez le célèbre Pic des Singes.

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Je vous donnerai ci-dessous l’histoire détaillée de l’ancienne table d’orientation de Bougie, celle qui fut la première table d’orientation d’Afrique, telle que rapportée par notre ami journaliste M.A.H.

Installée en 1934, cette œuvre d’exception fait partie du patrimoine historique de Béjaia. Retour sur l’art spécifique de sa fabrication et la genèse singulière de son acquisition.

Surplombant la ville de Béjaïa, le mont Gouraya fascine le regard, par son ampleur et sa crête décharnée de calcaire rocheuse, façonnée des mains de la nature. Du sommet jusqu’à la pointe du cap Noir, elle s’abaisse par ressauts successifs de sept monticules juxtaposés, que les Béjaouis appellent «Sebâa Djebilat».

L’un d’eux est le Pic des singes, puissant piton en forme de coupole, qui domine la mer de 430 mètres et dont la masse imposante émerge des profondeurs abyssales, où il plonge d’un trait. Du plateau des ruines, où s’achève la route carrossable issue de la ville, s’ouvre un chemin facile qui mène à ce promontoire remarquable.

De ce poste de dune, où l’on trouve une table d’orientation, les alentours paraissent écrasés ; le vertige surprend le flâneur. Un panorama impressionnant s’offre à l’œil envoûté. D’un côté, la mer insondable ; en contrebas, les trois caps du Carbon, Noir et Bouack et la vallée des singes ; de l’autre côté, l’immense golfe de Béjaia, que bordent l’élévation et la raideur de la chaine des Babors.

Par beau temps, le regard s’étend au-delà de l’extrémité orientale du golfe, à plus de cent kilomètres, vers Jijel. Une initiative touristique Longtemps inaccessible, le «pic des singes» doit son nom aux multiples quadrupèdes qui y trouvaient refuge.

Table En 1924, après la constitution du Parc national de Gouraya, Félix Borg, alors président du syndicat d’Initiative de tourisme de Bougie, et également maire de la ville, eut l’idée de rendre ce pic accessible aux touristes. Pour la réalisation de ce projet le maire reçut le soutien de Victor Boutilly, alors directeur du service des Eaux et forêts en Algérie, qui cherchait également à promouvoir les points les plus pittoresques des parcs nationaux du pays. Ce dernier chargea M.Lafage, inspecteur principal du service des Eaux et forêts à Bougie, de diriger aussi bien le décapage du sommet que l’ouverture du chemin d’accès à ce piton, à partir du plateau des ruines.
Les coups de mine pour ce travail difficile commencèrent en 1924. Quelques années plus tard, Félix Borg, qui œuvrait toujours avec son syndicat pour favoriser le tourisme dans la région, songea à agrémenter la plate-forme du pic d’une table d’orientation paysagère. Cette petite construction à vocation touristique devait permettre aux excursionnistes d’identifier le paysage contemplé par une simple lecture directe.

Pour financer sa fabrication, il s’adressa au Touring-Club de France, association dont le but principal était de développer le tourisme sous toutes ses formes. La commande du disque de lave émaillée ne s’effectua pas sans difficultés. À maintes reprises, Félix Borg fit photographier un tour d’horizon pour rendre le travail du dessinateur possible, mais les tirages manquaient systématiquement de netteté à cause du ciel, toujours brumeux, de la région. On dût, alors, faire appel à Jacques Bouteron, géomètre à la Direction du service topographique à Alger. Dessinant, enfin, un tour d’horizon parfait, ce dernier permit en 1933 son report sur un disque en lave émaillée, confectionné par la manufacture Seurat de Saint-Martin, près de Riom, dans le Puy-de-Dôme, en France. Réputée pour son savoir-faire dans ce domaine, cette manufacture réalisa notamment la «première » table d’orientation en lave émaillée et fabriqua aussi celle destinée à la terrasse du magasin La Samaritaine de Paris.

Le Touring-Club de France chargea Fernand Bouscasse, son délégué à Bougie, d’offrir la table d’orientation au président du syndicat d’Initiative de la ville. Une cérémonie d’inauguration eut lieu le 16 mai 1934, devant une foule considérable et en présence du sous-préfet de Constantine, M. Richardot. La table d’orientation du pic des singes fut la première à être installée en Algérie, et même sur le continent Africain !

Aujourd’hui disparue, une plaque commémorative, en marbre blanc, fut posée sur le parapet clôturant le Belvédère, pour immortaliser les participants à ce projet audacieux. Le pic des singes devint, alors, une destination prisée des touristes, autant que le cap Carbon ou le fort Gouraya. Une rénovation discutable.

