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« Je veux montrer que nous sommes une civilisation urbaine depuis l’antiquité », dit A. KHELIFA.

Posté par Rabah Naceri le 29 avril 2016

Khelifa   Un cours magistral sur l’histoire de la ville de Béjaïa que propose Abderrahmane Khelifa dans son nouveau beau livre « Béjaïa, capitale des lumières », édité chez Gaia éditions. Découvrez l’histoire des dynasties les plus influentes, les savants, la vie politique, religieuse et économique d’une cité qui a marqué la Méditerranée.

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- Votre beau livre Béjaïa capitale des lumières publié aux éditions Gaïa est un important travail de recherches documentées. Vous aviez consacré combien de temps à la constitution de cet ouvrage ?

Je travaille depuis plus d’une dizaine d’années sur les grandes villes du Maghreb central, des villes qui furent des capitales, comme Constantine, Tlemcen et Alger. Il était normal que Béjaïa soit de celles-là. Elle a été la capitale d’un royaume et la deuxième capitale de l’Afrique du Nord à être sur la Méditerranée après Mahdia, en Tunisie.

Il faut dire que la richesse de son histoire m’a demandé beaucoup de temps à confectionner ce livre, amasser la documentation et les photos et les agencer pour en faire un livre. Je peux dire que je l’ai commencé en 2012 après la sortie de mon livre sur Tlemcen, c’est-à-dire près de quatre ans. Mais je dois dire que c’est actuellement le plus volumineux de mes livres. Lire la suite… »

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Bejaia à l’époque hammadite (par Zahir Iheddadene. Décembre 2010)

Posté par Rabah Naceri le 7 novembre 2014

Cette étude retrace l’histoire de Bejaia à l’époque hammadite, époque la plus glorieuse que cette ville ait connue.
Sur le plan de l’histoire politique beaucoup d’historiens, en arabe particulièrement et notamment Ibn Khaldoun, lui ont consacré de grands développements que nous résumerons dans un premier paragraphe. Ce n’est donc pas cet aspect qui nous préoccupe.
Notre recherche et notre curiosité se sont penchées sur la ville elle-même, sa physionomie, son étendue, sa topographie, sa structure, son activité, son développement d’une façon générale. En l’absence de documents, nous avons trouvé beaucoup de difficultés a reconstituer ce que fut cette capitale, l’une, si ce n’est la plus grande de l’époque.

 Zahir IheddadeneConcernant l’histoire politique de Béjaia, il suffit de signaler, avec beaucoup de réserves, l’ouvrage de Charles Ferraud, édité en 1868, mais qui garde toute sa fraicheur, tout particulièrement pour la période hammadide. IL y a lieu de souligner, également, que Béjaia (Bhegaith) a existé bien avant Saldae qui a été fondée par Juba II, le berbère et non par les Romains comme le prétendent certains historiens.
Résumons brièvement les faits historiques.
Béjaia, la hammadite a été fondée en 461 de l’Hégire(1067), par Moulay Nacer, fils de Alenas, fils de Hammad, de la grande tribu berbère des Sanhadja, pour deux raisons essentielles : s’éloigner des attaques répétées des bandes hilaliennes et créer un port pour s’ouvrir sur l’extérieur. Cette nouvelle ville a connu immédiatement une prospérité incomparable, comme l’attestent certains écrits de l’époque que nous reproduirons plus loin. Cette prospérité n’a cessé de se développer pendant la période Almohade et Hafside jusqu’à l’agression des Espagnols en 1509. Ce sont ces derniers, avec une barbarie effrénée, qui ont détruit la ville : ses palais, ses mosquées, ses quartiers ; ils l’ont pillée, volée et détruit toute trace de civilisation. Lire la suite… »

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Comment est-ce possible ?

Posté par Rabah Naceri le 7 juin 2014

J’aurais imaginé que n’importe quelle absurdité pourrait arriver dans cette Cité, jadis Capitale Hammadite,  sauf celle-ci : une pétition contre l’érection d’une bibliothèque communale.

Pour éclairer les lecteurs ou les visiteurs du blog, je vous relate cette histoire insolite que le commun des mortels n’aurait jamais imaginé que cela arriverait dans cette ville qui a été élevée au rang de capitale des Hammadites. Cette ville des sciences, de la culture qui a abrité des rencontres de savants de la méditerranée et de bien d’autres contrées éloignées, cette ville qui, dans ses moments de gloire, a mis à la disposition de ses citoyens une bibliothèque contenant plus de 10 000 ouvrages, des manuscrits authentiques sur les recherches en mathématiques, sur l’astronomie, sur les sciences médicales, sur les sciences en théologie, etc…

Un terrain, situé sur la rue Ahcène DEHAS, relevant du patrimoine foncier communal, abandonné et transformé en décharge publique, a été affecté à la construction d’une bibliothèque communale par délibération de l’Assemblée Populaire Communale de Bgayet. Le wali, accompagné du premier magistrat de la commune et d’une délégation d’élus communaux ont procédé à la pose de la première pierre pour la réalisation de cette infrastructure culturelle il y a de cela une vingtaine de jours, c’est à dire vers le début mai 2014.

Il faut rajouter aussi que ce terrain est à une dizaine de mètres d’une sûreté urbaine (1er arrondissement), à une centaine de mètres du siège de la mairie, à une cinquantaine de mètres de la Direction des Travaux Publics, qui est également à cheval entre la rue du Vieillard et la rue Ahcène Dehas.

Le côté insolite de cette histoire est qu’un groupe de jeunes, se disant résidents de ce quartier et « défenseurs d’espace vert », ont osé lancé une pétition pour faire annuler ce projet de construction d’une bibliothèque. Ces défenseurs de l’environnement d’un autre autre âge obéissent sûrement à d’autres objectifs et aux orientations de quelques manipulateurs agissant dans l’ombre pour réduire la réputation légendaire de cette ville pour la Culture et le Savoir, et, du coup, détourner ce terrain pour la construction d’une promotion immobilière sachant que le prix du mètre carré dans cette zone est excessivement élevé.

Pour éclairer nos amis, j’ai pris soin de prendre quelques clichés de « cet espace vert » en présence de Mr Boubeker Amrani, correspondant du quotidien « La Cité », qui a rédigé de sa plume un article paru ce matin, samedi 07 juin 2014. Jugez par vous-mêmes la beauté de cet espace.

Espace_1   Espace_2  Première pierre

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Mille ans d’astronomie à Bgayet

Posté par Rabah Naceri le 6 mars 2010

Une Ville – lumière 

Elle n’éclairait pas seulement par ses « bougies » mais par les sciences et la culture. Un document à lire absolument sur le niveau atteint par nos anciennes cités

Située au cœur de l’espace méditerranéen et ancienne capitale du royaume hammadite, la ville de Béjaïa (Bougie, Bugia, Bgayet, Buzzea) – qui donna son nom aux petites chandelles et à partir de laquelle les chiffres arabes allaient être popularisés en Europe – fut, à l’époque médiévale, l’un des centres culturels et scientifiques les plus dynamiques du Maghreb. Elle était le pôle d’attraction de l’élite intellectuelle (musulmane, chrétienne et juive) qui venait y poursuivre des études, débattre des idées, faire des recherches et des observations astronomiques (1). Après la destruction de la ville par les Espagnols, au début du XVIe siècle, le relais, dans le domaine de l’astronomie, est assuré par la province. C’est l’épopée des zaouïa ou instituts de la Kabylie.

Des traités sont rédigés qui permettent aux lettrés locaux de transmettre le savoir. Le niveau de connaissances de ces lettrés du XIXe siècle, ainsi que leurs pratiques, peuvent être appréhendés en analysant le contenu de la Bibliothèque savante de manuscrits de Cheikh Lmuhub, exhumés en 1994. Les pratiques anciennes perdureront jusqu’à la formation des premiers astronomes contemporains au début du XXe siècle. La prédiction de l’apparition des croissants lunaires, l’orientation (direction de La Mecque), ainsi que la détermination des instants de prières ont de tout temps constitué la préoccupation majeure des musulmans. Or, les heures des prières, par exemple, sont en relation directe avec la hauteur du soleil, et varient suivant la latitude du lieu et la déclinaison du soleil.

La pratique de l’astronomie était donc nécessaire, et de nombreux instruments d’observation portatifs (astrolabes, cadrans solaires) furent fabriqués et développés. On verra même naître au XIIIe siècle une discipline distincte, Ilm al-Miqat (la science des moments déterminés), qui s’occupe uniquement des prescriptions religieuses liées à l’astronomie. Les travaux sur l’astronomie dans les pays de l’Islam débutent au IXe siècle en Orient (Syrie, Irak), avec la traduction de l’Almageste de Ptolémée, célèbre astronome d’Alexandrie au IIe siècle. Dès le Xe siècle, cet ouvrage est connu au Maghreb, en particulier à Kairouan. Dans cette importante ville de l’Ifriqiya (ndlr : actuellement la Tunisie), fondée en 670, ont vécu un grand nombre de scientifiques.

On peut citer le célèbre astronome et astrologue Ibn Abi Ridjal (m. 1040), connu en Europe sous le nom d’Albohazen (ou Aben Rajel) (2). Il aurait assisté à des observations astronomiques faites à Baghdad en 989. Son principal ouvrage, Kitab al-Bari fi Ahkam al-Nudjum (L’Ingénieux en astrologie judiciaire), fut traduit en castillan pour le roi Alphonse X (vers 1254), et de là en latin (fig.1), en hébreu, en portugais, en français et en anglais. Ce remarquable ouvrage a joué un rôle important dans la diffusion de l’astronomie et de l’astrologie musulmanes en Europe. Suite à l’attaque des Hilaliens et à la ruine de Kairouan en 1057, l’élite savante de cette ville, et de l’Ifriqiya en général, est allée s’établir à Mahdia (Tunisie), la nouvelle capitale du royaume ziride, et à la Qal‘a des Béni Hammad (près de M’sila, en Algérie). C’est à Mahdia que travailla le grand astronome Abu l’Salt Umayya, qui rédigea au début du XIIe siècle un traité d’astronomie et une Risala fi `Ilm al-Asturlab (Traité sur l’usage de l’astrolabe). Cependant, suite à la menace toujours incessante des Hilaliens, c’est en 1067 que le prince al-Nasir transfère la capitale du royaume berbère des Hammadites de la Qal`a vers Béjaïa.

Cette ville profita ainsi de l’exode de l’élite savante de la Qal’a, parmi laquelle de nombreux mathématiciens. Elle fut dotée de beaux monuments et récupéra aussi des œuvres d’art provenant de la Qal’a. Elle devint alors une cité florissante. Plus tard, la Reconquista chrétienne, qui mettra un terme à la civilisation musulmane andalouse, va favoriser l’immigration de nombreux savants andalous à Béjaïa, parmi lesquels de nombreux astronomes et mathématiciens venus de différentes villes, notamment de Murcie, Séville, Valence et Jativa. En plus des facteurs déjà cités à l’origine de l’arrivée de l’élite savante à Bougie, cette ville, avec son port très actif, avait la particularité d’être un point de passage obligé sur la route Occident-Orient, notamment pour l’accomplissement du pèlerinage de La Mecque ou pour poursuivre des études.

Par ailleurs, la tolérance et le dynamisme des princes de Bougie, ainsi que la qualité des relations officielles nouées avec les républiques chrétiennes méditerranéennes (Gênes, Pise, Marseille, Venise, Catalogne, Majorque) qui conduisirent à la signature de nombreux traités (traités de paix, traités de commerce, traités sur les biens des naufragés, etc.), vont jouer un rôle majeur dans le processus de transmission du savoir musulman, mais cette fois-ci de Bougie vers l’Occident chrétien. C’est à Bougie, par exemple, que le fils d’un marchand italien, Leonardo Fibonacci (1170-1240), considéré comme le premier grand mathématicien de l’Occident chrétien, bénéficie d’un enseignement « admirable » (mirabili magisterio), selon son propre témoignage, en science du calcul et en algèbre. Il s’initie au système de numération, aux méthodes de calcul et aux techniques commerciales des pays de l’Islam. Il apprend à calculer les latitudes et les longitudes. De retour à Pise, c’est lui qui va faire connaître les travaux des musulmans et stimuler la renaissance des études mathématiques en Europe.

Bien avant Galilée

Bougie était célèbre par le niveau de son école. De nombreux astronomes célèbres y ont vécu et travaillé à l’époque médiévale. Les débats y étaient intenses. Citons un exemple de controverse : dans la classification faite par deux savants de Bougie, l’astronomie n’est pas intégrée à la même discipline ; pour Ibn Sab`in l’astronomie fait partie de la physique tandis que pour Ibn Khaldun, elle appartient aux mathématiques. Quelques connaissances et concepts de l’astronomie, profondément ancrés dans les esprits de cette époque et véhiculés au quotidien, nous donnent une idée du haut niveau d’instruction. Par exemple, dès le XIIe siècle, de nombreux lettrés de Bougie étaient convaincus de la sphéricité de la Terre et de l’énormité du Soleil (Ibn Sab’in, Ibn Khaldun, Ibn Sa’id, al-Gubrini et d’autres).

Par ailleurs, les instruments astronomiques ont atteint le haut degré de complexité et de perfectionnements que nécessite toute spécialisation. À Bougie, de nombreux spécialistes, tel al-Burji (1310-1384), assurent l’élaboration de ces instruments. Selon le témoignage d’Al-Idrisi (1100-1166), célèbre géographe du roi normand Roger II de Sicile, il y avait à Bougie toute une industrie « d’étranges et exceptionnels appareils ».

Parmi les réalisations de premier plan qui ont marqué la ville, citons les observations astronomiques d’Abu l’Hassan Ali et l’établissement de tables astronomiques par Ibn Raqqam (3). L’astronome marocain Abu l’Hassan Ali, originaire de Marrakech et grand voyageur, « a ajouté aux connaissances qu’il avait acquises celles des plus savants hommes des seules contrées où les sciences fussent alors cultivées avec succès ». Il s’exprime ainsi : « Nous avons écrit en encre rouge les noms des villes dans lesquelles nous avons été, et dont nous avons observé nous-même la latitude. »

De par son propre témoignage, nous savons qu’Abu l’Hassan (mort en 1262) se livra à des observations astronomiques à Bougie. Il observa la hauteur du pôle et détermina la longitude et la latitude de la ville (36° 5’). Il effectua le même travail, avec une précision bien supérieure à celle des anciens, pour 40 autres villes de l’Andalousie et de l’Afrique septentrionale. Il consigna ses observations dans un ouvrage magistral Jamiou al- Mabadi wa l’Gayiat fi `Ilm al-Miqat (Collection des commencements et des fins). Ce traité est divisé en quatre parties : la science du calcul, l’utilisation des appareils, et les études pour acquérir connaissance et puissance créative. L’ouvrage fut traduit partiellement au XIXe siècle par J. J. Sedillot, orientaliste et astronome français, qui affirme que « ce traité est le plus complet qui ait été composé sur ce sujet par aucun astronome de la nation musulmane ». L. A. Sédillot achèvera l’œuvre de son père en effectuant la publication, en 1841, du Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes.

C’est en 1266 que l’astronome Ibn Raqqam (mort en 1315) quitte son Andalousie natale pour se rendre à Béjaïa et s’y initier à l’astronomie. Vers 1280, il composa son célèbre ouvrage al-Zij al- Shamil fi Tahdib al-Kamil suivant la tradition de l’école initiée par le célèbre astronome andalou Arzachel (mort en 1100). Cet ouvrage comprend trois parties : la première est un abrégé du traité Al-Zij al-Kamil fi at-Ta`anim d’Ibn al-Haim (composé vers 1205-1206). La deuxième partie est une production d’Ibn Raqqam lui-même. Quant à la troisième partie, elle est consacrée aux tables astronomiques (Zij) permettant de prédire différents événements célestes (les éclipses, les passages des planètes…). Il serait intéressant par la suite de vérifier si ces tables conviennent vraiment à la latitude de Béjaia. Une copie de Al-Zij al-Shamil est répertoriée sous le numéro 249 au musée al-Kindili (Istanbul).

Plusieurs lettrés qui ont vécu à Bougie étaient versés en géographie. C’est le cas d’Ibn Sa’id al-Magribi (1214-1286) qui a composé un ouvrage de géographie en se basant sur les traités de Ptolémée, d’al-Idrisi, d’Ibn Fatima et d’al- Khawarizmi. Il fit accompagner les lieux les plus importants de leurs longitudes et latitudes. Ce qui le distingue de ses semblables est l’intérêt qu’il porte à l’Europe et aux pays non musulmans. L’oeuvre d’Ibn Sa’id semble avoir eu un impact très au-delà de la région. En effet, plusieurs chapitres de l’ouvrage d’Abu al-Fida’ (1271-1331), largement inspirés de celui d’Ibn Sa’id, ont été traduits et publiés en Europe.

Le métaphysicien Ibn Sab’in (1216-1270), disciple du grand astrologue al-Buni (m. 1225), est célèbre pour avoir répondu aux questions philosophiques que l’empereur Fréderic II de Hohenstaufen avait adressées au sultan almohade al-Rashid. Lors de son séjour à Béjaïa, il a composé un ouvrage sur l’utilisation de la Zayriya (instrument pour l’astrologie inventé au Maghreb au XIIe ou XIIIe siècle). Sous la forme d’un tableau circulaire, la pratique de cet instrument nécessite une bonne connaissance en astronomie.

