• Accueil
  • > Recherche : dessin ville bgayet

Résultats de votre recherche

Bgayet. Histoire vraie de la table d’orientation située au Pic des Singes

Posté par Rabah Naceri le 24 juillet 2017

Table_2

  Table_4

Table_3

Beaucoup de personnes de la wilaya de Bgayet ou d’autres régions visitent le Pic des Singes et prennent des photos souvenirs à côté de la table d’orientation mais rares sont celles qui connaissent son histoire. Comme je suis directement impliqué dans sa réhabilitation, alors je me suis senti le devoir d’apporter quelques informations la concernant.

Il y a lieu de dire que la première table d’orientation qui a existé était l’oeuvre de l’armée coloniale avec le soutien de la municipalité bougiote. Malheureusement, cette table a souffert de la maltraitance de certaines personnes, qui ne connaissaient certainement pas l’intérêt d’une telle oeuvre. Au fil des années, cette table a pratiquement disparu du socle et beaucoup de personnes ont continué à visiter le site sans se désoler de la disparition de cette table d’orientation puisque aucune trace de celle-ci ne subsistait pour leur rappeler son existence.

A la faveur du classement du massif du Gouraya en Parc National, celui-ci bénéficia d’un budget qui devait servir à sa mise en défens et à sa mise en valeur sous la direction éclairée de Monsieur Ali Mahmoudi. La réhabilitation de la table d’orientation figurait dans le projet de développement du PNG. C’est ainsi que le directeur du PNG avait contacté un artiste reconnu, natif de la ville, Nouredine Bouzidi, assisté d’un autre artiste Khoudir Bourihane pour étudier la possibilité de recréer une table d’orientation sur la base des photos, gravures et documents disponibles fournis par le directeur du PNG.

Un jour, le jeune artiste, Khoudir Bourihane, est venu me solliciter, en ma qualité de Président d’Apw (1997 – 2002), pour financer la confection de cette nouvelle table d’orientation du moment que les aménagements de la placette qui devait recevoir cette oeuvre sont déjà lancés par le PNG. Il me proposa également que les noms des lieux, sommets, crêtes, etc….soient transcrits avec leurs appellations locales, c’est à dire en Kabyle. J’ai tenu à apporter cette précision  car l’ancienne table d’orientation que les militaires français ont réalisé, tous les noms de lieux ont été arabisés:oued au lieu de assif, djebel au lieu de adrar, beni au lieu de aït, etc…
J’avoue que j’ai adhéré pleinement à cette proposition et je leur ai accordé mon accord de principe en attendant son inscription à l’ordre du jour d’une session Apw pour délibération et exécution.

L’artiste m’a suggéré la confection de trois galettes, composée de portions, pour pouvoir les remplacer en cas de destruction ou de saccage d’une partie ou de la totalité. Le coût de réalisation des 3 galettes a été évalué à 27 millions de centimes. Après l’accord de principe, les deux artistes se sont lancé dans les recherches et les enquêtes, qui ont duré des semaines, sur les lieux qui bordent le golf de Bgayet  pour actualiser les noms des crêtes, des collines, des rivières, des talwegs, etc…

L’inscription du financement de cette table d’orientation a été faite dans des délais très courts et son adoption par l’assemblée de wilaya ne posa aucune difficulté de la part des élus. La délibération a donc été rapidement exécutée et la somme, grevée d’affectation spéciale, a été versée dans le compte bancaire du PNG qui, à son tour, remettra le montant représentant les honoraires de l’artiste.

Quelques mois plus tard, l’assistant de Nouredine Bouzidi, se présenta à l’Apw pour m’informer que la table d’orientation a été fixée sur son socle et que je pouvais la voir sur site et que les deux autres répliques sont confiées à la direction du PNG.
Le lendemain, je me suis fait conduire jusqu’au site et je fus émerveillé par la belle réalisation artistique. J’ai, toutefois, relevé une anomalie que je n’ai pas manqué de signaler à l’artiste et au directeur du PNG. Il a été mentionné que cette table a été sponsorisée par l’Apw et l’Apc de Bgayet alors qu’elle n’a été financée que par l’Apw et que l’Apc est totalement écartée.
L’explication qui m’a été donnée n’était pas du tout convaincante, car subjective. Soi-disant le périmètre du PNG se trouvait dans le périmètre de la commune de Bgayet. Pour éviter d’avoir à refaire d’autres galettes aux frais de l’artiste, j’ai préféré laisser passer l’erreur.