Après l’indépendance de l’Algérie, la table d’orientation, malheureusement délaissée, subit de multiples détériorations. Malgré sa dureté, la lave de Volvic fut en grande partie cassée. En 1999, la wilaya de Béjaia entreprit son remplacement, et le Parc national de Gouraya se chargea de la réparation du chemin qui y mène. Par précaution, la wilaya commanda trois nouvelles tables à l’artiste Nouredine Bouzidi. Ce dernier voulait que ses œuvres soient «des tables actualisées et améliorées». Il les a enrichies de noms de localités qui n’existaient pas à l’époque coloniale, ou qui ont été rebaptisées depuis. Il retranscrit, également, les indications topographiques en berbère, avec lettres latines.

Malgré l’initiative louable de la wilaya, et la bonne volonté de l’artiste, la table établie actuellement au pic des singes ne parait pas égaler l’originale par sa qualité de fabrication et son esthétique. A la différence de l’ancienne oeuvre, faite d’un seul bloc d’un mètre de diamètre de lave émaillée, la nouvelle fut fabriquée par juxtaposition de «dalles de sol», sectionnées en huit secteurs circulaires, émaillées, dessinées et scellées sur le socle. Il en résulte des joints trop visibles et un assemblage peu soigné, de l’aveu même de Nouredine Bouzidi.

Les faits eux-mêmes confirment l’inadéquation du matériau utilisé : un exemplaire de la nouvelle table a déjà été cassé et remplacé en 2003. L’adoption d’une solution inappropriée pour la rénovation de la table proviendrait sans doute d’un choix trop précipité. C’était oublier qu’une telle réalisation exige un investissement concerté et une fabrication minutieuse ! Il est fort dommage également que l’on ait occulté la valeur patrimoniale que revêt la table d’orientation du Touring club de France. Avoir une table offerte par cette association de renom est une reconnaissance pour l’exceptionnel site panoramique dont bénéficie la ville. Une distinction dont Béjaïa pourrait encore s’enorgueillir. C’est donc une restitution à l’identique qu’il aurait fallu réaliser tout en actualisant les noms de localités. Il viendra sûrement un jour où la question de cette restitution se posera et s’imposera alors le recours à la lave de Volvic et au savoir-faire unique de ses usines d’émaillage.

Peu de gens connaissent l’histoire de cette œuvre d’art que nous venons de relater. Que les touristes de passage au parc national de Gouraya ne manquent pas de faire l’ascension du pic des singes, ils y découvriront un des plus beaux panoramas d’Algérie ainsi que la nouvelle table d’orientation qui leur rendra compte de la totalité du paysage. Sur la même route qui mène au site, une visite de l’écomusée du Parc leur permettrait de redécouvrir, sous une des vitrines de la salle d’exposition, l’ancienne table mutilée du Touring Club de France, que le directeur du PNG a eu la bonne idée de conserver.

La fabrication de la lave émaillée

Les tables d’orientation installées par le Touring club de France étaient en lave émaillée de Volvic, généralement de forme circulaire d’un mètre de diamètre et scellé sur un pied en béton. Leur fabrication était assurée par des usines se trouvant dans le département du Puy-de-Dôme. Table_6
D’abord extraite des carrières des volcans d’Auvergne, la lave était tranchée en scierie. Travaillée en un seul monolithe, cette pierre était ensuite émaillée. Un dessin en couleurs était reporté sur le disque, le tout était cuit à plusieurs reprises. D’une très longue longévité, la lave émaillée reste la meilleure solution pour fabriquer des tables d’orientation. Elle est totalement inaltérable par le gel, les acides et les rayonnements solaires. Elle résiste aux rayures et aux chocs des cailloux qui ne laissent que de petites traces au point d’impact. Seule une agression violente à la masse ou au burin peut l’altérer.

Les tables d’orientation du touring club de France en Algérie

C’est au début du XXe siècle que le Touring club de France prit la décision d’installer des tables d’orientation dans des lieux réputés pour la beauté de leur panorama. Les premières d’entre elles furent établies par cette association en 1903. Elle en réalisa près de 168 à travers le monde jusqu’en 1970. En Algérie, la table d’orientation du pic des singes fut la 119e à être installée. Trois autres tables furent ensuite établies à Aïn N’sour dans le massif du Zaccar en 1936, à l’ermitage du Père Foucauld à l’Assekrem dans l’Hoggar en 1939 et à Constantine sur l’esplanade du Sidi-M’Cid en 1952. D’autres encore furent érigées par l’administration des eaux et forêts, notamment au col de Chréa, près de Blida. Grâce à leurs sites isolés, les tables de l’ermitage du Père Foucauld et d’Aïn N’sour sont toujours bien conservées contrairement à celle de Constantine qui est partiellement dégradée.