Le célèbre philosophe catalan Raymond Lulle (1232-1316), adepte de l’astrologie, a effectué de nombreux voyages à Bougie. Il y aurait étudié les mathématiques vers 1280. C’est cependant son voyage de 1307 qui va être remarquable car, à cette occasion, eut lieu la seule discussion méthodique de Lulle avec un savant musulman dont il reste un compte-rendu. Cette discussion n’aura été possible que grâce à la bonne volonté des Uléma. Les travaux de Lulle à Bougie demeurent cependant difficiles à appréhender. Il semble qu’il ne se soit intéressé sérieusement à des travaux musulmans « que sous l’influence d’une certaine tendance missionnaire intellectuelle ». D. Urvoy considère que son univers scientifique va être dominé essentiellement par deux aspects qui peuvent sembler sans liens : l’importance des techniques maritimes, et surtout cartographiques, en Catalogne, d’une part, et un attachement important à l’occultisme (dont la pratique va se développer au XIVe siècle), d’autre part. De fait, Lulle va se limiter en mathématiques aux problèmes des figures spéculatives et, en astronomie, à la nature des corps célestes et aux jugements astrologiques.

Ibn Khaldun (1332- 1406), grand historien et philosophe maghrébin, enseigna à Béjaïa en 1365 et 1366. Dans ses écrits, il nous fournit de précieuses informations sur la transmission de la connaissance astronomique depuis l’Antiquité jusqu’à son époque. Imprégné par les idées de Ptolémée, Ibn Khaldun a montré dans Les Prolégomènes un niveau élevé de savoir en astronomie. Fidèle au dogme aristotélicien, il place la Terre au centre du monde (géocentrisme), et reprend en gros l’idée des huit sphères cristallines (celles des planètes, de la Lune, du Soleil et des fixes), des cercles excentriques et des épicycles. Cependant, il s’interroge sur leur véritable existence. Rappelons qu’un autre savant de Bougie, le cosmologiste Ibn ‘Arabi (1165-1240), expose un système différent du précédent (3). En plus des huit sphères cristallines, il ajoute une neuvième, la sphère environnante. Cette dernière, animée d’un mouvement de rotation (24 heures), entraîne avec elle toutes les autres sphères. Ainsi le mouvement de chaque sphère se décompose en deux : un qui lui est propre, appelé mouvement naturel, un autre qui lui est imposé.

Ibn Khaldun a consacré dans les Prolégomènes deux chapitres au problème des conjonctions de Jupiter et de Saturne. Concernant la forme de la Terre, Ibn Khaldun dit : « Dans les livres des philosophes qui ont pris l’univers pour le sujet de leurs études, on lit que la terre a une forme sphérique. » Toutefois, la sphéricité de la Terre était une idée admise, non seulement par Ibn Khaldun, mais aussi par de nombreux savants de Bougie, tel Ibn Sabin, bien avant Galilée. Un autre géographe important est l’amiral ottoman Piri Reis (1470-1554). Arrivé à Bougie vers 1495, c’est depuis cette ville qu’il part en expédition chaque été. La plus remarquable de ses oeuvres est la carte géographique du monde qu’il a établie en 1513 (peu de temps après la découverte de Christophe Colomb en 1492) et qui comporte, entre autres, les côtes de l’Amérique latine et de l’Afrique occidentale.

D’une très grande exactitude, cette carte montre que la technique de cartographie était très avancée à cette époque. Un peu plus tard, en 1521, il rédige un ouvrage intitulé Kitab-i-Bahriye (Le Livre de la Marine), qui comprend des descriptions et des dessins de la Méditerranée (villes et pays côtiers), ainsi que des informations sur les techniques de navigation et sur des sujets connexes, tels que l’astronomie nautique. Ses séjours lui permirent d’obtenir des informations précieuses grâce à ses discussions avec les captifs portugais et espagnols, dont certains avaient participé aux expéditions de Christophe Colomb. Rappelons qu’à cette époque les armateurs bougiotes pratiquaient la course (piraterie) avec beaucoup d’audace.

Suite à l’envahissement de Bougie par les Espagnols, en 1509, tous les établissements et les monuments de cette ville furent ruinés (la bibliothèque royale, les majestueuses mosquées, les prestigieuses écoles, les palais ornés d’arabesques et de mosaïques). Ces tragiques événements entraînèrent la mort de nombreux savants et la perte de leurs travaux. Les survivants de ce désastre se réfugièrent dans les montagnes environnantes de Kabylie. Du coup, des zaouïa (institut d’enseignement religieux et scientifique), autrefois peu connues, prirent de plus en plus d’importance. L’une d’elles se trouve à Akbou (Béjaïa). Selon certains témoignages, elle serait la première des zaouïa à caractère scientifique qui se sont développées en Algérie durant trois siècles consécutifs ; elle a permis, entre autres, la diffusion de l’astronomie et de l’arithmétique.

Des astronomes dans l’ombre

De nombreux lettrés kabyles ont rédigé des traités d’astronomie. Celui d’Ash Shellati (XVIIIe siècle) est sans doute le plus important. En ce qui nous concerne, ce dernier ouvrage nous a permis, plus que tout, de lever le voile sur les travaux de plusieurs astronomes de Béjaïa, restés jusqu’alors dans l’ombre. Actuellement, ce qu’on reproche le plus à ces astronomes, c’est de s’être limités à la fonction purement utilitaire de l’astronomie (calendriers, orientation, etc.) et d’avoir reproduit, sans aucune originalité, les travaux de leurs ancêtres. Muhammed ash-Shellati a rédigé vers 1778 un traité d’astronomie intitulé Ma’alim al-Istibsar (4). Il s’agit d’un commentaire du traité de l’astronome marocain as-Susi (mort en 1679), continuateur d’Abi Miqra (XIVe siècle). Ash-Shellati écrit : « J’ai intitulé mon livre Ma`alim al- Istibsar ». « Merci à Dieu… ». Il précise ensuite son objectif : « Un ouvrage utile pour les débutants comme moi, une clé permettant d’accéder à l’ouvrage d’as-Susi, mais également d’éclairer des points abandonnés ou ignorés (par as-Susi). »

L’une des particularités de cet ouvrage est qu’il permet de répertorier les différents événements astronomiques (étoiles nouvelles, comètes, éclipses, etc.). Ainsi, Ash Shellati rapporte que, vers la fin du mois d’août de l’année 1769, est apparue une comète avec une très longue queue dans la constellation du Taureau et qui changeait de position au fil du temps. Il s’agit certainement de la comète C/1769 P1, observée également à Paris au même moment. De plus, il mentionne l’apparition d’une deuxième comète, peu de temps après, observée, cette fois-ci, dans la direction du pôle Nord céleste.

Au XIXe siècle, l’année julienne, en retard d’une dizaine de jours sur l’année grégorienne, était toujours en usage en Afrique du Nord. Elle était utilisée pour tout ce qui concerne l’agriculture et les occupations journalières, et l’on employait l’année lunaire pour sa chronologie. De nombreux traités expliquent comment passer de l’une à l’autre. Grâce à eux, les lettrés locaux pouvaient fixer exactement cette concordance et concevoir des calendriers de l’année julienne. La découverte en 1994 par l’association Gehimab d’Afniq n’Ccix Lmuhub (Bibliothèque savante de manuscrits de Cheikh Lmuhub) à Tala Uzrar (Béni Ourtilane), permet aujourd’hui d’avoir une meilleure idée sur les connaissances en astronomie qui étaient à la disposition des lettrés locaux 5.

De nombreuses familles de Béjaïa possèdent des bibliothèques de manuscrits par héritage. Mais on sait, par expérience, que les Kabyles tiennent beaucoup à leurs vieux documents de famille. Du coup, de nombreux ouvrages et documents, qui pourraient servir l’histoire de cette glorieuse cité qu’est Bougie, restent encore à ce jour dans l’ombre. Au début du XXe siècle, l’astronomie moderne fait son apparition dans les montagnes de Kabylie. En effet, c’est à l’âge de 25 ans, après un passage de deux ans à l’université Zaytouna de Tunis, que Mulud-al-Hafidhi (1880-1948) rejoint l’université d’Al-Azhar au Caire où il réside durant 16 ans. Il regagne Béni Hafedh vers 1922 et enseigne alors dans plusieurs zaouïa (Illula, Tamokra…). Il y élabora le calendrier hégirien annuel et se chargea de l’annonce du début et de la fin du mois de Ramadhan en se basant sur ses propres données scientifiques. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.

Par Djamil Aissani, Mohamed Réda Bekli

Notes: 

(1) Gubrînî, Unwân al-Dirâya fî man Urifa min al-Mi’a al-Ssâbi’a bi-Bijâya, édité par A. Nouihad, Office Traduction et de Publication, Beyrouth (1969)

(2) David A. King, An overview of the sources for the history of astronomy in the medieval maghrib, 2e Colloque maghrébin sur l’histoire des mathématiques arabes, Tunis (décembre 1988).

(3) D. Aissani, Bougie à l’époque médiévale : Les mathématiques au sein du mouvement intellectuel, IREM de Rouen Ed. (1993), 112 pages. ISBN : 2-86239-049-6.

 (4) D. Aissani et M. R. Bekli, Le Traité Ma`alim al-Istibsar de l’Astronome ash-Shellati (XVIIIe siècle), Proceedings du Printemps de Cirta Eclosions Mathématiques et Philosophiques”, Département de Mathématiques Editions, Constantine, 2009, p. 1-14.

[5] D. Aissani et D. E. Mechehed, Manuscrits de Kabylie, Catalogue de la collection Ulhabib, C.N.R.P.A.H. Ed., Alger, 2009, 200 pages.

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Triq Es Soltane (l’itinéraire du roi) par Dj Alilat

Posté par Rabah Naceri le 21 juillet 2008

Il y a tout juste mille ans, en 1007, naissait dans le Hodna, au pied du Djebel Taqarbouzt, la Dynastie Berbère des Hammadites. Dans un milieu quasiment désertique, le royaume de la Qalaâ des Beni Hammad allait faire naître une brillante mais éphémère civilisation, qui allait rayonner sur tout le Maghreb.

Soixante années après sa naissance, les souverains de ce royaume prospère durent transférer leur capitale des Hauts-Plateaux du Hodna vers les montagnes kabyles de Béjaïa, fuyant devant les essaims dévastateurs des Beni Hilal et des Beni Solaïm. Du Djebel Mâadhid jusqu’au Mont Gouraya, c’est une longue route parsemée de caravansérails et de forteresses que durent emprunter les émirs et leurs populations pour une formidable migration, qui a duré des dizaines d’années, créant au passage une autoroute médiévale baptisée Triq Essoltane.

Dans leur migration, les Hammadites utilisaient l’ancienne voie romaine qui reliait les Hauts-Plateaux sétifiens à Saldae (Béjaïa) par Bordj Bou Arréridj, Medjanna, Bordj Boni, Ighil Ali, Tablast, actuellement Allaghane, avant de longer la vallée de la Soummam jusqu’à la mer. C’est ce trajet que nous avons tenté de refaire avec un rétroviseur braqué sur le passé. A mesure que la voiture quitte les mornes plaines des environs de Msila pour grimper vers le Maâdhid, on a l’étrange impression de se retrouver dans le sud des Aurès. C’est le même paysage de montagnes rocailleuses et de ravins tapissés de verdure qui rappellent les célèbres gorges du Ghouffi. En nous arrêtant pour contempler ce paysage, où cohabitent le vert tendre du laurier rose et le jaune des montagnes schisteuses, notre chauffeur, voyant surgir sur le flanc des collines semé de cactus, des maisons de pierres sèches coiffées de tuiles romaines, s’exclame : « Tiens, on se croirait en Kabylie ! » Pour des Bougiotes partis en pèlerinage sur les terres de la première capitale des ancêtres, le lien est vite fait. Nous traversons la ville de Bechara, qui paraît très animée en cette fin de semaine, avant de voir surgir au loin le fameux minaret de la mosquée de la Qalaâ.

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Un vestige séculaire

Au pied de cet immense vestige de 25 m qui vous contemple du haut de ses dix siècles d’histoire, nous sommes tout de même saisis par une certaine émotion. La tour est tellement haute, qu’on a de la peine à la faire rentrer dans l’objectif de l’appareil photo. On ne se lasse pas d’en faire le tour et de la contempler sous tous les angles. Plus on la contemple, plus elle nous paraît familière : ces pierres sèches et cette architecture austère ressemblent à toutes ces maisons kabyles qui parsèment les flancs familiers des Bibans. En plus grand, bien sûr. Les vestiges de la Qalaâ étant situés plus hauts que les villages du Maâdhid, aux alentours, il n’y a que quelques bergers gardant stoïquement leurs troupeaux de moutons sous un soleil de plomb. Au bout d’une heure de visite, l’un des bergers, un vieux monsieur coiffé de son chapeau de paille, s’approche discrètement. Nous profitons de l’occasion pour engager la conversation. Disponible et avenant, notre homme s’avère être un ancien gardien qui a travaillé 35 ans sur le site de la Qalaâ. Amar Ferahtiya, 68 ans, est intarissable sur le sujet. Une vraie mine d’or. A l’ombre de l’immense minaret, cet homme, qui n’a jamais été à l’école, nous raconte ce qu’il a appris à force de côtoyer les chercheurs et les archéologues. « Le site de la Qalaâ des Beni Hammad s’étend sur 7 km. Cette tour est dotée de 131 marches. Sa hauteur initiale est de 30 m, mais elle n’en a plus que 25 après sa restauration », dit-il. « Cette montagne que vous voyez là-bas, c’est le Djebel Taqarbouzt. Elle culmine à 1418 m d’altitude. La Qalaâ avait trois portes d’entrée : Bab Ledjnane, Bab Laqwas et Bab Djeraoua. Elle était entourée de remparts et elle comprenait quatre palais dont il reste aujourd’hui quelques vestiges », nous explique-t-il.

L’ombre d’Abu Yazid

Assis à l’ombre de la tour, nous écoutons Ammi Amar nous parler longuement de la naissance du royaume, de la guerre entre Zirides et Hammadites, du révolté Kharidjite Abou Yazid, l’homme à l’âne, qui est mort en 935, cerné au sommet du Taqarbouzt, du sultan Ennacer qui a construit le palais du Manar pour la princesse Bellara dont il était tombé amoureux fou, et puis des huit émirs qui se sont succédé à la Qalaâ depuis sa fondation par Hammad Ben Ziri. Il s’agit, dans l’ordre, d’ El Qaïd, de Mohcene Ben El Qaïd de Bologhine, de Nacer Ben Alennas, le fondateur de Béjaïa, de Mansour le fondateur de Mansoura à Tlemcen, de Badis Ben Mansour, d’El Aziz Ben Mansour, puis de Yahia, le dernier prince hammadide qui a quitté la Qalaâ en 1152 après la défaite contre les Almohades. A écouter ce vieil homme assis dans la poussière, l’histoire, tout à coup, prend un sens. Elle devient palpable. Il vous parle de guerre entre Berbères Zenata et montagnards Sanhadja, comme s’il s’agissait de la rivalité qui oppose les Chnawa du MCA aux supporters de l’USMA. On n’a même pas besoin de fermer les yeux pour voir ces décombres froids de la Qalaâ s’animer, reprendre corps.

Cette ville grouillante, peuplée d’artisans remarquables, de poètes, d’architectes, de paysans et de savants, revient à la vie l’espace d’un instant fugitif. A notre grand regret, notre guide est obligé de nous quitter pour rassembler ses brebis, qui ont profité de la leçon d’histoire pour s’éparpiller à travers champs.

Notre visite se poursuit plus à l’Est où subsistent d’importants vestiges du Palais du Manar construit au dessus des gorges de Oued Fredj, à même la falaise. Devant l’état de total abandon dans lequel se trouvent ses murs antiques, qui ont traversé les siècles, on est pris d’un profond malaise. Les pans de mur qui s’effondrent et les brèches qui se créent n’ont jamais été restaurés. L’état de ruine des vestiges rend la visite très dangereuse. Il n’y a, apparemment, dans tout le Maghreb, que l’Algérie pour s’offrir le luxe de cracher sur un site classé patrimoine mondial par l’Unesco dès 1980, pour le laisser à la merci des prédateurs et des vandales. Cet abandon de la Qalaâ des Beni Hammad est révoltant. Partout, des traces de construction et des vestiges là où l’œil se pose. Les fouilles ont été apparemment délaissées depuis De Beilié, l’archéologue français à qui on doit l’essentiel des connaissances sur la Qalaâ.

Nous n’avons pas le temps de faire le tour du site. Il nous faut quitter la fournaise du Hodna, avant l’heure fatidique où le soleil assomme même les chameaux, en faisant la promesse de revenir un jour faire plus ample connaissance avec ce haut lieu de l’histoire. Ne pouvant faire comme les Hammadites qui, probablement, empruntaient des sentiers de muletiers en allant droit vers le nord, on se résout sagement à reprendre l’asphalte vers M’sila. Thamsilt, comme disent encore les Kabyles de l’ancienne génération.

De la montagne vers la plaine

Sur la route de Hammam Dhalaâ, beaucoup de semi-remorques immatriculés 06. Rien d’étonnant quand on sait que cette route est celle du ciment. Des allers et venues qui rappellent les caravanes qui faisaient ce même chemin, il y a dix siècles. Les matériaux de construction ont toujours été un problème épineux. Dans sa fuite vers les rivages sécurisants de la Kabylie, l’émir Ennacer avait obligé chaque famille émigrée à transporter au moins une pierre à chaque voyage, sous peine d’amende. Après la ville d’El Mhir, il y a le fameux passage des Portes de Fer. Un détroit stratégique qui assure, depuis la nuit des temps, le passage de l’Est vers l’Ouest, de la montagne vers la plaine. Les Romains l’ont toujours contourné, préférant passer par Auzia (Sour El Ghozlane) et éviter ainsi les guet-apens et embuscades des tribus de la région. Les Portes de Fer ou Détroit des Bibans s’appelle en réalité Taggurt, (la porte), pluriel : Tiggura. Il y a deux portes : Tammezyant, la petite et Tameqrant, la grande. L’appellation actuelle, que les Français ont reprise, vient de l’arabe Bab et Bibans. Pour le fer, certains disent que c’est à cause des mines de fer qu’il y avait dans ces montagnes. D’autres avancent l’idée que ce sont les Turcs qui ont donné ce nom à ce passage où ils ont toujours été obligés de baisser leurs armes et de payer un péage aux Ath Abbès qui en assuraient la garde. Nous franchissons ce fameux passage juste pour la forme puis nous revenons sur nos pas pour prendre par Bouqtone ; nous franchissons l’oued du même nom. Cette route mène jusqu’au plateau de Boni en passant par Ath Rached et Ferracha. Selon les anciens de la région, c’est cette route qui a toujours été empruntée pour aboutir à la Qalaâ des Beni Abbès.