Le clou de l’histoire.

Le clou de l’histoire, c’est lorsque le wali de l’époque (ce même commis de l’Etat, alors qu’il était Drag à Bgayet, qui a traité les caractères amaziɣ de caractères distinctifs et qui a sommé tous les propriétaires de bus de voyageurs d’effacer toute trace de cette langue sous peine de poursuites judiciaires et de mise en fourrière du véhicule) a appris la nouvelle de la fixation de la nouvelle table d’orientation avec l’amaziɣisation des noms des lieux, il piqua une crise rouge et qu’il m’a fait parvenir, par un messager, de sa ferme décision de la démolir pour la remplacer par celle des militaires français où les noms étaient arabisés.
Je lui ai fait parvenir ma réponse par le même canal que la table sera maintenue comme elle est et que personne n’a intérêt à la modifier.

Telle est l’histoire exacte de la table d’orientation que vous avez le plaisir de voir et de prendre en photo lorsque vous visitez le célèbre Pic des Singes.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Je vous donnerai ci-dessous l’histoire détaillée de l’ancienne table d’orientation de Bougie, celle qui fut la première table d’orientation d’Afrique, telle que rapportée par notre ami journaliste M.A.H.

Installée en 1934, cette œuvre d’exception fait partie du patrimoine historique de Béjaia. Retour sur l’art spécifique de sa fabrication et la genèse singulière de son acquisition.

Surplombant la ville de Béjaïa, le mont Gouraya fascine le regard, par son ampleur et sa crête décharnée de calcaire rocheuse, façonnée des mains de la nature. Du sommet jusqu’à la pointe du cap Noir, elle s’abaisse par ressauts successifs de sept monticules juxtaposés, que les Béjaouis appellent «Sebâa Djebilat».

L’un d’eux est le Pic des singes, puissant piton en forme de coupole, qui domine la mer de 430 mètres et dont la masse imposante émerge des profondeurs abyssales, où il plonge d’un trait. Du plateau des ruines, où s’achève la route carrossable issue de la ville, s’ouvre un chemin facile qui mène à ce promontoire remarquable.

De ce poste de dune, où l’on trouve une table d’orientation, les alentours paraissent écrasés ; le vertige surprend le flâneur. Un panorama impressionnant s’offre à l’œil envoûté. D’un côté, la mer insondable ; en contrebas, les trois caps du Carbon, Noir et Bouack et la vallée des singes ; de l’autre côté, l’immense golfe de Béjaia, que bordent l’élévation et la raideur de la chaine des Babors.

Par beau temps, le regard s’étend au-delà de l’extrémité orientale du golfe, à plus de cent kilomètres, vers Jijel. Une initiative touristique Longtemps inaccessible, le «pic des singes» doit son nom aux multiples quadrupèdes qui y trouvaient refuge.

Table En 1924, après la constitution du Parc national de Gouraya, Félix Borg, alors président du syndicat d’Initiative de tourisme de Bougie, et également maire de la ville, eut l’idée de rendre ce pic accessible aux touristes. Pour la réalisation de ce projet le maire reçut le soutien de Victor Boutilly, alors directeur du service des Eaux et forêts en Algérie, qui cherchait également à promouvoir les points les plus pittoresques des parcs nationaux du pays. Ce dernier chargea M.Lafage, inspecteur principal du service des Eaux et forêts à Bougie, de diriger aussi bien le décapage du sommet que l’ouverture du chemin d’accès à ce piton, à partir du plateau des ruines.
Les coups de mine pour ce travail difficile commencèrent en 1924. Quelques années plus tard, Félix Borg, qui œuvrait toujours avec son syndicat pour favoriser le tourisme dans la région, songea à agrémenter la plate-forme du pic d’une table d’orientation paysagère. Cette petite construction à vocation touristique devait permettre aux excursionnistes d’identifier le paysage contemplé par une simple lecture directe.