M.A.H
Sources : Fond d’archives du Touring Club de France au centre des Archives contemporaines à Fontainebleau.

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« Je veux montrer que nous sommes une civilisation urbaine depuis l’antiquité », dit A. KHELIFA.

Posté par Rabah Naceri le 29 avril 2016

Khelifa   Un cours magistral sur l’histoire de la ville de Béjaïa que propose Abderrahmane Khelifa dans son nouveau beau livre « Béjaïa, capitale des lumières », édité chez Gaia éditions. Découvrez l’histoire des dynasties les plus influentes, les savants, la vie politique, religieuse et économique d’une cité qui a marqué la Méditerranée.

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- Votre beau livre Béjaïa capitale des lumières publié aux éditions Gaïa est un important travail de recherches documentées. Vous aviez consacré combien de temps à la constitution de cet ouvrage ?

Je travaille depuis plus d’une dizaine d’années sur les grandes villes du Maghreb central, des villes qui furent des capitales, comme Constantine, Tlemcen et Alger. Il était normal que Béjaïa soit de celles-là. Elle a été la capitale d’un royaume et la deuxième capitale de l’Afrique du Nord à être sur la Méditerranée après Mahdia, en Tunisie.

Il faut dire que la richesse de son histoire m’a demandé beaucoup de temps à confectionner ce livre, amasser la documentation et les photos et les agencer pour en faire un livre. Je peux dire que je l’ai commencé en 2012 après la sortie de mon livre sur Tlemcen, c’est-à-dire près de quatre ans. Mais je dois dire que c’est actuellement le plus volumineux de mes livres. Lire la suite… »

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A Bgayet, le patrimoine culturel se meurt

Posté par Rabah Naceri le 26 février 2016

Avec le temps va…tout s’en va

« Connaissez-vous Bgayet (qui est son nom originel ou bien Bejaia ou Bougie) ? »

Si on posait cette question à n’importe quel Algérien, on nous répondra que c’est une très belle ville côtière, accueillante et dont l’hospitalité de ses habitants est légendaire. Que c’est une ville de culture et d’histoire. Certains nous donneront même des leçons sur le passé millénaire de cette célèbre ville où chaque pierre est un témoin d’un passé glorieux et de grands évènements culturels et scientifiques.

Il n’y a pas un responsable, d’ici ou d’ailleurs, qui passe par cette ville et qui ne fait pas l’éloge de la grandeur de cette ville, de sa population et de la richesse inestimable de ses vestiges historiques qui font de cette ville et de ses environs, un immense musée à ciel ouvert.
Partons à la découverte de quelques vestiges qui continuent de résister à l’érosion du temps et au laxisme destructeur des responsables chargés de les protéger, voire de les restaurer.

La Porte des Étendards ou Bab El-Fouqqa

IndicationA partir de « Lekhmiss » (grand quartier de la plaine ou du camp inférieur de la ville), nous rencontrons un panneau indicateur lumineux qui nous guide vers le quartier historique de Bgayet. C’est une excellente initiative de la part des responsables locaux car elle vient réparer un oubli de plusieurs décennies qui nous renseigne sur le peu d’intérêt accordé au patrimoine culturel par tous les responsables du secteur de la culture et de celui du tourisme qui ont défilé depuis l’indépendance à ce jour.

Le site historique, le plus proche car il est situé au centre-ville, est la Porte des Etendards et quelques mètres qui restent de la muraille datant de l’époque hammadite. Quand on arrive sur les lieux, le moins averti des visiteurs remarquera les fissures qui ne cessent de s’élargir, des pierres qui commencent à tomber en laissant des creux sur la muraille, de vulgaires câbles électriques qui avilissent le vestige, etc… Et pourtant, on se rappelle encore les déclarations de l’ancien directeur de wilaya de la culture, Mourad Nacer, qui affirmait publiquement, par les ondes de la radio-Soummam, qu’un dossier de restauration est ficelé et adressé au ministère de la culture. Selon le même responsable, un budget conséquent est affecté à cette opération dont le lancement des travaux est imminent. Tout cela s’est passé durant les années 2000, et nous sommes en 2016 sans qu’aucun signe de restauration n’ait été constaté.
Visiblement, la seule passation de consigne qui se fait entre deux directeurs de la culture dans cette wilaya est celle de la perpétuation de l’oubli et de laxisme. Je vous laisse apprécier la série de photos qui expriment mieux que moi l’état d’abandon de ces lieux qui sont les témoins d’une grande cité et un lumineux centre de rayonnement culturel, cultuel, politique et scientifique.