La Qalaâ des Beni Abbès a été bâtie sur le modèle de celle des Beni Hammad. Position stratégique, accès difficile, portes gardées et muraille tout autour. Même le nom du plus haut sommet, Taqarbouzt, a été copié sur l’original et importé. Au départ, c’est un Fort hammadite lié à la Qalaâ des Beni Hammad qui avait pour mission de garder le fameux passage des Bibans, ainsi que la vallée de la Soummam. Pendant des siècles, des troupes stationnées à la Qalaâ se sont relayées pour assurer le passage des Bibans, jusqu’à ce que le khalifa Mokrani, dont le fils M’hamed allait soulever le nord de l’Algérie avec Cheikh Aheddad en 1871, ouvre définitivement ce passage aux Français en 1833. A propos de la Qalaâ, certains historiens, comme Paul Wintzer, affirment que les Hammadites ont d’abord occupé la Qalaâ des Beni Abbès qui s’appelait alors la Qalaâ de Ouanougha, avant de s’installer à Béjaïa. Ceci est très probable, d’autant plus que lorsque Béjaïa est tombée aux mains des Espagnols en 1510, les émirs hafsides de Béjaïa se sont repliés à la Qalaâ des Beni Abbès.

La halte de Si Moh U M’hand

A la Qalaâ des Beni Abbès, nous avons rendez-vous avec Mourad Mebarek, un architecte qui a fait sa thèse sur l’urbanisme particulier de cette vieille forteresse. Nous arrivons de nuit à la Qalaâ. A Tajjmaâth n’Tazaïart, Mourad est en train de discuter avec quelques amis sous la pleine lune qui donne un aspect fantasmagorique au paysage de murs effondrés de l’ancienne capitale des Ath Abbès. Au bout de deux heures de discussion à revisiter l’histoire, nous sommes invités à la maison dite « Akham Gu’Ahchaïchi ». C’est une vieille maison berbère où, mis à part l’électricité, rien n’a changé depuis plus d’un siècle.

Un véritable musée avec sa cour pavée, asqif, adaynine, taârichth, ichvouyla et même un authentique coffre berbère superbement sculpté. Cette maison, où nous reçoit très gentiment Menzou Djamel affairé à griller des sardines, a appartenu à Abderrahim Mokhtar, présumé né en 1882. Ce monsieur, dont un portrait jauni est accroché à la poutre maîtresse de la maison, avait pour ami un certain Si Moh U M’hand. Chaque fois que le célèbre barde partait vers Tunis, il s’arrêtait à Qalaâ chez son ami Ahchaïchi. On nous apprend, par ailleurs, qu’une fois, Si Mohand a séjourné plus d’une année sous ce toit. Comme quoi, l’histoire a quelques fois de ces clins d’œil. Mourad nous apprend que ce qui est particulier avec les maisons de La Qalaâ, est le fait de posséder trois portes et trois cours qui donnent les unes sur les autres. Passé le premier portail, la cour intérieure est réservée aux khammass et aux gens de passage, la deuxième porte donne sur une cour réservée aux invités et aux amis, alors qu’au-delà de la troisième et dernière porte, seuls les membres de la famille y sont admis.

Mourad vit depuis longtemps à Brême, en Allemagne. Il se définit d’abord comme Brêmois, puis comme Kabyle, ensuite comme Algérien, puis comme Allemand. Autant dire que culturellement, il a autant d’entrées que les maisons de ses aïeux. Les gens de La Qalaâ sont très hospitaliers et, en général, très instruits. Aujourd’hui, cette cité qui fut un jour prospère au point d’être comparée à Tunis, ne revit plus que pendant les vacances ou les week-ends, lorsque les familles installées dans les grandes villes du pays reviennent au bercail.

La route qui relie Bordj à la Kabylie par Ighil Ali va bientôt être reclassée route nationale.

La circulation automobile est infernale sur une RN26 encombrée par les poids-lourds. A force de s’étendre le long de la route, les agglomérations ont fini par se coller les unes aux autres. Les portions de route vierges d’habitations commencent à se faire de plus en plus rares. Pourtant la Vallée de la Soummam n’a été habitée que depuis la colonisation française et, plus précisément, après la défaite de 1871, ce qui a permis à la France de construire les premiers villages européens comme Tazmalt, Akbou, Sidi Aïch et El Kseur.

Un voyage de mille ans

Moulay Ennacer, le fondateur de Béjaïa a installé des populations sur, toutes les montagnes qui entourent son royaume, ainsi que des postes de vigie sur les points culminants. Ces vigiles communiquaient entre eux à l’aide d’un système de miroirs le jour et de feux la nuit, pour se transmettre des messages. Un système repris plus tard, par les sultans de la Qalaâ des Beni Abbès et même par El Mokrani. Beaucoup de ces villages, que l’on voit aujourd’hui sur la rive sud du Djurdjura, les flancs des Bibans et des Babors, ont été créés à l’initiative d’Ennacer et d’El Mansour. C’est l’une des raisons pour lesquelles on retrouve aujourd’hui, la majorité des villages kabyles occupant des crêtes et des sommets inexpugnables.

A l’entrée d’El Kseur, nous marquons une petite halte symbolique à Tiklat. Chaque jour, des milliers d’automobilistes passent à quelques mètres des prodigieux vestiges de cette ville occupée successivement par les Berbères puis par les Romains, ensuite par toutes les dynasties qui ont eu à régner sur la région, sans s’arrêter et sans même se douter de leur existence. Les citernes romaines, que l’on retrouve aujourd’hui sur une petite colline qui surplombe la route, ont souvent servi de forteresse pour diverses armées, y compris celle du rebelle Takfarinas, le célèbre prince berbère qui s’est soulevé contre Rome en l’an 17 après J. -C.

Ces citernes, au nombre de 15 et qui pouvaient renfermer une réserve d’eau de 15 000 m3, ont souvent changé de vocation au cours des siècles. Sur le bas côté de la route, le maquis a presque complètement recouvert les ruines de l’antique ville de Tubusuptu (Tiklat), fondée par une colonie de vétérans de la légion romaine sous le règne d’Auguste. Ce site, qui peut attirer des milliers de touristes chaque année, s’il était pris en charge et revalorisé, est, malheureusement, dans un état d’abandon total depuis des lustres.

Partis d’Ighil Ali à 7h, il nous faut un peu plus de trois heures pour rallier Béjaïa. Après Bir Slam, le puits antique où les pèlerins faisaient leurs ablutions avant de partir pour La Mecque, la ville apparaît adossée au monumental Gouraya.

Plutôt que d’achever notre périple par la Porte Sarrasine (Bab El Bahr) qui servait de porte de sortie vers la mer, nous choisissons de passer symboliquement par la vieille ville et Bab El Fouka, l’une des portes antiques de l’ancienne cité hammadite, pour boucler la boucle. C’est, paraît-il, par cette porte qu’entrait le sultan. Assis sur son trône, il faisait face à ceux qui entraient dans la ville le jour des foires, des fêtes et de l’arrivée des caravanes.

La circulation à Béjaïa, en cette fin de mois d’août, demeure difficile et les principaux carrefours de la ville connaissent des embouteillages homériques. La cité est envahie par les touristes. La plupart de ces touristes viennent justement de ces Hauts-Plateaux de Sétif, Bordj et M’sila, accomplissant un voyage qui a débuté il y a mille ans. En effet, cela fait dix siècles que Béjaïa est leur port et leur principale porte vers la mer.

Djamel Alilat, El WatanTriq Es Soltane (l'itinéraire du roi) par Dj Alilat dans 1. AU JOUR LE JOUR t (02 septembre 2007)

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Du mythe de l’isolat Kabyle

Posté par Rabah Naceri le 6 juin 2008

Cahiers d’Etudes Africaines

Etude et essais

par Nedjma Abdelfettah Lalmi

Du mythe de l’isolat kabyle

Résumé

Ce que Charles-Robert Ageron a appelé le « mythe kabyle » n’a pas inventé la singularité kabyle. Il s’en est saisi et l’a fortement réinterprétée. Les besoins idéologiques avérés de la colonisation française ne sont pas seuls en cause. Les « spécialistes » de la Kabylie ont utilisé les grilles de lecture dominantes au xixe siècle, qui regardaient les pays de montagne européens ou autres comme des isolats coupés des voies de la grande Histoire. Entre instrumentalisation consciente et sorte d’ingénuité, les éléments confortant ce modèle ont fait corps et se sont constitués en savoir clos et indiscutable. L’idée-force de ce savoir est que la Kabylie, demeurée sans liens avec les États et les cités, s’est organisée en univers autonome et fermé depuis des temps immémoriaux. Tout effort d’historicisation semble alors vain, particulièrement pour les périodes antérieures à la régence ottomane. Cette vision de la Kabylie est confortée par les études sur les villes souvent envisagées en rupture avec leurs arrière-pays, comme des implants d’origine toujours allochtone, image dans laquelle « l’idéologie citadine », qui se refuse à tout lien avec l’autochtonie, la fait refluer vers le monde rural, surtout montagnard. Partant d’une interrogation sur l’inscription territoriale de la Kabylie dans une histoire de la longue durée, nous essayons de montrer que les découpages motivés idéologiquement dans le passé et dans le présent, ou résultant des effets pervers de démarches savantes visant à isoler leur objet dans sa pureté maximale, ont rendu illisible le processus historique de sa formation.

___________________ 

Abordant la montagne méditerranéenne, Fernand Braudel (1990 : 39-46) la décrit comme « le refuge des libertés, des démocraties et des “républiques” paysannes [où] la vie des bas pays et des villes pénètre mal… [et] s’infiltre au compte-gouttes ». Il la voit qui « repousse la grande histoire, ses charges aussi bien que ses bénéfices ». Il y lit plus particulièrement une « géographie religieuse à part des univers montagneux, constamment à prendre, à conquérir, à reconquérir ». Mais aussitôt Braudel s’empresse de nuancer ce tableau : « Toutefois la vie se charge, écrit-il, de mêler indéfiniment l’humanité des hauteurs à celle des bas pays. Il n’y a pas, en Méditerranée, de ces montagnes cadenassées […] qui, n’ayant point de communications avec le rez-de-chaussée, doivent se constituer comme autant de mondes autonomes […]. La montagne méditerranéenne s’ouvre aux routes et l’on marche sur ces routes, si escarpées, sinueuses et défoncées qu’elles soient ; elles sont une route de prolongement de la plaine et de sa puissance à travers les hauts pays […]. La vie méditerranéenne est si puissante, en effet, qu’elle fait éclater en de multiples points, les obstacles du relief hostile. »

Comme en écho à ces propos, Jacques-Jawhar Vignet-Zunz (1994 : 201), dans un article sur la production de fukahâ1 dans les montagnes du Rif marocain, commence par mettre en exergue son expérience de terrain dans l’Algérie voisine et une des premières leçons qu’il y reçoit « entre science et politique », à savoir que « la campagne n’est pas un isolat, [qu’] il y a sans cesse des mouvements de retour, qui maintiennent entrouverte la porte entre monde paysan – ou villageois, ou rural, ou tribal même, comme on voudra – et le monde citadin », avant d’expliquer à quel point cela a constitué pour lui, en tant qu’ethnologue « tenté de construire l’identité de l’autre à coups de spécificités et d’irréductibilités, privilégiant la distinction sur la médiation […] un complet renversement de perspective ».

Mais ce renversement en est-il un seulement pour l’ethnologue ou le sociologue travaillant sur le terrain spécifique du citadin ou du rural sur un plan synchronique ? Ne l’est-il pas encore davantage pour l’historien de la rive sud de la Méditerranée ? La brève phrase de Vignet-Zunz (1994) lancée en hommage ou en clin d’œil à l’historien défunt algérien Abderrahim Taleb-Bendiab, « ce n’est pas seulement un phénomène contemporain », appelle une révolution dans les regards sur la relation entre les cités et leurs arrière-pays dans une histoire de la longue durée.

C’est que le consensus, pour tacite qu’il soit, est néanmoins bien enraciné au Maghreb, entre monde savant et monde du commun, sur le caractère fort des frontières entre citadin et rural, montagne et plaine, et encore plus entre montagne et ville, si fort qu’« une barrière sociale, culturelle, s’élève ainsi qui essaie de remplacer la barrière imparfaite de la géographie sans cesse franchie, celle-ci et de mille façons diverses » (Braudel 1990 : 51). Dans certains cas, la barrière est vraiment perçue, présentée ou vécue comme une barrière ethnique.

Il suffit, pour se rendre compte de cette culturalisation ou de cette ethnicisation de la frontière, de regarder comment depuis le xixe siècle au moins s’égrènent à répétition les catégories « Turcs, Arabes, Maures, Juifs » des villes et « Berbères » des montagnes, comme des mondes irrémédiablement irréductibles, liés à des notions de « races » différentes, ou au moins d’« origines » distinctes des populations qui les occupent. Dans la notion de « hadri, beldi » ou autres catégories chères aux élites citadines maghrébines (Sidi Boumédiène 1998 : 25-38)2, l’excellence qui génère l’aptitude à l’urbanité ou, à l’inverse, l’aptitude à l’urbanité qui génère l’excellence est forcément fondée sur l’affirmation d’une origine ethnique allochtone de ses acteurs3. Les spécialistes du monde urbain épousent le plus souvent ce regard, notamment lorsqu’ils sont eux-mêmes originaires des médinas, perpétuant une vision orientalisante, qui donnerait plus de « noblesse » à l’objet « ville maghrébine ».

De leur côté, ceux qui s’intéressent aux « mondes berbères » ou les ruralistes de façon générale ne démentent nullement ce partage commode des territoires qui permet « d’isoler » plus facilement son objet. Quant aux élites berbères contemporaines, elles peuvent, elles aussi, trouver leur compte dans cette vision qui conforte un aussi grand désir « d’insularisation », de distinction radicale, que celui des élites citadines ; cela quitte à sacrifier « l’excellence » pour « l’authenticité » ou à fonder l’excellence sur des notions comme le « nif » ou sens de l’honneur, qui à son tour ne trouverait pas sa place dans le cadre citadin4.

Il résulte de l’interaction entre ces visions, une distribution et une orientation des notions d’ouverture et d’enfermement ou d’isolement, qui ne manquent pas de dogmatisme. L’ouverture n’est qu’exceptionnellement envisagée dans le rapport de l’urbain vers le rural ou inversement, mais seulement comme mettant en rapport l’interurbain, les cités prestigieuses entre elles, ou l’urbain avec différentes échelles de l’universel (telle cité historique avec le nord de la Méditerranée, avec l’Orient, etc.).

Pour mesurer les effets du renversement suggéré par Vignet-Zunz, l’exemple de la Kabylie, qu’on pourrait a priori voir comme cas extrême, nous a semblé des plus pertinents. Ayant travaillé au milieu des années 1990 sur la notion de « conflit de mémoire » dans la ville de Béjaïa (la « madînat at-târîkh »5 algérienne) entre citadins réputés « arabes » et néo-citadins réputés « berbères de Kabylie », et sur leurs usages de catégories issues de l’Histoire dans la négociation de leurs identités dans la ville (Abdelfettah Lalmi : 2000), nous nous trouvons particulièrement fondée à tenter de « tordre le cou aux évidences », selon le mot de Pierre Bourdieu.

Mais où se trouve la Kabylie ?

La Kabylie terre de l’oralité, de la tiédeur religieuse, de l’absence séculaire de liens avec un État quelconque, des républiques villageoises, du droit coutumier et des célèbres assemblées démocratiques, de l’exhérédation des femmes, cet isolat qui aurait sauvé sa pureté originelle, cette terre si familière, où se trouve-t-elle ?

En posant cette question, il s’agit moins pour nous de sacrifier à des conventions pédagogiques, que de tenter de mettre le doigt sur les effets d’une illusion de connaître produite par un apparent surinvestissement6 de la Kabylie par les sciences humaines et essentiellement par l’ethnologie7. Les biais causés par cette impression de familiarité qui dispense de questions apparemment trop élémentaires, sont d’autant plus renforcés que de nombreux travaux portant sur cette région de l’Algérie s’appuient sur des documents de seconde main, et de nombreux auteurs peuvent avoir une fréquentation très sommaire du terrain.

Le problème de la définition du territoire kabyle, de ce qui est entendu physiquement par la Kabylie, ne se pose pas seulement pour le chercheur. La question a autant de réalité pour l’observateur extérieur que pour le regard inter-kabyle. Nous n’en voulons pour preuve que la surprise face à l’arrivée au devant de la scène, lors de ce qui a été appelé « le printemps noir »8, de sous-régions, dont le mouvement de revendication identitaire de Kabylie avait fait son deuil, les considérant comme perdues pour la cause berbère9.

C’est que la Kabylie n’a jamais constitué, en tant que telle, un territoire clairement défini, sauf pendant la guerre d’indépendance nationale algérienne (1954-1962). Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est en effet seulement durant cette période, que le fln/aln a donné corps pour la première fois à un territoire administratif kabyle (la wilaya 3). Une fois au pouvoir, au lendemain de l’indépendance, il enterrera ce découpage, la cohésion escomptée dans le combat anti-colonial (aussi bien en Kabylie que dans les autres régions du pays), devenant une source d’inquiétude pour le jeune État national.

Autre paradoxe, tout au long des 132 ans de colonisation française (1830-1962), si le projet d’un département kabyle a bien été envisagé, le passage à l’acte n’a jamais eu lieu, et pour cause. Le découpage et même le morcellement de la Kabylie obéissaient à des nécessités politiques évidentes : jusqu’en 1865, longtemps après la prise d’Alger (1830) et celle de Béjaïa (ex-Bougie, 1833), on pouvait encore recenser des expéditions visant à une pacification effective de la Kabylie. Après cela et au bout d’une bien courte récréation, le pays s’embrasait de nouveau au moment de la célèbre insurrection de 1871. Mythe kabyle (Ageron 1960, 1973, 1976 ; Mahé 2001 ; Kaddache 1972 ; Hachi 1983) ou pas, c’est le choix d’une politique pragmatique de dispersion des forces et de déstructuration qui a primé.

Si le découpage en deux ensembles, Grande et Petite Kabylie, ou Haute et Basse Kabylie, date de cette époque où deux arrondissements sont créés autour de la nouvelle ville de Tizi Ouzou au nord et de la ville historique de Béjaïa au nord-est de l’Algérie, il faut bien voir qu’il ne constitue qu’un perfectionnement d’un système de quadrillage préexistant et qu’il se fait dans une certaine continuité avec l’héritage ottoman. Sous le règne ottoman, les régions correspondant à la Kabylie du Djurdjura et à la Kabylie maritime en plus de la ville de Béjaïa relèvent du dey d’Alger, alors que la Kabylie de la Soummam, des Babors, des Bibans et du Guergour relèvent du bey de Constantine.

Le retour à des configurations plus anciennes10 pourrait bien nous montrer ce que l’occultation d’une histoire de la longue durée peut empêcher de voir. Pour l’instant, il nous faut rappeler que le remodelage en cours depuis la deuxième moitié du xixe siècle, motivé par un souci d’efficacité administrative, n’en invoque pas moins des arguments de type culturel ou naturel : communauté du relief montagneux, de la pratique de la langue berbère, de la sédentarité, de l’existence d’une organisation municipale traditionnelle et d’un droit coutumier distinct du droit musulman, etc.

La confusion n’en règne pas moins et n’empêche pas que le souci de la définition de la Kabylie « proprement dite »11 taraude les observateurs du xixe et même du xxe siècle. En 1882, Émile Masqueray (1882 : 206-261), par exemple, s’émeut de la propension à la réduction de la Kabylie. Invitant à relire Carette, il rappelle que « l’on a tendance à restreindre aujourd’hui le sens de “Kabylie” au massif du Djurdjura » et qu’il y a « quarante ans, on désignait par ce nom tout le pays montueux compris entre la mer depuis Dellys jusqu’à l’Oued Agrioun au Nord, les Isser, les Krachna et les Béni Djâd à l’Ouest, les Aoulâd Bellil (Hamza) et les Aoulâd Mokran (Medjana) au Sud, le Guergour et les ‘Amer au Sud-est et à l’Est ».

Mais il est déjà trop tard et il ne faut donc pas s’étonner de voir Georges Yver dans les pages de l’Encyclopédie de l’Islam, commencer par écrire que la Kabylie est certes « la région de l’ensemble du massif montagneux bordant le littoral algérien depuis l’embouchure de l’Isser, jusqu’à la frontière tunisienne », pour finir par décréter que la région du massif du Djurdjura « est la plus étendue, la mieux caractérisée » et que « [c]’est elle qui est désignée communément par Kabylie » (Yver 1927 : 635-641). En toute logique, l’article qu’il signe, intitulé « Kabylie », ne sera donc consacré qu’à cette seule portion de la région.

G. Yver est loin de constituer une exception, et la masse de productions sur la Kabylie jusqu’à nos jours ne porte en majeure partie que sur le massif du Djurdjura, ce qui donne lieu à ce que les linguistes appelleraient une métonymie. En d’autres termes, la partie est étudiée pour le tout, et ce n’est pas sans laisser des biais.

Dans ce choix, le critère de la conservation de la langue berbère ne prime pas, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, puisque des régions tout à fait berbérophones sont exclues de cette territorialisation. Ce qui est invoqué, c’est l’idée de pureté. Le Djurdjura est perçu comme le moins corrompu par la proximité ou l’échange avec l’autre, l’Arabe, en tant que langue, hommes et pratiques, ainsi qu’avec l’islam. Il est décrété « conservatoire kabyle », une sorte de réserve symbolique (au sens de la réserve indienne).

Pourtant les enquêtes menées successivement par Hanoteau en 1860 puis par Émile-Félix Gautier et Edmond Doutté (Gautier & Doutté 1913) en 1910 renseignent suffisamment sur la vitalité de la berbérophonie en Petite Kabylie. Pour le Guergour, par exemple, Michel Plault (1946) publie, bien plus tard encore, les résultats d’une enquête démentant les présages pessimistes antérieurs quant à l’avenir de la langue berbère dans cette région. Mais il persiste un certain refus d’entendre qu’il faut essayer de comprendre.

Singularité kabyle et mythe kabyle

Dans ce débat sur le territoire kabyle, ce qui est en question c’est la nature et l’étendue de ce qu’on pourrait appeler une « singularité kabyle », mais aussi, bien sûr, la nature de l’explication historique de celle-ci, qu’on ne peut décemment pas chercher exclusivement dans les effets de la conquête coloniale à partir du xixe siècle et dans ceux du « mythe kabyle »12. Pour exister, le mythe avait besoin d’une base de départ puisée dans le réel.

À notre sens, cette base est à rechercher dans une histoire de la longue durée, et, aussi surprenant que cela puisse paraître, tant le réflexe de la séparation systématique entre fait islamique et fait berbère au Maghreb fonctionne comme une évidence, elle est à rechercher dans le Moyen-Âge musulman et dans l’histoire islamique de la Kabylie. Il nous faut, en effet, retourner à une autre conquête, la conquête arabe, pour tenter de comprendre certains aspects du lent et long processus à l’origine de la singularisation kabyle, à laquelle il faut peut-être rendre sa dimension relative réelle en la replaçant dans le cadre plus large de l’histoire du Maghreb.

L’islamisation du Maghreb s’est accompagnée, comme chacun sait, de son arabisation progressive. Pas plus que pour les monothéismes qui y ont précédé l’islam, pas plus que les langues de beaucoup d’autres territoires islamisés, le berbère ne s’est alors constitué en langue de liturgie. Si ce rôle a pu exister, il a, en tout cas, eu tendance à « s’effilocher ». La langue du vainqueur dont le prestige s’affirmait, par ailleurs, par le rôle véhiculaire d’une brillante civilisation qu’elle tendait à acquérir, devenait un élément central de la sacralité musulmane… et des échanges économiques, de la vie publique.

Cela devait contribuer très fortement à confiner la langue berbère dans des sphères de plus en plus restreintes… et dans une certaine oralité, chez les populations qui en conservaient l’usage. Il y a aussi toutes celles qui allaient l’abandonner, notamment dans les villes où l’arabisation est le fruit d’une politique soutenue et d’un recours à une action missionnaire volontariste.

Au fur et à mesure que les villes maghrébines se développaient et s’arabisaient, leurs arrière-pays étaient désignés comme territoires de « qbaïl »13, c’est-à-dire de tribus. C’est ainsi qu’on peut trouver des qbaïls aussi bien autour de Béjaïa, Jijel, Tlemcen, Koléa, Cherchell, etc. Selon G. Yver (1927), c’est dans le Qirtâs (Ibn Abi Zar’ 1860), que le mot serait apparu pour la première fois comme un désignant ethnique. « Tribalité » et berbérité, ou fait tribal et fait berbère, deviennent alors des quasi-synonymes et dans l’actuelle Kabylie, « qbaïli » (homme de tribu) devient un ethnonyme par lequel les autochtones vont finir par s’auto-désigner. Le rapport universel d’opposition entre ville et campagne va alors se doubler d’une opposition qui va de plus en plus être perçue comme une opposition ethnique Kabyles/Arabes, du fait de l’arabisation progressive des villes.

Au risque d’alourdir quelque peu notre propos, il nous semble important de rappeler des éléments-clés de l’histoire médiévale de ce qui deviendra la Kabylie, rappel indispensable à notre effort d’historicisation. Vues de Kairouan (sud de la Tunisie) et par les premiers acteurs de la conquête arabe et islamique, les montagnes autour de Béjaïa sont appelées « el ‘adua » (l’ennemie) pour leur résistance (Féraud 2001 ; Cambuzat 1986)14. Il court même des explications fantaisistes sur l’origine du toponyme désignant la future cité-État. Béjaïa viendrait du mot arabe Baqâyâ15 (les restes, les survivants), parce qu’elle aurait servi de refuge aux chrétiens et juifs de Constantine et Sétif.

Mais les choses évoluent assez vite et il semble que ce pays difficile d’accès accueille très tôt le prosélytisme chiite fatimide. C’est de cette région que partiront les futurs fondateurs du Caire, les Ketama Senhadja (Dachraoui 1981). L’importance de la célébration de « Taacurt » (l’achourah) en Kabylie serait un lointain témoignage de cette époque tumultueuse.

Les Fatimides s’installent dans l’Égypte, plus centrale et donc plus adaptée à leurs desseins politiques. Leurs vassaux berbères au Maghreb, les Zirides Senhadjas, rompent avec le chiisme et font acte d’allégeance au califat sunnite orthodoxe de Bagdad. En guise de vengeance, les maîtres du Caire envoient les Banû Hilâl au Maghreb, qu’ils leur donnent en « iqtâ’ » (fief).

Sous leur pression, mais aussi, comme l’expliquent Marc Côte (1991) et Abdallah Laroui (1970), sous l’effet de la nouvelle orientation des voies commerciales vers la Méditerranée, une des deux branches vassales des Fatimides, celle des Hammadites, transfère sa capitale du Hodna (hauts-plateaux au sud-est de l’Algérie)16 vers la côte méditerranéenne où elle fonde la ville de Béjaïa sur le site de la ville antique de Saldae.

Parmi les tribus qui occupent l’arrière-pays de cette cité, des sources médiévales, dont Ibn Khaldûn qui a été chambellan auprès des émirs hafsides dans la ville de Béjaïa (Lacoste 1985) et son frère Yahya17 citent les Zouaouas18. La lecture de ces sources par Émile-Félix Gautier (1952), mais aussi par un auteur moins partial et plus récent, le tunisien Salah Baïzig (1997) est édifiante. Elle nous donne à voir une relation « harmonieuse » entre les États berbères musulmans hammadite puis hafside et les tribus des alentours de Béjaïa. E.-F. Gautier parle d’un « royaume kabyle… une des faces du royaume senhadja », l’autre étant l’Ifriqya (actuelle Tunisie). Pour lui, la qualité de cette relation prouve que cet État n’était pas un étranger pour ces tribus, Béjaïa était « leur propre capitale ». Le principe de force de l’État hammadite, écrit-il, était la Kabylie : « Ikdjane, la Kal’a, Achir, Bougie résument l’histoire des Ketama-Senhadja et montrent la Kabylie dans son articulation essentielle. Les trois premiers points jalonnent sa frontière, le dernier marque le cœur. »

Loin de démentir E.-F. Gautier, Robert Brunschvig (1947 : 383) prolonge son affirmation pour les siècles qui suivent la chute de la dynastie hammadite (1152) : « Ne peut-on dire que Bougie a été du xiie au xve siècle la véritable grande cité kabyle au point où se raccordent les deux Kabylies et d’où elles communiquent le plus aisément avec l’extérieur ? Ce rôle de centre urbain, de grand déversoir kabyle, c’est Alger, à l’autre extrémité de la Grande Kabylie qui l’a assumé à partir du xvie siècle, suite à l’intervention turque : du moment où Alger a crû, Bougie a décliné. » Comme Carette, il souligne que la différence sensible entre les deux villes était qu’à Béjaïa, les maîtres étaient des Berbères, des Nord-Africains19.

R. Brunschvig (1940 : 4, n. 2), s’appuyant sur le récit d’Ibn Al Athir (1901), nous montre les Almohades en 1152 obligés, pour prendre Béjaïa, d’affronter une « coalition de Berbères de la contrée ». On retrouvera les Zouaouas et les autres tribus de l’arrière-pays de Béjaïa, aux côtés de la dynastie hafside à chaque fois que ses représentants tenteront de s’autonomiser vis-à-vis de Tunis, mais aussi face aux incursions des Zianides tlemcéniens, des Mérinides fassis ou encore face aux Espagnols de Pedro de Navarro en 1510. Bien entendu, il ne s’agit pas pour nous d’idéaliser une relation sujets-État. Il s’agit simplement de constater l’existence d’un lien à l’État sur une longue durée (Hammadites, 1065-1152 ; Almohades, 1152-1230 ; Hafsides, 1230-1510, avec des intermèdes majorquin almoravide, tlemcénien zianide, fassi mérinide).

Ce lien ne se rompt pas totalement au moment de la prise de Béjaïa par les Espagnols en 1510 (El Merini 1868 ; Wintzer 1932). Certes, l’État hafside s’éteint au Maghreb central. Mais, d’une part, il ne s’éteint pas à Tunis, avec qui des rapports se maintiennent. D’autre part, naissent à ce moment des seigneuries locales, ce que les Espagnols ont appelé les « royaumes de Labbès, Koukou, Abdeldjebbar ». Le premier s’installe à la Qal’a des Ath ‘Abbès, ses descendants (les Mokrani, ancêtres du célèbre bachagha de l’insurrection de 1871) se transportent plus au sud dans la Medjana, de plus en plus près des lieux de naissance des royaumes ziride et hammadite. Le deuxième s’installe en Grande Kabylie, sur le territoire des Ath el qadi (ou des Belqadi)20, descendants du qadi el qudat21 et fameux biographe sous les Hafsides, Al Ghubrînî. Le dernier, dont sont issus les Ourabah du xixe siècle, s’installe dans la vallée de la Soummam, à une trentaine de kilomètres de Béjaïa.

À titre d’exemple de « traces » ou d’indices du lien entre ces seigneuries et les villes de Tunis ou de Béjaïa, on peut rappeler deux récits, l’un rapporté par Joseph N. Robin (1999 : 42-43) et l’autre par Laurent-Charles Féraud (2001 : 120). Le premier relate la fuite d’une princesse ghubrinie (du royaume de Koukou), le second d’une princesse abbassie (du royaume des Labbès), chacune cherchant à sauver son bébé dans un contexte de crise de succession. Au-delà des similitudes frappantes dans la structure du récit, il nous semble significatif que la première se réfugie à Tunis, la seconde à Béjaïa, ce qui nous semble renseigner sur la survie de relations et de réseaux de solidarité entre la Kabylie et ces deux villes, sièges des États qui ont précédé l’arrivée des Espagnols. Il est en tout cas significatif que ce lien continue à garder une forte charge symbolique.

L’intérêt de cette question n’échappe pas au grand médiéviste Robert Brunschvig. Certes, il ne s’aventure pas à essayer d’y répondre, mais sa lucidité le pousse à affirmer que « le problème se pose pour la Grande et la Petite Kabylie […] de l’existence au xvie siècle des royaumes de Koukou et des Béni Abbas dans des régions où le fractionnement en républiques jalouses de leur indépendance est la règle jusqu’au siècle dernier » (Brunschvig 1941 : 99). Le spécialiste de l’Ifriqya hafside ne manque pas de souligner « le haut intérêt » qu’il y aurait à comprendre « quel régime avait précédé celui des grands chefs regardés comme des monarques, qualifiés de sultans, de rois » (ibid.). La région, rappelle-t-il, a connu d’autres exemples de ce qu’on pourrait appeler, faute de mieux, des chefferies, comme ce cas cité par Ibn Khaldûn de l’exercice du pouvoir chez les Ath Iraten (Grande Kabylie) en 1340 par une femme aidée de ses fils22 (ibid.).

Le recours à la diachronie ne nous permettrait pas seulement d’établir et de comprendre le lien de ces seigneuries locales de la Kabylie avec les villes et les États. Il pourrait aussi nous aider à mieux cerner les relations de ces seigneuries avec les tribus kabyles elles-mêmes, ainsi que les liens entretenus par ces dernières avec les Cités et les États. Ce qu’il nous aiderait à connaître est loin d’être négligeable. On serait alors en mesure effectivement d’interroger la tension que connaissent les Kabyles en tant que communautés rurales luttant pour leur survie entre, d’une part, un combat pour leur autonomie face à l’hégémonisme de ces seigneuries (qui a pu se traduire, par exemple, par des politiques fiscales dues à un appauvrissement particulier (Luxardo 1981), des disputes relatives aux forêts et à leurs richesses (Braudel 1990) et, d’autre part, un soutien à ces mêmes seigneuries face à un État central qui va s’installer avec sa propre logique de « prédation », celui des Turcs ottomans.

Autrement dit, il nous paraît que la rupture avec un État central due à la faillite de ce dernier – l’État hafside disparaît du Maghreb central avec la prise de Béjaïa en 1510 par les Espagnols – peut contribuer à expliquer le développement d’un phénomène qui, à notre connaissance, n’a connu que des études synchroniques d’anthropologues ou de contemporanéistes, à savoir le phénomène des « républiques villageoises » kabyles et de leurs assemblées. Il ne s’agit pas, pour nous, de suggérer une naissance de « Tajmat »23 kabyle à cette époque, mais de nous demander s’il n’y a pas là un tournant dans son histoire. Il nous semble en effet important de rompre avec la vertigineuse illusion de l’immutabilité des formes et des contenus sur ce thème. Nous voyons dans l’interrogation des relations de ce qui deviendra la Kabylie à l’État ou à d’autres formes de centralisation politique avant les États ottoman puis colonial, une possibilité d’historiciser « Tajmat », de la réinsérer dans l’histoire de l’ensemble maghrébin où elle prendrait de la cohérence.