Porte Foukka_01  Bab Fouqqa  Plaque

Comme le montre si bien la seconde photo, c’est une vulgaire plaque métallique complètement rouillée qui a servi de support à la mémoire patrimoniale à ce haut lieu d’histoire. C’est devant cette majestueuse Porte que le prince Moulay Nacer venait, en fin de journée, observer la beauté des vergers et des jardins de la plaine sous un magnifique coucher du soleil.

Entre un bar et un bar, une tour historique

Je me suis toujours interrogé sur le silence des élus locaux, des anciens défenseurs de la souveraineté nationale du temps du parti unique et des responsables de wilaya de la culture sur cette tour qui est encerclée par deux bars. Cette tour, pour ceux qui ne le savent pas, date de l’époque hammadite et qui servait de poste d’observation de toute manoeuvre et activités maritimes ou arrivée de navires par la mer. La mer, à cette époque, venait se jeter au pied de cette muraille.
Ces deux bars qui encerclent ce beau vestige historique ont été construit depuis l’époque coloniale. En observant les matériaux avec lesquels sont construits ces établissements, essentiellement en bois, nous devinons aisément que les gérants n’ont bénéficié que d’autorisations précaires et révocables. Autrement dit, ces deux baraquements peuvent rasés sans aucune opposition légale ou préavis règlementaire.

Tour_Hammadite_2  Tour_Hammadite

La France coloniale était dans son rôle en élaborant un diabolique programme d’effacement des repères culturels et hsitoriques pour désorienter la population autochtone dans la perspective d’un remodelage mental. Mais après l’indépendance, pourquoi nos dirigeants, surtout les grands inventeurs de l’article 120, n’ont jamais essayé de raser ces deux débits de boissons alcoolisés pour mettre en valeur cette belle tour hammadite.
Encore une énième interrogation : pourquoi tous ces directeurs de wilaya de la culture qui ont défilé dans notre wilaya dont certains sont de la région, les nombreux ministres de la culture qui claironnaient la grandeur de cette ville de culture n’ont-ils jamais initié la moindre action de réhabilitation de ce vestige historique qui feraient retourner dans leur tombe tous les savants et les nobles personnalités qui ont vécu dans cette belle cité du savoir et de la culture ?

La suite du massacre arrivera bientôt…

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Bejaia à l’époque hammadite (par Zahir Iheddadene. Décembre 2010)

Posté par Rabah Naceri le 7 novembre 2014

Cette étude retrace l’histoire de Bejaia à l’époque hammadite, époque la plus glorieuse que cette ville ait connue.
Sur le plan de l’histoire politique beaucoup d’historiens, en arabe particulièrement et notamment Ibn Khaldoun, lui ont consacré de grands développements que nous résumerons dans un premier paragraphe. Ce n’est donc pas cet aspect qui nous préoccupe.
Notre recherche et notre curiosité se sont penchées sur la ville elle-même, sa physionomie, son étendue, sa topographie, sa structure, son activité, son développement d’une façon générale. En l’absence de documents, nous avons trouvé beaucoup de difficultés a reconstituer ce que fut cette capitale, l’une, si ce n’est la plus grande de l’époque.

 Zahir IheddadeneConcernant l’histoire politique de Béjaia, il suffit de signaler, avec beaucoup de réserves, l’ouvrage de Charles Ferraud, édité en 1868, mais qui garde toute sa fraicheur, tout particulièrement pour la période hammadide. IL y a lieu de souligner, également, que Béjaia (Bhegaith) a existé bien avant Saldae qui a été fondée par Juba II, le berbère et non par les Romains comme le prétendent certains historiens.
Résumons brièvement les faits historiques.
Béjaia, la hammadite a été fondée en 461 de l’Hégire(1067), par Moulay Nacer, fils de Alenas, fils de Hammad, de la grande tribu berbère des Sanhadja, pour deux raisons essentielles : s’éloigner des attaques répétées des bandes hilaliennes et créer un port pour s’ouvrir sur l’extérieur. Cette nouvelle ville a connu immédiatement une prospérité incomparable, comme l’attestent certains écrits de l’époque que nous reproduirons plus loin. Cette prospérité n’a cessé de se développer pendant la période Almohade et Hafside jusqu’à l’agression des Espagnols en 1509. Ce sont ces derniers, avec une barbarie effrénée, qui ont détruit la ville : ses palais, ses mosquées, ses quartiers ; ils l’ont pillée, volée et détruit toute trace de civilisation. Lire la suite… »

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