Du « miracle » Rahmânya au « miracle » de l’École française

Sur un tout autre plan, le recours à la diachronie permettrait d’interroger un autre « miracle » que celui des assemblées villageoises, le miracle « Rahmânya », cette célèbre confrérie qui avait déclenché, avec le bachagha Al Mokrani, l’insurrection de 1871 et que les auteurs du xixe siècle, à l’instar de Louis Rinn, surnommaient « l’église kabyle » (Rinn 1884, 1891).

La fondation de la Rahmânya par le saint Sidi Abderrahmane Bouqobrine au xviiie siècle est souvent présentée par les auteurs qui, à juste titre, plaident pour la réhabilitation du religieux dans les études portant sur la Kabylie, comme le moment où cette région entre dans « l’universalité islamique et participe à un vaste mouvement de rénovation religieuse ». Or, cette vision qui, encore une fois, évacue l’histoire pré-ottomane, évacue aussi plusieurs siècles d’histoire religieuse de la Kabylie, et de liens avec les cités, notamment avec la Qal’a des Béni Hammâd, Béjaïa, Mahdya et Tunis à partir du Moyen-Âge. D’une certaine façon, elle prolonge elle aussi l’idée de l’isolat duquel la Kabylie serait sortie par l’action miraculeuse d’un seul homme, à son retour d’Orient… Elle conforte, en tout cas, l’idée d’une naissance excessivement tardive à la religion islamique.

On peut supposer que ce grossissement du fait Rahmânya est dû à son rôle au xixe siècle et à la « médiatisation » qui s’en est alors suivie. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’approuver le scepticisme de Sami Bargaoui quant à ce « mystère de la relative imperméabilité d’une société pourtant musulmane, à tout message “exogène” et notamment à celui des confréries mystiques qui ont envahi le Maghreb dès l’époque médiévale » (Bargaoui 1999 : 249).

Les faits plaident, en effet, pour l’explication du « miracle » en question par l’existence d’un terreau multi-séculaire. Le plus saillant de ces faits est le séjour et l’enseignement à Béjaïa pendant plus de trente ans (1166-1198) de l’homme qui introduit le soufisme au Maghreb, l’andalou Abu Madyan Chou’aïb, connu sous le nom de Sidi Boumédiène24. Des gens comme Ibn Arabi s’y rendent et en témoignent (Dermenghem 1981) et Sidi Boumédiène lui-même rend hommage à « cette grande cité maritime où se coudoyaient Kabyles et Espagnols »25 (Brunschvig 1947). La plupart des saints patrons des cités maghrébines, représentatifs de cette rénovation qui marie malékisme et soufisme, tendance inaugurée par Sidi Boumédiène, ont au moins fait un séjour d’étude ou d’enseignement dans cette ville (ceux de Tlemcen, Marrakech, Tunis, Alger, Miliana, Tripoli…). Ceux qui n’y font pas de séjour avéré, affirment s’y être transportés en songe. Le prestige de la ville est tellement important que cela en devient presque un rite de passage. Il n’est pas jusqu’au cheikh Benalioua, fondateur de la ‘Alawiya au xxe siècle, qui ne perpétue l’usage.

Avant Sidi Boumédiène, c’est dans cette ville que la rencontre entre le Mehdi Ibn Tumert et le futur calife almohade Abdelmumène a lieu, ce qui fait dire à Boulifa (1925), que c’est dans le passage tumultueux du Mehdi qu’il faut situer les débuts du prosélytisme islamique en Kabylie. Boulifa rappelle qu’Ibn Tumert poursuivi par le sultan hammadite à Béjaïa trouve refuge dans la montagne kabyle et signale les traces de ce passage dans la toponymie et l’onomastique kabyles.

La montagne kabyle elle-même envoie ses ‘ulamas se former et professer, participer à l’encadrement des villes de Béjaïa et de Tunis en particulier : le fils d’Al Ghubrînî est mufti à Tunis, Abu Ar-Rûh Al Menguellâtî, cadi à Gabès… sans parler de ceux qui jouent un rôle actif dans les débats et réformes de l’islam maghrébin, dans la diffusion de textes qui deviendront des références centrales au Maghreb, comme le Mukhtassar d’Ibn Hâjib : (Al Menguellâtî, Al Mechdallî, Al Waghlîssî etc.). Dans la ville de Béjaïa, Abû Yahiâ Zakaryâ, (connu sous le nom de Sidi Yahia) à qui Ibn ‘Arabî consacre une notice élogieuse, après l’avoir rencontré, vient du pays zouaoua en Grande Kabylie26.

Enfin, en ce même xviiie siècle où naissait la Rahmânya, comme le rappelle Sami Bargaoui, le chadhélite Al Warthilânî (1908) écrivait sa fameuse Rihla, où il relatait qu’avant de se rendre à La Mecque, il avait fait son pèlerinage du Ramadan à Béjaïa, surnommée La Petite Mecque, en quête de « Ribât ». Al Warthilânî accomplissait ainsi un pèlerinage très populaire, qui ne perdra de son importance qu’au xxe siècle, à en juger par la description qu’en fait l’archiduc autrichien Ludwig Salvatore von Habsburg-Toskana (1899).

Tout cela pour dire qu’il est difficile d’imaginer qu’une ville qui « donne le ton » sur un plan intellectuel et religieux pendant plusieurs siècles à l’échelle du Maghreb n’ait pas rayonné à l’échelle de son arrière-pays immédiat qui lui fournit pourtant une partie non négligeable de son élite savante (Al Ghubrînî s.d. ; Urvoy 1976 ; Brunschvig 1947). En évacuant un moment-clé (et un long moment) de l’histoire de la Kabylie, on aboutit à l’occultation d’un aspect fondamental, à savoir son lien à la ville et même aux villes (Achir, Qal’a, Béjaïa, Alger, Dellys, Jijel, Tunis, Mahdya…) et on conforte ainsi, bien entendu, sa représentation comme un isolat. Cela, bien sûr, n’est pas sans effets sur la connaissance de l’histoire de ses structures socio-politiques comme de son histoire religieuse.

Que l’on se situe dans la logique de la ré-appropriation du mythe kabyle ou dans celle de sa dénonciation, la seule relation à l’État qu’on prend en considération pour la nier ou l’affirmer est la relation à l’État étranger, turc ottoman ou colonial français. Or ce qui peut le mieux nous renseigner sur ce type de rapport, c’est l’histoire du lien aux États produits par la société autochtone. Le miracle Rahmânya se clarifierait et on comprendrait pourquoi son territoire, tel qu’il apparaît lors de l’insurrection de 1871, rappelle celui des Hammadites. Maraboutisme et « Tijmain » des républiques villageoises seraient alors à interpréter non pas comme les marqueurs d’une absence de l’État, mais peut-être comme des précurseurs d’un renouvellement politique interrompu.

Pour nous résumer, la singularité kabyle d’aujourd’hui, si elle doit quelque chose au mythe kabyle, n’en pose pas moins le problème des bases cachées de ce mythe. Si par exemple, cet autre miracle évoqué par Fanny Colonna, « le miracle kabyle » de la réussite de l’École française, a pu avoir lieu, ce n’est pas seulement parce que les Français en avaient besoin idéologiquement. Si la Kabylie s’est scolarisée en français avec succès, c’est peut-être tout simplement qu’elle l’avait fait pendant des siècles en arabe. Elle était en quelque sorte préparée. Mais changeons de perspective pour nous en rendre compte.

Guenzet… au bout du monde

Entre les villes de Sétif et Béjaïa, dans la partie occidentale et berbérophone du massif du Guergour, se situe Guenzet, modeste chef-lieu du territoire de la tribu des Ath Ya’la. Leurs voisins du village de Harbil raillent les Guenzatis pour leur situation excentrée et considèrent celle-ci comme une punition divine pour leur mauvaise langue. Quand les hivers sont rudes et qu’il neige normalement, Guenzet peut aujourd’hui encore se trouver dans un isolement presque total. À tel point qu’un récit du xixe siècle d’une expédition punitive contre les Ath Ya’la parce qu’ils avaient hébergé le chérif insurgé Boubaghla, montre toute l’hésitation des troupes françaises à aborder ce territoire du bout du monde.

Cet isolement fait apparaître comme plutôt paradoxal le portrait qu’en trace E. Carette (1848) dans Études sur la Kabylie proprement dite : on trouve à Guenzet, dit-il, des maisons à étages construites sur le modèle de celles d’Alger. Il y a plusieurs mosquées, dont une à minaret. Certains ménages guenzatis ou ya’laouis ont une vaisselle en cuivre, des domestiques, voire exceptionnellement des esclaves. Il y a enfin un artisanat actif et un marché hebdomadaire fréquenté par différentes tribus, voire par des gens venant de ce que les Ath Ya’la appellent « Tamurt n waraben » (« le pays des Arabes »), c’est-à-dire le versant arabophone du Guergour ou les plaines du Sétifois.

Tout comme leurs voisins proches Ath Wertirane ou Ath ‘Abbas, les Ath Ya’la ont un fondouk à Constantine et même, selon certains témoins, dans la lointaine Mascara à l’ouest. Ces tribus ne sont pas les seules de la région à avoir une vocation à s’exporter. La toponymie précoloniale nous révèle l’existence d’un djame’ des Ath Chebana à Alger, les célèbres Ath Melikeuch auraient même été les compagnons de Bologhîn Ibn Zîrî lors de la fondation d’Alger au Moyen-Âge. La pratique de l’« acheyed », qui mélange colportage, troc, travail saisonnier et activités d’enseignement de l’arabe et du Coran est encore dans les mémoires.

À y regarder de plus près, on voit d’ailleurs bien que le massif du Guergour se situe presque en droite ligne, à mi-chemin entre la première et la deuxième capitale du royaume médiéval hammadite : la Qal’a des Béni Hammâd et Béjaïa. Non loin de là, se trouve aussi Achir, la première capitale ziride, Gal’a ou la Qal’a des Ath Abbès (les Labbès des sources espagnoles) et la Medjana, fief des Mokrani. Ici passe le Triq essoltane (la route royale du Moyen-Âge, la route de la Mehalla).

Selon Ibn Khaldûn, les Ath Ya’la seraient partis de la Qal’a des Béni Hammâd, fuyant les Hilaliens vers la fin du xie siècle (Gaïd 1990 ; Féraud 1868). Mais la région semble avoir connu une occupation humaine très ancienne et le massif du Guergour n’a pas manqué d’être la destination d’archéologues antiquisants (Leschi 1941). La tribu, comme toutes les tribus, est une longue histoire faite de mélanges et d’agrégations successives, d’éclatements aussi.

Le deuxième auteur à évoquer les Ath Ya’la est un homme du xvie siècle. Il s’agit d’Al Marînî, dont le texte est retrouvé par Laurent-Charles Féraud, justement à Guenzet, dans la famille maraboutique des Aktouf. L’ouvrage est en quelque sorte une parole intérieure qui polémique ni plus ni moins avec Léon l’Africain, Marmol et autres sur leurs versions de l’occupation de Béjaïa par les Espagnols. Al Marînî (1868) y relate le récit de la destruction et du pillage de la ville, la résistance à l’occupation et évoque l’exode de ses habitants, dont de nombreux Andalous, réfugiés dans les montagnes kabyles, notamment chez les Ath Ya’la mais aussi chez les Zouaouas.

Le troisième texte date du xviiie siècle. Il s’agit de la fameuse Rihla d’Al Warthilânî, récit de voyage à La Mecque et chronique de la situation politique de la Kabylie à cette époque. Si on le redécouvre aujourd’hui, les lectures qu’on en fait laissent parfois perplexes. Elles servent à mettre en exergue une « tiédeur religieuse » propre à la Kabylie, là où l’auteur montre que cette tiédeur est plutôt bien partagée, s’époumonant, comme le montre de façon détaillée Sami Bargaoui, à dénoncer certaines « libertés » combattues par Ibn Tumert en son temps, aussi bien à Béjaïa que chez les Iwendajène d’Amizour, à Guenzet, sur le mont Boutaleb, à Sétif, dans le bordj turc de Zemmoura, chez les Oulâd Naïl, dans l’actuelle Tunisie… et même à Médine, c’est-à-dire aussi bien en territoire arabophone que berbérophone, citadin que rural, maghrébin qu’oriental.

Ce qu’on a, par ailleurs, tendance à lire comme la confirmation de perpétuels conflits entre les soffs, où il intervenait comme marabout intercesseur, et donc comme soi-disant élément extérieur à la société kabyle, nous semble aussi peu convaincant. Al Warthilânî, acquis aux Turcs (contrairement à son père, semble-t-il, qui refusait de faire la prière derrière un imam payé par la Régence), s’en va pacifier la Kabylie pour l’amener à l’obéissance, après une fetwa des ‘ulamas de Béjaïa, qui rendait cette mission obligatoire pour tout ‘alem. Ce qu’il décrit, ce sont les divisions qui touchent y compris les lignages maraboutiques et les zaouias dans un processus de reconfiguration, de renégociation de la médiation entre le pouvoir central et les sociétés locales, nous semble-t-il.

Ce qu’il négocie, c’est aussi, comme le rappelle Bargaoui, sa propre place dans le processus en cours. Il suffit de repenser à l’importance du comité d’accueil qui vient à sa rencontre à l’entrée de Béjaïa pour s’en convaincre. Il y a là cadi et caïd, mais il y a surtout, les descendants des Mokrani de Béjaïa, ceux dont l’aïeul a transporté sa zaouia du village d’Ama’dan vers la ville, à la demande des Turcs. Les Mokrani règnent depuis sur la karasta, ou exploitation des bois de forêt pour le compte de la flotte turque (Féraud 1868-1869). C’est dire que les enjeux tant matériels que symboliques sont fondamentaux dans la démarche de ce « réformateur ».

Ce qu’il nous donne à voir en tout cas, c’est un maillage plutôt serré du réseau des zaouias en Kabylie, à un moment décrit généralement comme celui où la naissance de la Rahmânya permet la naissance de cette région à l’universalité islamique.

Le Kabyle écrivant ou « la montagne savante »

Qui dit réseau de zaouias, dit usages et circulation de l’écrit, points d’ancrage de cultures lettrées. Un de ces points d’ancrage, connu comme tel jusqu’à nos jours, est « beldat » Guenzet et plus largement le territoire des Ath Ya’la, où circule cet adage « Au pays des Béni Ya’la, poussent les ‘ulamas, comme pousse l’herbe au printemps ». Certains auteurs, comme Al Mehdi Bouabdelli, n’hésitent pas à comparer le niveau d’enseignement chez les Béni Ya’la à celui de la Zitouna et des Qarawiyine.

Comment et pourquoi de tels points d’ancrage se constituent-ils en montagne ? Jacques Vignet-Zunz nous semble avancer un modèle explicatif tout à fait applicable à la Kabylie. Étudiant la communauté des Jbala du sud-ouest marocain, il évoque :

– la proximité « d’une vieille couronne urbaine remontant souvent à l’Antiquité et en tout cas à l’époque de l’étroite communication avec Al Andalus » ;
– le recours à ces montagnes comme lieux de refuge par des princes idrissides abandonnant Fès dans des moments de crise ;
– la retraite qu’y opère le « Qutb » Mulay Abdeslem Ben Mechich « introducteur du mysticisme au Maroc » ;
– le djihad et la littérature à laquelle il donne lieu, face aux Portugais et aux Espagnols, et qui permettra l’ascension de nouveaux chérifs, avec attribution « d’Azibs » et de « Horms », fiefs comportant des mesures d’exemption d’impôts.

S’appuyant sur les travaux de L. Fontaine (1990, 1993), Vignet-Zunz (1994 : 206) propose aussi une explication économique des origines de l’implantation de l’écrit dans ces milieux montagnards : « … [i]l semble y avoir des indices concordants, de part et d’autre de la Méditerranée (et parfois assez loin en arrière de ses rivages), non pas d’une affinité précise entre l’altitude et l’ascèse de l’étude, mais d’une intense relation, en un temps T, entre une montagne et des cités proches (née d’un enchaînement de facteurs, notamment la demande forte, à un moment du passé de ces régions, de produits de la montagne ou en transit par la montagne…) créant les conditions d’une implantation de l’écrit là où on ne l’attendait pas nécessairement. »

De la couronne urbaine datant de l’Antiquité à l’étroite communication avec Al Andalus, à l’usage des montagnes kabyles comme refuges par des élites de tout ordre durant les périodes de crises ou de guerres, à la présence d’un Qutb (le saint Sidi Boumédiène), à l’existence d’une littérature du djihad face notamment aux Espagnols et à l’émergence alors de nouveaux chérifs, tout correspond à la situation de la Kabylie pré-ottomane. Tout, y compris la relation économique impliquant un usage de l’écrit.

Si l’on admet que la montagne kabyle, comme les autres montagnes de la Méditerranée, a été « indispensable à la vie des villes, des plaines » (Braudel 1990 : 50), que la faim montagnarde a été « la grande pourvoyeuse de ces descentes… [permettant de renouveler] le stock humain d’en bas » (ibid. : 52), que depuis le Moyen-Âge au moins, elle fournit à l’État à Tunis ou à Béjaïa des migrations militaires, car « toutes les montagnes, ou peu s’en faut, sont des “cantons suisses” » (ibid. : 53, 445 n. 116) ; si tout simplement l’on admet que la Kabylie a eu ses villes, ses liens aux villes et en particulier à Béjaïa, Dellys, Alger (et des villes de moindre importance, qu’on hésite à considérer comme telles), où elle exporte son surplus humain, ses matières premières venues de ses mines et carrières, où elle écoule les ressources décrites par Al Idrissi pour le Moyen-Âge par exemple, comme elle écoule à partir du xviiie siècle le bois de ses forêts pour les besoins de la flotte ottomane. Si l’on admet que les assemblées villageoises sont peut-être la preuve du contraire de ce qu’on leur a toujours fait dire, à savoir, qu’elles sont justement la preuve de l’existence d’une relation en mutation à l’État et à d’autres formes de centralisation politique (ce dont l’arabisation des noms de fonctions dans les Tajmat, pourrait témoigner) ; que le miracle « Rahmânya » est un moment certes important mais qui se situe dans une histoire religieuse antérieure longue de plusieurs siècles, un autre rapport peut alors aussi être dépoussiéré : le rapport à l’écrit.

Piégés par les effets du « mythe kabyle » qui divisent les lecteurs de la Kabylie en deux grosses catégories, ceux qui la surévaluent et ceux qui la sur-dévaluent, nous avons bien du mal à objectiver nos interrogations les plus élémentaires et à ne pas développer des « attentes » contradictoires envers cette région, attentes conformes aux représentations positives ou négatives dépréciatrices, comme le souligne Kamel Chachoua (2002).

S’accorder à dire, par exemple, en reprenant un modèle de Jack Goody, que la Kabylie a été un lieu de « scripturalité restreinte » interpelle, tant il nous semble tomber sous le sens : il est normal qu’un pays montagneux, rural, ne soit qu’un lieu de scripturalité restreinte avant le xxe siècle, avant la démocratisation de la scolarité somme toute bien récente à l’échelle universelle. Peut-être faut-il prendre les choses exactement dans le sens inverse et s’étonner positivement que, dans de telles conditions, il ait pu exister une culture lettrée et une pratique de l’écrit, dont nous avons tenté d’esquisser plus haut une explication des origines probables et qui reste à évaluer précisément et objectivement.

Plusieurs pistes s’offriraient aux chercheurs qui tenteraient cette évaluation. Si l’on s’en tient au Guergour, on peut par exemple noter l’étonnement des rapporteurs chargés de rédiger les procès-verbaux de la délimitation des territoires des différentes tribus de la commune, lors de l’entrée en application du Sénatus-consulte. Ces rapporteurs relèvent que la quasi-totalité des propriétaires ont des actes écrits et des contrats rédigés le plus souvent par des lettrés locaux ou par des cadis.

On peut rappeler tout l’intérêt de la bibliothèque du Cheikh Lmuhub, exhumée par les chercheurs de l’université de Béjaïa, Djamel-Eddine Mechhed et Djamil Aïssani, au milieu des années 1990. Non seulement le fonds étonne par la quantité des manuscrits (près de 500) qui le composent, mais aussi par leur variété. On y trouve entre autres, comme le soulignent les deux chercheurs, les traces d’un système de prêt et d’échange avec les ‘ulamas des localités environnantes. On y trouve un fonds de correspondance et même un manuscrit en berbère, outil pédagogico-ludique destiné aux enfants et servant à faire la transition entre l’usage de la langue maternelle et celui de la langue d’enseignement ; un cours de langue syriaque, des chroniques historiques locales à côté des classiques traités de fiqh, adab, astronomie, mathématiques, botanique, médecine, etc.

On peut aussi s’arrêter à l’usage curieux dans un tel cadre spatio-temporel, d’un terme spécial pour désigner les bibliothèques aussi bien dans le sens de meuble destiné à ranger les livres, que dans le sens (chez les cheikhs les plus aisés) de pièce consacrée aux livres et à l’étude. En effet, à Guenzet certaines familles recourent au terme de Tarma (avec un t emphatique) pour nommer la bibliothèque. Or voilà un mot qu’on retrouve en usage de l’Irak au Pérou dans des significations proches de meuble ou de pièce ou maison en bois, dont l’origine semble latine (tarum : bois d’aloès) et qui, dans l’arabe marocain, signifie aussi « placard à rayons et deux battants pratiqué dans l’épaisseur du mur » ou « grande armoire ».

Que ce mot soit arrivé dans les bagages de réfugiés andalous ou de lettrés béjaouis (Al Warthilânî, par exemple se dit descendant du saint Sidi Ali Al Bekkaï et est lié par des alliances matrimoniales aux descendants de Sidi Mhand Amokrane, saint patron de la ville), ou encore par des acteurs locaux dans leurs échanges ou déplacements ; qu’il soit le fruit d’échanges avec la garnison espagnole, peu importe. Il constitue de toute façon un indice de l’existence d’un lien au monde, au-delà des frontières de « Taddart ».

Ce lien au monde et à la ville est confirmé par cet art du Guergour, art de synthèse entre les formes géométriques berbères et les motifs arrondis et floraux, qui a surpris Lucien Golvin (1955) dans son étude sur le tapis de cette région. Si Golvin privilégie l’influence de la lointaine Anatolie, Louis-Robert Godon (1996), dans son étude sur les portes et coffres des Ath Ya’la, regarde vers Béjaïa, dont le nom est d’ailleurs porté par des pièces de ces produits (serrures et cadenas de Bougie), ou vers Tunis et le sud de l’Espagne !

On peut encore lire un indice de ce lien dans ces épées retrouvées dans la mosquée de Tiqnicheout et rapportées, selon Féraud, par des guerriers des Ath Ya’la qui avaient participé à la défense de la ville côtière de Jijel contre une attaque normande. Il est dans l’existence d’une communauté d’orfèvres juifs à Taourirt n Ya’qub (la colline de Jacob) qui ne quittent les lieux qu’en 1850 (Bel 1917 cité dans Godon 1996 : 90). Il est aussi dans les chansons et poésies populaires et pour Béjaïa dans les paroles de Chérif Kheddam « Bgayeth telha, d erruh n leqbayel » (« Béjaïa est belle, elle est l’âme des Kabyles ») !

Il faut simplement se retenir de ne voir dans ces montagnes qu’un vaste réceptacle et regarder leur lien à l’extérieur dans une logique d’interaction. Ainsi, en évoquant ici l’Andalousie, nous n’entendons nullement, comme le veut un usage trop courant, affirmer l’idée que tout principe actif et fécondant est forcément allogène, ni conforter l’image d’un Maghreb ou d’une Kabylie dont la compétence ne dépasserait pas la capacité d’assimiler et de reproduire des apports extérieurs. Si toutes ces nuances et bien d’autres sont introduites, on peut alors mieux distinguer ce qui ressort d’une histoire politique contemporaine et ce qui ressort de « permanences » culturelles. Ainsi la revendication moderne de laïcité ou de sécularisation par exemple pourrait s’affranchir de la référence à une prétendue tiédeur religieuse traditionnelle. Elle ne pourrait qu’y gagner, car à nos yeux, elle n’a pas besoin de justifications par une présence endogène ancienne (osons le mot : traditionnelle), pour exister aujourd’hui et être légitime, d’autant qu’une lecture fine de l’histoire de ce stéréotype pourrait nous montrer qu’à l’origine il pourrait s’agir d’un moyen de stigmatisation par le pouvoir central turc pour justifier son action contre la région. Cette revendication a encore moins besoin d’être portée comme un signe distinctif de la Kabylie par rapport au reste de l’Algérie ou du Maghreb pour être audible, ce qui, bien entendu, n’est nullement à lire comme la négation de toute singularité.

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Notes

1 Exégètes, jurisconsultes, théologiens.

2 Dans sa contribution intitulée « La citadinité, une notion impossible », le sociologue urbaniste Rachid Sidi Boumédiène (1998) analyse les usages idéologiques de la notion de « citadinité » dans les conflits urbains en Algérie.

3 Je nuancerais ce point de vue après avoir écouté l’historien moderniste tunisien Sami Bargaoui. Étudiant les évolutions dans les modes d’auto-désignation chez des groupes citadins tunisois d’origine turque en voie de tunisification, Bargaoui constate chez eux et chez les autres groupes de la ville une valorisation de l’autochtonie dans la définition de soi dans la Tunisie du xviie et xviiie siècles. Toutefois, il ne s’agit pas là d’une référence à l’autochtonie berbère passée dans l’oubli. Bien entendu la revendication d’une origine extérieure (et donc conquérante) n’est pas une pratique propre aux sociétés maghrébines. Pour la France, par exemple, jusqu’à la révolution, comme le souligne Anne-Marie Thiesse (1999), il était de bon ton dans les milieux de la noblesse de s’attribuer des ancêtres francs. Cette thèse est alors délégitimée, parce que l’idée de la nation comme communauté originelle du peuple s’impose.

4 Alors qu’on peut parfaitement par exemple s’interroger sur le rapport entre la « tirugza » kabyle et la « redjla » des villes comme Alger (les deux termes renvoient à la notion de « sens de la virilité »).

5 Litt. ville de l’histoire, ville historique.

6 L’impression de surinvestissement se trouve amplifiée par le sous-investissement qui touche les autres régions de l’Algérie ou du Maghreb. La singularité en paraît si imposante, qu’elle interdit tout travail comparatif sur des objets communs.

7 Dans sa thèse, Alain Mahé (2001) fait le point sur les théories et les travaux qui ont pris la Kabylie comme objet depuis le xixe siècle.

8 En 1980 avait eu lieu, ce qui avait été appelé « le printemps berbère », mouvement revendiquant la reconnaissance des langues populaires, dont le berbère, et des libertés démocratiques en Algérie. Ce mouvement était né en réaction à l’interdiction d’une conférence de l’écrivain défunt Mouloud Mammeri à l’université de Tizi Ouzou. En 2001, à l’approche de la date anniversaire du printemps berbère commémorant le 20 avril 1980, l’assassinat du jeune Guermah Massinissa dans une caserne de la gendarmerie, déclenchait ce qui a été appelé « le printemps noir », qui a donné naissance au mouvement dit des « ’arouchs » (plur. de ‘arch), du nom des anciennes confédérations tribales, durement réprimé.

9 Les régions berbérophones se trouvant dans les wilayas de Bouira, Sétif, Bordj Bou Arréridj, Jijel à l’est de l’Algérie, qui faisaient partie de la wilaya 3 historique.

10 Ces configurations nous montreraient qu’Alger, Dellys et ce qu’on appelle la Grande Kabylie représentent les confins occidentaux des royaumes médiévaux hammadite puis hafside. Les deux villes sont l’objet régulier de convoitises par les sultanats ouest-maghrébins almoravide (qui a fondé Dellys), mérinide et zyanide, tout au long du Moyen-Âge. Elles pourraient nous montrer que la Kabylie est envisagée, regardée par ses « découvreurs » du xixe siècle seulement à partir d’un nouveau centre politique (Alger), ce qui condamne à perdre de vue la longue histoire de sa constitution même.

11 C’est le titre de l’ouvrage d’E. Carette (1848).

12 Ce qui semble défendu par la thèse de Ouali Ilikoud (1999).

13 Les premiers auteurs coloniaux parlent d’ailleurs de Kabaïles, voir par exemple Édouard Lapène (2003).

14 Marc Côte (1991) et P.-L. Cambuzat (1986) soulignent que Béjaïa a été prise tardivement.

15 Ce genre d’étymologie est courant et résulte sans doute d’un processus d’appropriation symbolique de l’espace par l’arabisation des toponymes pour légitimer les nouveaux venus.

16 L’arabisant du xixe siècle, Auguste Cherbonneau, considère même que les villages kabyles sont conçus sur le modèle de la Kal’a des Béni Hammâd.

17 Connu comme historien des Abdelwadides de Tlemcen.

18 Igawawen, devient en arabe Zouaouas, dont on tirera le nom de « zouaves », contingents militaires « indigènes » recrutés par les Français aux côtés des « Turcos » et des « Spahis ». Là encore, les Français prolongent une pratique antérieure, puisque les Zouaoua fournissaient des contingents au bey de Tunis.

19 Mais il y a lieu de s’interroger sur le rôle particulier des Belqadi dans la prise et la re-fondation d’Alger au xvie siècle, voire dans sa gestion dans les premières décennies de la régence.

20 Belqadi : litt. Fils du qadi.

21 Litt. juge des juges, fonction équivalente à celle de chambellan.

22 Celle-ci vient rendre visite au sultan mérinide Abu el Hasan qui occupe alors Béjaïa. Brunschvig cite un autre exemple dans la Kabylie des Babors chez les Béni Tlilane, t. 2, p. 99.

23 La Djema’a (assemblée).

24 Considéré comme le saint patron de la ville de Tlemcen, Sidi Boumédiène n’y avait pourtant jamais vécu. Convoqué par le sultan almohade qui avait pris ombrage de son enseignement et s’inquiétait de sa réputation, il est mort sur le chemin au lieu-dit El Eubbad, où se trouve son mausolée construit plus tard par les Mérinides.

25 Brunschvig parle ici des Andalous, bien sûr.

26 Sidi Yahia est à Béjaïa l’objet d’un culte jusqu’au xixe siècle, d’autant plus important comme le souligne Brunschvig, que la ville a été privée de la sépulture de Sidi Boumédiène, t. 2, p. 320.

27 Dans ce contexte, peut être traduit par retraite spirituelle.

28 Pluriel de tajmat, assemblée.

29 Au début du siècle, le pays des Ath Ya’la avait servi de refuge au chérif Benlahrache, membre de la confrérie derqawa et originaire du Maroc, insurgé contre le pouvoir turc. Benlahrache était parvenu à menacer la ville de Béjaïa. Il a été tué par les Mokrani, alors alliés aux Turcs.

30 Dont est originaire Al Warthilânî.

31 Une mosquée.

32 Expédition pour la perception de l’impôt.

33 Ligues, factions.

34 Nous empruntons l’expression à Jacques-Jawhar Vignet-Zunz (1994).

35 La bourgade. Remarquons que la notion même suggère une idée d’urbanisation.

36 Le terme signifie montagnards, mais dans ce cas, comme le terme de Qbaïl, il devient ethnonyme.

37 Pôle, degré supérieur dans la hiérarchie soufie de l’intercession.

38 El Bekri signale déjà au xie siècle la forte présence d’Andalous à Béjaïa. Par ailleurs, les Hammadites ont occupé la Sicile. Notons aussi que longtemps avant l’occupation espagnole, les Andalous chassés d’Europe n’occupent pas tous, loin s’en faut, les premiers rangs et ne s’installent pas systématiquement dans les villes. À Béjaïa, comme l’écrit Brunschvig, nombreux sont ceux qui s’installent en périphérie et même en montagne.

39 Pour rappel, une des figures de ce djihad était Abu Yahia Zakaria Az-zwawi.

40 Il y a fort à parier que les zouaves qui servent le bey de Tunis suivent des voies tracées par leurs ancêtres au Moyen-Âge. Sur les zouaves au service du bey de Tunis, voir Moundji Smida (s.d.).

41 « Dans les montagnes, en effet, se trouvent presque toutes les ressources du sous-sol méditerranéen » (Braudel 1990).

42 Le recours à des termes arabes de amin, amin el umana, tamen (secrétaire, super-secrétaire, garant), kébir (dont les Français feront un lekbir : grand), et la tendance à la disparition des termes kabyles tels l’amoqrane (le grand), le mezouar (équivalent de major, premier amezouar, avec élision du a).

43 Le rôle de l’expansionnisme espagnol dans une telle universalisation nous semble évident.

44 Village, hameau.

45 Une histoire de la colonisation, de la genèse du nationalisme algérien ou encore l’histoire des luttes politiques postérieures à l’indépendance.

46 La lecture d’un des premiers auteurs coloniaux, Joanny Pharaon (1835), nous conforte dans cette idée.

Pour citer cet article

Nedjma Abdelfettah Lalmi,  Du mythe de l’isolat kabyle, Cahiers d’études africaines, 175, 2004

http://etudesafricaines.revues.org/document4710.html

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Le voyageur L’Hocine al-Wartilani

Posté par Rabah Naceri le 28 mai 2008

                                          الرحالة الحسين الورثيلانى

 

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Comité de programme :

  • Cheikh Bouamrane (Haut Conseil Islamique. Alger)

  • Djamil Aïssani (Association Gehimab. Bejaia . Coordonnateur)

  • Tahar Aldjet (Zaouia de Tamokra)

  • Saîd Chibane (Université d’Alger)

  • Tilman Hannemann (Université de Brême)

  • Dahbia Abrous (Université de Bgayet)

  • Fanny Colonna (C.N.R.S Paris)

  • Abdelmalek Danoune (Université de Annaba)

  • Jonathan Katz (Oregon University)

  • Allaoua Amara (Université de Constantine)

  • Judith Scheele (Université d’Oxford)

  • Tassadit Yacine (E.H.E.S.S  Paris)

  • Salah Baïzig (Université de Tunis)

  • Kamal Chachoua (CNRS. Aix en Provence)

  • Amar talbi (Université d’Alger)

  • Fodil Cheriguene (Université de Bgayet)

  • Maria Angels Roque (Iemed Barcelone )

  • Slimane Hachi (C.N.R.P.A.H . Alger)

  • Zinedine Kacimi ( Institut des Qira ‘at . Alger)

  • Salem Chaker (Inalco. Paris)  Younès Adli (Tizi Ouzou)

  • Anna Maria Di Tolla (Université de Naples)

  • Adda Bentounès (Université de Mostaganem)

  • Abdelkacem El Khatir (IRCAM . Rabat)

  • Nouria Remaoune (C.R.A.S.C. Oran)

  • Djamal Eddine Mechehed (Association Gehimab. Bgayet)

  • Mustapha Haddab (Université d’Alger)

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3.2 L’histoire n’Bgayet par Nacer BOUDJOU

Posté par Rabah Naceri le 13 mai 2008

L’histoire de Bgayet rapportée par Nacer BOUDJOU

BGAYET : Grande dame des chandelles

27 janvier 2003 

               Bédjaïa, Bidjaya, Bgayet ou Bougie donne la main à deux temps différents : le passé et le présent. Elle réunit des vestiges antiques, médiévaux et des bâtiments clinquants. Il n’y a pas une place, pas une rue où on ne trouve une pierre de taille, un débris de rempart, un bout de piédestal, une trace de quai. A ce décor archéologique s’ajoutent des arbres centenaires et des plantes grimpantes qui enlacent le moindre pan de mur encore debout.

               Le site de la ville s’élargit vers la mer, contrasté par de hautes montagnes, les  » Babords « , et par la vallée de la  » Soummam « . On est pris d’émerveillement devant pareil spectacle. Très tôt Bédjaïa a attiré une population venant de la Méditerranée et des contrées lointaines continentales. Sa fondation a débuté par une légende, comme ce fut le cas de toutes les capitales glorieuses. « Hercule, avant d’aller à Gibraltar édifier Tanger et poser les bases des fameuses colonnes auxquelles il a laissé son nom, aurait habité la grande grotte qui s’ouvre au-dessus du village Dar-Nacer et dont on n’a jamais pu atteindre le fond. Il aurait tellement importuné les habitants Imezzayen, forcés de subvenir à sa voracité, que ceux-ci lui préparèrent un plat de fèves et d’étoupe fort épicée qui faillit l’étouffer. Forcé de descendre à la rivière pour étancher sa soif, il aurait remonté le cours, faisant sensiblement baisser son niveau dans sa course effrénée, et aurait disparu de la région.»

               La tradition prétend que la ville de Bgayet a été renversée sept fois par des guerres ou par des tremblements de terre. Ainsi ravagée et ayant passé par les mains de tant de conquérants, il n’est pas surprenant de voir toutes ses antiquités enfouies sous un monceau de ruines. A la mairie se trouve une superbe mosaïque de la période romaine, découverte en 1891 sous les fondations de l’hôpital civil, près de l’ancien  » Palais de l’Etoile « . Le port de pêche se trouve tout près, au pied de Sidi Abd al Kader. Les promeneurs, les oisifs, les pêcheurs du dimanche prennent place à même les cageots de poissons entassés. A la tombée de la nuit, les embarcations rentrent paisiblement, écrasées sous le poids de leurs prises au large des côtes du  » Saphir  » et de  » l’Emeraude « . La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : une baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large Nord-Ouest par l’avancée du ’’Cap Carbon’’, de 220 mètres de hauteur. Un site remarquable dans l’une des plus belles baies du littoral Nord Africain, dominé par les montagnes des ’’Babors’’ touchant le ciel. Le second avantage est qu’il se trouve au débouché d’une vallée large et longue, constituant un véritable couloir vers le sud -ouest . A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par d’énormes cuves à pétrole, éclatantes au soleil de midi. Elles sont reliées par une conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville, et qui dort tranquillement au pied de la falaise où une carrière était autrefois exploitée. En haut de la ville, vers le quartier ’’Karamane’’, ancien quartier des juifs, se trouve le petit marché et la mosquée Sidi Soufi. Vu d’en haut, une rade merveilleuse nous rappelle à la fois le golfe de Naples et le lac de Genève. Un voyageur princier, l’archiduc Salvator d’Autriche, la surnomma « Perle de l’Afrique du Nord « . Des découvertes récentes, faites dans des grottes d’accès difficile, ouvertes sur les flancs du ’’Gouraya’’, à une altitude de 663 mètres, ont démontré qu’à l’époque préhistorique, ce coin du littoral avait dû être occupé par d’importants groupes humains. Le passage des libyens et des phéniciens y est révélé par les tombeaux (les Houanet) creusés à même la roche, que l’on aperçoit tout près de Bgayet, dans la vallée des ’’Aiguades’’. La bibliothèque de la mairie, aménagée comme une grotte, avec un jardin et une terrasse qui s’ouvre sur la mer, nous revient en mémoire. C’est là que l’on s’était initié à l’histoire de Bgayet. Dans cette grotte où des vestiges, des amphores, des objets hétéroclites, éparpillés volontairement, nous invitent à nous interroger sur le passé et le destin de la ville.. L’origine du nom de ’’Bougie’’ nous a toujours paru un mystère. Le Dictionnaire de Littré, après maintes citations, nous en donne une datant du XIIIe siècle, puis une autre du XVe siècle. « A Jehan Guérin, en faveur de ce qu’il a apporté à Madame des chandelles de Bougie qu’envoyait à la dite Dame le Comte de Beauvais ». Le Littré termine par une définition : « Bougie, ville d’Algérie où l’on fabriquait cette sorte de chandelle ». « La Fontaine ayant par ailleurs précisé que la bougie, se fait avec la cire d’abeilles ». En fait ’’Bougie’’ exportait aussi de la cire d’abeilles vers Gênes (en Italie) où se trouvaient d’importantes fabriques de chandelles. Du reste, Ibn Khaldoun nous dit à ce sujet : « Bedjaïa est une localité habitée par une tribu berbère du même nom. Chez eux Bedjaïa s’écrit Bekaïa et se prononce Begaïa. En l’an 1067-1068, le sultan En-Nacer s’empara de la montagne de Bougie, localité habitée par une tribu berbère du même nom, et y fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En-Naceria, mais tout le monde l’appelle Bougie, du nom de la tribu ». Toutefois, Bougie ou Bédjaïa s’appelle jusqu’à ce jour Bgayet en berbère. Ses habitants s’appellent Ibgaytiyen, pour le féminin pluriel Tibgaytiyin. En masculin singulier Abgayti, et féminin singulier tabgaytit. On a donné le même nom Abgayti à une variété de figue noire, cultivée dans la région. Dans la bibliothèque de la mairie, on trouve des cartes maritimes, des plans, des estampes qui représentent la ville. Les cartes maritimes (portulans) dressées par les navigateurs du Moyen-Age de 1318 à 1524, orthographiaient ainsi le nom de cette ville, fréquentée alors, comme on le sait, par les commerçants du midi de l’Europe : Bugia, Buzia, Bugea, Buzana. Il est admis que c’est de ces noms de Bugia et Buzana que dérivent ceux, aujourd’hui usuels, de Bougie et de Basane. Les cuirs et peaux de Bougie ou Buzana étaient également l’objet d’un grand commerce, et c’est de là qu’est venu le nom de Basane.

               Tour à tour, la ville de Bougie fut un petit port durant la période des royaumes berbères. Elle fit partie du domaine de Juba, puis de la Mauritanie tout court. Elle fut ensuite Césarienne en 33 avant notre ère, sous l’empereur Auguste qui a installé une colonie de vétérans, la tribu Arnienne identifiée par les pierres votives. Cette cité porte le nom de Saldae, et ses habitants le nom de Salditains. Elle était limitée à l’est par l’Amsaga (Oued Kebir). Une inscription du second siècle qualifie Saldae de  » Civitas Splendidissima « , Colonia Julia August Saldantium. D’après Léon Renier, cette inscription a été transportée à Paris, au musée algérien du Louvre. Plusieurs amphores, des mosaïques, des chapiteaux, des pièces de monnaies ont été trouvées par les archéologues lors de récentes fouilles. Okba Ibn Nafaa, en 670, et Moussa Ibn Nouçaïr, en 700, s’emparèrent tour à tour de Bougie. D’après Abou al Feda, tout le massif de montagnes qui entourait Bougie, pendant les premiers siècles de la domination musulmane en Afrique du Nord, était appelé « Al Adaoua », la terre ennemie, épithète qui présente une certaine analogie avec le nom de « Mons Ferratus », la montagne bardée de fer, que les romains donnaient à cette région indépendante.

               Une quantité de livres aux pages jaunies, rangés dans des rayons poussiéreux de la bibliothèque de la mairie attire notre attention. Délicatement nous tournons les feuilles fragiles à la manipulation en les dévorant des yeux. Tout au long des illustrations en noir et blanc, en couleur sépia de la lithographie ou de la pointe sèche, l’histoire de Bougie défile. Les habitants de la région racontent que « lorsque les armées musulmanes eurent envahi tout le pays compris depuis Constantine jusqu’à Sétif, les survivants de la population chrétienne de ces deux villes et les habitants des plaines voisines, qui refusèrent de reconnaître l’autorité des musulmans et d’embrasser leur religion, se réfugièrent dans les montagnes du côté de Bougie. Ces émigrés, d’origines diverses, unis par une commune adversité, fusionnèrent en un seul peuple, et leur retraite, au milieu de ce fouillis de ravins et de rochers, fut respectée, parce que, pour les musulmans, dont la force consistait surtout en cavalerie, ce pays était inexpugnable. On s’est longuement promenés dans les quartiers les plus famés de Bougie, essayant de retrouver les traces de ce que fut jadis cette ville qui a vu des princes, des érudits, des savants, des poètes y séjourner. C’est à travers nos allées et venues que l’on a pu connaître les fondateurs de cette ville, capitale de l’Algérie orientale. On apprit donc que c’est Al-Nacir, prince Hammadite qui, face au danger que les Banu Hilal faisaient peser sur la Qalâa des Banu Hammad qui se trouvait sur les hauts plateaux à proximité de Sétif, a fondé Bidjaya. Elle fut un refuge pour les Hammadites, comme Mahdia le fut pour les Zirides. « Ce fut sous le règne de ce prince que la dynastie hammadite atteignit le faîte de sa puissance et acquit la supériorité sur celle des Badisides (Zirides) de Mahdia » a écrit Ibn Khaldoun. Pour sceller la paix retrouvée entre les Zirides et les Hammadites, Tamim donna en mariage sa fille Ballara à Al-Nacir. Elle quitta Mahdia (Tunisie) accompagnée d’une importante escorte, avec un trousseau d’une valeur inestimable. Al-Nacir lui édifia à Bidjaya de grands palais cernés de verdoyants vergers où croisaient le myrte et les arbres fruitiers, sous lesquels l’eau coulait à profusion, au milieu des parterres fleuris. La princesse Ziride donna à Al-Nacir de nombreux fils dont le plus célèbre fut Al-Mançur. Selon Ibn Khaldoun : « Al-Nacir bâtit à Bidjaya un palais d’une hauteur admirable qui porta le nom de  » Palais de la Perle « . Ayant peuplé sa nouvelle capitale, il exempta les habitants d’impôts et, en 1069, il vint s’y établir lui-même. Cet Emir érigea des bâtiments magnifiques, fonda plusieurs grandes villes et fit des expéditions nombreuses dans le Maghreb ». Un certain Hammad, le Hafside, révèle une description minutieuse et grandiose de An Naciriya : « Du côté de la ville, du côté qui fait face au couchant et au midi, les ouvriers envoyés de Gênes élevèrent d’abord une tour majestueuse que l’on nomma  » Cheuf Er Riad  » ( l’observateur des jardins). Cette tour protège trois portes dont la principale  » Bab al Benoud  » ( la porte des armées ) était monumentale, garnie de grandes lances de fer, et se trouvait encadrée par les bastions. Elle ouvrait du côté des jardins de l’Oued al Kebir. Au sommet de cette tour existait un appareil à miroirs correspondant à d’autres semblables établis sur différentes directions. C’est pour cela que la tour du  » Cheuf Er Riad  » fut également nommée  » al Menara «  ». Le prince En-Nacer contraignit, en outre, tous ses sujets à construire des maisons, et pour que l’insuffisance des matériaux ne devint pas une excuse à la lenteur des travaux, il prit la décision que : « Tout individu qui voudra pénétrer dans la cité, sera tenu d’y apporter une pierre ; ceux qui ne se conforment pas à cet ordre, paieront un droit d’un Naceri ». Le Naceri était une petite monnaie en or, frappée au coin du prince, de la valeur de 4,50f à 5 F, environ 1 € (se trouve actuellement au musée des Antiquités d’Alger). Ibn Hamdis-Al-Siquili, né à Syracuse en Sicile, en 1055, devint le poète du prince Hammadide. Il évoque les splendeurs de Naciriya, de ses palais, des « Vasques aux bords desquelles sont assis des lions qui alimentent de leurs gueules la fontaine, avec de l’eau qui ressemble à des lames de sabres fondues ». Il décrivit le talent des artistes qui avaient travaillé pour l’embellissement du palais : « Les artistes appliquant leurs pinceaux à cette salle y ont offert la représentation de toutes les bêtes qu’on chasse ». « On dirait que le soleil y possédait un encrier grâce auquel ils ont tracé des arabesques et des arborescences. « L’Azur y semble ciselé par les dessins alignés sur la feuille du ciel ». Les jardins odoriférants l’ont subjugué. Ibn Hamdis les a aimés, les a décrits. Sa muse l’a accompagné durant toutes ses promenades : « Dans un jardin opulent, paradisiaque entouré du souffle léger des vents et des plantes odoriférantes ». « Que ses oranges, qui semblent avoir été confectionnées avec du feu, font flamber inopinément ». « On croirait voir des boules d’or rouge dont les sceptres ont été fabriqués avec les rameaux ». Le regard du poète de Syracuse s’est beaucoup attardé sur les portes du  » Palais de la Perle «  : « Sur le placage d’or des portes on a gravé toutes sortes de dessins ». « Les clous d’or y ressortent, de même que les seins se dressant sur la poitrine des Houris ».. Les terrasses du palais ne sont pas oubliées par une description à fleur de l’âme : « Et lorsque tu jettes les yeux vers les merveilles de sa terrasse, tu y vois des jardins qui verdoient dans le ciel »l. « Et tu t’étonnes des hirondelles d’or qui volent en cercle pour bâtir leurs nids sur son faîte ». De fameux jardins ont été créés : le Badiâ à l’Ouest, le Rafiâ à l’Est. Pour al-Idrisi, le géographe du roi Roger II, Bougie est « la ville principale, l’œil de l’Etat Hammadide ! » Les demeures royales de Palerme s’inspirent des palais de Bougie. Huit portes pourraient être identifiées à travers la ville dont : Bab Amsiwan à l’Est, sur la route qui mène à la vallée des singes, Bab al Bunub, à l’emplacement de la porte Fouka, Bab al Luz, sur la même face, mais plus bas que Bab al Bunub. Un vieux manuscrit nous parle de ces portes : « Celle du Prétoire Royal qui se trouvait en face de  » Bab al Bunub « , la porte des étendards que l’on appelle familièrement aujourd’hui porte Fouka. C’est là que le sultan s’asseyait en son trône faisant face à celui qui entre dans la ville durant les jours de foire et les jours d’arrivées des caravanes, et pour assister aux fêtes. Cette salle est l’un des plus admirables prétoires royaux et un des plus magnifiques édifices qui attestait le caractère imposant de la royauté et de la majesté du pouvoir ». Bgayet ou Naciria s’est ouverte à toutes les populations venues de par la Méditerranée pour des raisons commerciales ou simplement pour y vivre. Les chrétiens y avaient leur église car les relations entre le prince Hammadite En-Nacer et le pape Grégoire VII étaient très courtoises. Une correspondance nous le montre d’une manière éloquente.

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               « Votre Noblesse nous a écrit cette année pour nous prier de consacrer évêque, suivant les constitutions chrétiennes, le prêtre Servand, ce que nous nous sommes empressés de faire, parce que votre demande était juste. Vous nous avez en même temps envoyé des présents, vous avez par déférence pour le bien heureux Pierre, prince des apôtres, et par amour pour nous, rachetés les chrétiens qui étaient captifs chez vous et promis de racheter ceux que l’on trouverait encore. Dieu, le créateur de toutes choses, sans lequel nous ne pouvons absolument rien, vous a évidemment inspiré cette bonté et a disposé votre cœur à cet acte généreux. Le Dieu tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu’aucun ne périsse n’approuve en effet rien davantage chez nous que l’amour de nos semblables, après l’amour que nous lui devons, et que l’observation de ce précepte : Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent. Nous devons, plus particulièrement que les autres peuples, pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous qui, sous des formes différentes adorons le même Dieu unique, et qui chaque jour louons et vénérons en lui le créateur des siècles et le maître du monde. Les nobles de la ville de Rome, ayant appris par nous l’acte que Dieu vous a inspiré, admirent l’élévation de votre cœur et publient vos louanges. Deux d’entre eux, nos commensaux les plus habituels, Albéric et Concius, élevés avec nous dès leur adolescence dans le palais de Rome, désireraient vivement pouvoir vous être agréables en ce pays. Ils vous envoient quelques-uns de leurs hommes, qui vous diront combien leurs maîtres ont de l’estime pour votre expérience et votre grandeur, et combien ils seront satisfaits de vous servir ici. Nous les recommandons à votre Magnificence, et nous vous demandons pour eux cet amour et ce dévouement que nous aurons toujours pour vous et pour tout ce qui vous concerne. Dieu sait que l’honneur du Dieu tout puissant inspire l’amitié que nous vous avons vouée et combien nous souhaitons votre salut et votre gloire dans cette vie et dans l’autre. Nous le prions du fond du cœur de vous recevoir, après une longue vie, dans le sein de la béatitude du très saint patriarche Abraham ». MAS LATRIE.

               Relations et commerce de l’Afrique Septentrionale ou Maghreb avec les nations chrétiennes, Paris, 1886, pp. 42-43. Le pape Grégoire VII, envoya à Bidjaya ou Naciria, à la demande du souverain Hammadite, un évêque, le théologien et philosophe Raymond Lulle qui y mourut quelque temps après.

               Sur cette période, un auteur rapporte que « Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalâa de Beni Hammade, cité berbère vivant à l’orientale ». Al-Mansour, sixième émir Hammadite, fils d’En-Nacer et de la princesse Ziride Ballara, avait une dizaine d’années lorsqu’il succéda à son père. C’était un homme politique habile, énergique et digne d’éloges. Il écrivait des vers et se contentait de peu de plaisirs. Il s’était mis à rénover les palais, fonda des édifices d’utilité publique et distribua les eaux dans les parcs et les jardins.

               Al-Mansour construisit le palais élevé où se trouve son trône, connu sous le nom d’Al-Kawakab (les étoiles) Itrane, un des plus beaux du monde. L’édifice était orné de peintures composées avec la pierre et une certaine plante, le tout broyé ensemble. L’éclat de ce palais était pareil aux rayons du soleil. Il avait neuf portes à deux battants en bois artistement sculptées, chacune tournant avec peine, poussée par plusieurs hommes vigoureux. Il avait deux niveaux, les chambres se trouvaient au premier. Au-dessus de la porte du milieu se trouve la salle du trône du sultan avec ses arceaux et ses frises. Le palais était si vaste qu’il ressemblait à une colline au milieu de la ville. Il occupe l’emplacement où s’élevait le Fort Barral (Fort Moussa actuel) construit par Pedro Navarro lors de l’occupation espagnole. D’un autre palais,  » le Palais d’Amimoun « , nous est parvenue une description de Léon l’Africain : « Du côté de la montagne on voit une petite forteresse ceinte de muraille et embellie partout de  » mosaïques  » et menuiseries, avec des ouvrages azurés et autres marines si merveilleux et si singuliers que l’édifice surmonte de beaucoup le  » prix  » et la valeur de l’étoffe « .  Avec les deux règnes des souverains Hammadides, En-Nacer et Al-Mansour, la ville s’est beaucoup agrandie en atteignant 100.000 habitants. Sa zone d’influence était vaste, et son administration territoriale s’étendait de Ténès à Annaba. La ville est divisée en vingt et un quartiers avec les palais fortifiés, les tours de surveillance, les quais du port, les ouvrages d’art, les aqueducs, les mausolées. A la mort d’Al -Mansour, Badis lui succéda. Il ne régna que quelques années et mourut prématurément. Il fut trouvé inerte dans son palais. Ses gardes supposèrent qu’il fut empoisonné par sa mère qui devait être maltraitée et empêchée d’avoir un droit de regard sur les affaires du royaume. Badis avait aussi exilé son frère Al-Aziz Billah à Jijel. Il n’a su ni garder sa famille, ni être un fin diplomate pour s’allier avec tous les royaumes des autres régions du Maghreb. Après la mort de Badis, Al-Aziz rentra à Bgayet et le remplaça. Ce dernier fut tout à l’opposé de son frère. Bon et modéré, il fut surnommé al-Maymoun (l’heureux) par ses proches. Il garda des rapports de bon voisinage avec les autres princes en correspondant avec eux. Il avait les qualités remarquables d’un homme à l’affût des nouveautés culturelles et scientifiques. Il se plaisait à faire venir des savants, chez lui, pour les entendre discuter de questions scientifiques. Il épousa la fille du chef Makhakh des Banu Wamanu. En deuxième noce, il épousa Badr al – Dudja, la fille de l’émir Ziride Yahya, qui avait succédé à son père Tamim en 1108. Les relations avec la Sicile semblent avoir été bonnes sous le règne d’Al- Aziz. En effet, d’après H.R. Idris, « Des moines bénédictins qui se rendaient de Sardaigne à Terra Ferma furent pris par des corsaires africains. Le Comte Roger envoya des ambassadeurs au roi de la Qalâa qui libéra les prisonniers sur-le-champ ». A la fin du règne d’Al -Aziz, les relations avec la Sicile devinrent courtoises, bien qu’auparavant elles aient été tumultueuses. L’Emir songea à s’arrêter en Sicile avant de se rendre à Bagdad. Tandis que ses frères al-Harith et Abd Allah s’y réfugièrent après la conquête du Maghreb central par les Al Mohades. Le port de Bgayet était sûr, abrité, situé dans une région riche en fer et en forêts, ce qui permit la construction d’un grand nombre de navires de commerce et de guerre. Le royaume Hammadide avait des arsenaux à Marsa-al-Kharaz (la Calle), et à Bône (Annaba). Des bateaux de provenances diverses : Pise, Venise, Gênes, Marseille, Catalogne accostèrent dans le port de Bgayet en passant sous la porte  » Sarrazine  » (Bab al Bhar) qui existe à ce jour au bas des quais du port. Al Idrisi écrivait dans  » La description de l’Afrique et de l’Espagne «  : « les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés. En fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois ne fait pas défaut dans ses vallées et montagnes et la forêt produit de l’excellente résine, ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse ».  Qui se douterait de toute cette page d’histoire qu’a vécu Bougie au temps des souverains, Hammadites ! Quiconque foule du pied le sol de cette ville est assailli d’interrogations. Le relief accidenté sur lequel les édifices sont scellés, défiant le glissement des terrains, ne compte pas. On circule dans cette ville sans songer à marquer une pause, tant on est entraîné, envoûté par l’histoire. Attablés au café de Sidi Soufi, on ne cesse de ressasser les légendes recueillies de la bouche même des Bougiotes ou dans les livres volumineux, richement reliés. Ainsi, l’histoire du règne du prince Yahya nous a touchés : après la mort d’Al Aziz, son fils Abu Zakariya Yahya fut porté à la tête du royaume Hammadite. Il était dominé par la gent féminine et passionné de chasse. Il adorait rapporter du gibier à son palais. L’historien Ibn al Khatib nous le confirme : « Yahya ben al Aziz était vertueux, magnanime, éloquent. Il avait la plume délicate mais aimait trop la chasse ». Il avait trois sœurs : Taqsut, Um Mallal ( ça doit être : Udem Mallul ) et Chibla, qui étaient habillées et couvertes de bijoux comme des jeunes mariées, et un fils appelé Al Mansour dont la mort l’affecta profondément. Yahya vécut dans l’opulence et mourut à Salé (Maroc) en 1162. Avec lui s’éteignit la dynastie Hammadide qui gouvernait le Maghreb central depuis 1018. La vie intellectuelle fut brillante et continue de l’être dans la capitale Hammadide. Le souverain Al-Aziz Ibn Al Mansour fit venir à Bgayet de nombreux savants. Un vieux manuscrit, intitulé  » Galerie de littérature à Bidjaya « , donne la biographie des médecins, jurisconsultes, poètes, venus les uns d’Orient, les autres d’Espagne, qui firent école dans la cité Hammadide, alors à l’apogée de sa gloire. Ibn Hammad, l’auteur de l’histoire des rois Obaydides et d’une histoire de Bgayet , fit ses études à la Qalâa puis à Bgayet. Abou Madyan Souaib Ben Hussain, connu sous le nom de Sidi Bou Médiène, patron de Tlemcen, a été le maître incontesté des soufis des trois pays de l’Afrique du Nord. Son influence se fit grandement sentir à Bgayet, où de nombreux savants reprirent et propagèrent son enseignement. Le cheikh Kabyle, Zakarya Al Hasani A-Zouaoui (mort en 1215), l’exemple même du mystique accompli, vivait retiré des contraintes de ce monde, dans une zaouia, tout en enseignant la théologie. Le soufisme conserva à Bgayet une forme modérée. La plupart des soufis cités étaient des juristes, des notaires et des professeurs. Le cheikh Abou Ali Hassan Ben Ali, qui vint de Séville, se fixa à Bgayet et eut aussi de nombreux disciples. Il enseigna le Soufisme et devient Cadi dans la même ville. Il légua de nombreux ouvrages dont un livre sur le monothéisme, un précis de droit et un ouvrage de morale. Abou Mohamed Ali Al Haq, également Cadi de Bgayet, écrivit un ouvrage sur la médecine, et dix huit volumes de lexicographie. Abd Al Haqq Al Bidjawi, né en 1117, arriva à Bgayet en 1155 et y mourut en 1187. Il écrivit plusieurs œuvres dont un Diwan. Il brilla dans le domaine de la théologie en composant des ouvrages sur les exhortations, les proverbes, les sentences et les lettres. Il eut une forte influence sur les Soufis postérieurs. Abu Tahir Amara, lettré et savant homme, vécut vers le XIIe siècle. Il écrivit un ouvrage sur la science des successions, dont les vers à rimes doubles sont bien appréciés. Abu-Al-Hasan Al-Masili originaire de M’sila, connu sous le nom d’Abu Hamid al-Saghir, a étudié à Bgayet, s’adonnant à la science et aux bonnes œuvres. Il laissa des œuvres littéraires et des contes très appréciés ; un livre sur la science des Avertissements clôtura sa carrière d’homme de lettres consacré. La cité de Hammadides a donné l’hospitalité à des savants et à des hommes de lettres, venus par voie de mer ou voie de terre. Ainsi Ibn Battuta marqua une halte dans la capitale Hammadide. Ibn Khaldun, auteur des  » Prolégomènes  » qui ont fait de lui le pionnier de la sociologie moderne, enseigna dans les écoles Hammadides. Bgayet s’est enrichie de savants venus de la Qalâa des Banu Hammade, mais aussi d’érudits venus d’Espagne. C’est dans cette capitale que la culture orthodoxe venue d’Orient et celle, plus libre, venue d’Andalousie, se rencontrèrent. Un esprit de tolérance et d’ouverture a permis aux Malékites, aux Hanéfites, aux Ibadites et aux Mutazilites, de confronter leurs points de vue aux cours de brillantes controverses. Cet esprit de tolérance s’étendit aux chrétiens, établis à Bône, à la Qalâa et à Bgayet. La même tolérance a joué à l’égard des juifs, dont la situation ne changea qu’avec l’arrivée des Al Mohades.  En plus de tous ces savants et hommes de lettres, Bidjaya possédait également des marabouts vénérés, notamment Sidi Touati et Sidi Yahya, dont les tombeaux sont bien conservés. Ils font l’objet de pèlerinages de la part de tous les habitants de Bgayet Sidi Touati est tellement craint et adoré que des légendes aient immortalisé son pouvoir. On lui prête les miracles les plus fantastiques. Selon la légende la plus répandue :« Il aurait été invité à faire partie d’une fête nocturne et, outré par les éloges hyperboliques que le souverain ne cessait de se décerner, il lui reprocha son orgueil et sa vie de débauches puis, étendant son burnous, il lui montra au travers de sa transparence magique la ville de Bgayet totalement en ruines et abandonnée. En-Nacer, prince Hammadite, frappé par le spectacle, humilié, descendit du trône et s’exila sur une île rocheuse de la côte voisine, l’île des Pisans, où il mourut dans l’austérité. » On raconte aussi qu’« Avant de se retirer sur l’île, En-Nacer créa un institut,  » Sidi Touati « , où on enseignait toutes les disciplines, y compris l’astronomie, et qui reçut jusqu’en 1824 plus de 3000 étudiants ». (Suite) Hafsides, espagnols et Vallée de la Soummam.

Nacer Boudjou Journaliste/prof des Beaux-Arts

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137è anniversaire de la mort d’El Mokrani

Posté par Rabah Naceri le 11 mai 2008

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Samedi 10 mai 2008

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137e anniversaire de la mort d’El Mokrani

Qalaâ Nath Abbès pour l’histoire

qalaa.jpg

Pour une fois, la commémoration s’est faite en présence des walis de Béjaïa et Bordj Bou Arreridj, accueillis à leur arrivée par les autorités locales, ainsi que des notabilités de la Qalâa, à l’image de MM. Ali Haroun et Hocine Benmaâlem.

Après le dépôt de la traditionnelle gerbe de fleurs au carré des martyrs et sur la tombe d’El Mokrani, les délégations officielles ont visité les vestiges historiques de la Qalâa, tels que la mosquée Ousanoun dont la construction date de 1510. Deux conférences ont ensuite été données, respectivement par Seddik Djamel et le Pr Djamil Aïssani, sur le rôle politique et militaire de la Qalâa et sur le mouvement intellectuel dans la région des Biban durant la période médiévale. Pour rappel, la Qalâa Nath Abbès est un site historique et touristique de première importance. Elle a longtemps été le point de jonction entre les deux capitales hammadites, la Qalâa des Beni Hammad, dans le Hodna et Béjaïa sur la côte méditerranéenne. Après la prise de Béjaïa par les Espagnols en 1510, la Qalâa Nath Abbès deviendra la capitale d’un royaume autonome jusqu’en 1624. Assurant la survivance d’un Etat authentiquement algérien, la Qalâa s’opposera à l’hégémonie turque sur le pays, jusqu’à leur départ provoqué par l’arrivée des Français en 1830. La Qalâa reviendra au devant de la scène patriotique en 1871, lorsque l’un des descendants directs des Ath Meqrane, El Hadj Mohamed El Mokrani, en l’occurrence, mènera la résistance contre l’envahisseur français en compagnie de son frère Boumezrag et des deux fils de Cheikh Aheddad, Aziez et Mhand. Berceau de l’histoire et de la culture algérienne, la Qalâa Nath Abbès est aujourd’hui un village abandonné et quasiment désert. Le wali de Béjaïa, qui a reçu une liste de doléances des habitants, a promis de réparer la route et de construire un mausolée digne de la figure historique de Mokrani. C’est toujours ça de pris en attendant que Qalâa ait une école pour scolariser ses enfants et un dispensaire de santé pour soigner ses habitants. Toutefois, les habitants, que nous avons rencontrés après les cérémonies officielles, ne se faisaient pas trop d’illusions. Ils savent, pour l’avoir trop souvent vécu, que chaque 5 mai, les officiels viennent les bras chargés de promesses qui sont oubliées sitôt la dernière cuillerée de couscous avalée.

Djamel Alilat

________________________

Mon témoignage:  au cours de mon mandat, cela doit être au cours de l’année 1998, j’ai eu à visiter cette région avec le wali de l’époque et de certains directeurs de l’exécutif. Je fus sidéré par l’état d’abandon de ce village à tel point que j’ai questionné un vieux du village en lui demandant si la France coloniale les a visités. Toute la délégation s’est retournée vers moi. Le vieux m’a répondu par l’affirmative ; alors je lui ai dit de “patienter que l’indépendance les atteigne”. Tout le monde a saisi l’insinuation.

Oui ! Je confirme que c’est grâce à un citoyen qui leur a cédé un garage et au courage de certains enseignants que les élèves de cette région, hautement historique et révolutionnaire, ont pu échapper à l’analphbétisme total.

Je constate, malheureusement, encore aujourd’hui que l’école ainsi que le centre de soins promis par le wali de l’époque ne sont toujours pas réalisés malgré les recommandations fermes de l’Apw.

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137e anniversaire de la mort d’El Mokrani

Posté par Rabah Naceri le 10 mai 2008

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Samedi 10 mai 2008

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137e anniversaire de la mort d’El Mokrani

Qalaâ Nath Abbès pour l’histoire

Pour une fois, la commémoration s’est faite en présence des walis de Béjaïa et Bordj Bou Arreridj, accueillis à leur arrivée par les autorités locales, ainsi que des notabilités de la Qalâa, à l’image de MM. Ali Haroun et Hocine Benmaâlem.

Après le dépôt de la traditionnelle gerbe de fleurs au carré des martyrs et sur la tombe d’El Mokrani, les délégations officielles ont visité les vestiges historiques de la Qalâa, tels que la mosquée Ousanoun dont la construction date de 1510. Deux conférences ont ensuite été données, respectivement par Seddik Djamel et le Pr Djamil Aïssani, sur le rôle politique et militaire de la Qalâa et sur le mouvement intellectuel dans la région des Biban durant la période médiévale. Pour rappel, la Qalâa Nath Abbès est un site historique et touristique de première importance. Elle a longtemps été le point de jonction entre les deux capitales hammadites, la Qalâa des Beni Hammad, dans le Hodna et Béjaïa sur la côte méditerranéenne. Après la prise de Béjaïa par les Espagnols en 1510, la Qalâa Nath Abbès deviendra la capitale d’un royaume autonome jusqu’en 1624. Assurant la survivance d’un Etat authentiquement algérien, la Qalâa s’opposera à l’hégémonie turque sur le pays, jusqu’à leur départ provoqué par l’arrivée des Français en 1830. La Qalâa reviendra au devant de la scène patriotique en 1871, lorsque l’un des descendants directs des Ath Meqrane, El Hadj Mohamed El Mokrani, en l’occurrence, mènera la résistance contre l’envahisseur français en compagnie de son frère Boumezrag et des deux fils de Cheikh Aheddad, Aziez et Mhand. Berceau de l’histoire et de la culture algérienne, la Qalâa Nath Abbès est aujourd’hui un village abandonné et quasiment désert. Le wali de Béjaïa, qui a reçu une liste de doléances des habitants, a promis de réparer la route et de construire un mausolée digne de la figure historique de Mokrani. C’est toujours ça de pris en attendant que Qalâa ait une école pour scolariser ses enfants et un dispensaire de santé pour soigner ses habitants. Toutefois, les habitants, que nous avons rencontrés après les cérémonies officielles, ne se faisaient pas trop d’illusions. Ils savent, pour l’avoir trop souvent vécu, que chaque 5 mai, les officiels viennent les bras chargés de promesses qui sont oubliées sitôt la dernière cuillerée de couscous avalée.

Djamel Alilat

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Mon témoignage:  au cours de mon mandat, cela doit être au cours de l’année 1998, j’ai eu à visiter cette région avec le wali de l’époque et de certains directeurs de l’exécutif. Je fus sidéré par l’état d’abandon de ce village à tel point que j’ai questionné un vieux du village en lui demandant si la France coloniale les a visités. Toute la délégation s’est retournée vers moi. Le vieux m’a répondu par l’affirmative ; alors je lui ai dit de « patienter que l’indépendance les atteigne ». Tout le monde a saisi l’insinuation.

Oui ! Je confirme que c’est grâce à un citoyen qui leur a cédé un garage et au courage de certains enseignants que les élèves de cette région, hautement historique et révolutionnaire, ont pu échapper à l’analphbétisme total.

Je constate, malheureusement, encore aujourd’hui que l’école ainsi que le centre de soins promis par le wali de l’époque ne sont toujours pas réalisés malgré les recommandations fermes de l’Apw.

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