Pour financer sa fabrication, il s’adressa au Touring-Club de France, association dont le but principal était de développer le tourisme sous toutes ses formes. La commande du disque de lave émaillée ne s’effectua pas sans difficultés. À maintes reprises, Félix Borg fit photographier un tour d’horizon pour rendre le travail du dessinateur possible, mais les tirages manquaient systématiquement de netteté à cause du ciel, toujours brumeux, de la région. On dût, alors, faire appel à Jacques Bouteron, géomètre à la Direction du service topographique à Alger. Dessinant, enfin, un tour d’horizon parfait, ce dernier permit en 1933 son report sur un disque en lave émaillée, confectionné par la manufacture Seurat de Saint-Martin, près de Riom, dans le Puy-de-Dôme, en France. Réputée pour son savoir-faire dans ce domaine, cette manufacture réalisa notamment la «première » table d’orientation en lave émaillée et fabriqua aussi celle destinée à la terrasse du magasin La Samaritaine de Paris.

Le Touring-Club de France chargea Fernand Bouscasse, son délégué à Bougie, d’offrir la table d’orientation au président du syndicat d’Initiative de la ville. Une cérémonie d’inauguration eut lieu le 16 mai 1934, devant une foule considérable et en présence du sous-préfet de Constantine, M. Richardot. La table d’orientation du pic des singes fut la première à être installée en Algérie, et même sur le continent Africain !

Aujourd’hui disparue, une plaque commémorative, en marbre blanc, fut posée sur le parapet clôturant le Belvédère, pour immortaliser les participants à ce projet audacieux. Le pic des singes devint, alors, une destination prisée des touristes, autant que le cap Carbon ou le fort Gouraya. Une rénovation discutable.

Après l’indépendance de l’Algérie, la table d’orientation, malheureusement délaissée, subit de multiples détériorations. Malgré sa dureté, la lave de Volvic fut en grande partie cassée. En 1999, la wilaya de Béjaia entreprit son remplacement, et le Parc national de Gouraya se chargea de la réparation du chemin qui y mène. Par précaution, la wilaya commanda trois nouvelles tables à l’artiste Nouredine Bouzidi. Ce dernier voulait que ses œuvres soient «des tables actualisées et améliorées». Il les a enrichies de noms de localités qui n’existaient pas à l’époque coloniale, ou qui ont été rebaptisées depuis. Il retranscrit, également, les indications topographiques en berbère, avec lettres latines.

Malgré l’initiative louable de la wilaya, et la bonne volonté de l’artiste, la table établie actuellement au pic des singes ne parait pas égaler l’originale par sa qualité de fabrication et son esthétique. A la différence de l’ancienne oeuvre, faite d’un seul bloc d’un mètre de diamètre de lave émaillée, la nouvelle fut fabriquée par juxtaposition de «dalles de sol», sectionnées en huit secteurs circulaires, émaillées, dessinées et scellées sur le socle. Il en résulte des joints trop visibles et un assemblage peu soigné, de l’aveu même de Nouredine Bouzidi.

Les faits eux-mêmes confirment l’inadéquation du matériau utilisé : un exemplaire de la nouvelle table a déjà été cassé et remplacé en 2003. L’adoption d’une solution inappropriée pour la rénovation de la table proviendrait sans doute d’un choix trop précipité. C’était oublier qu’une telle réalisation exige un investissement concerté et une fabrication minutieuse ! Il est fort dommage également que l’on ait occulté la valeur patrimoniale que revêt la table d’orientation du Touring club de France. Avoir une table offerte par cette association de renom est une reconnaissance pour l’exceptionnel site panoramique dont bénéficie la ville. Une distinction dont Béjaïa pourrait encore s’enorgueillir. C’est donc une restitution à l’identique qu’il aurait fallu réaliser tout en actualisant les noms de localités. Il viendra sûrement un jour où la question de cette restitution se posera et s’imposera alors le recours à la lave de Volvic et au savoir-faire unique de ses usines d’émaillage.

Peu de gens connaissent l’histoire de cette œuvre d’art que nous venons de relater. Que les touristes de passage au parc national de Gouraya ne manquent pas de faire l’ascension du pic des singes, ils y découvriront un des plus beaux panoramas d’Algérie ainsi que la nouvelle table d’orientation qui leur rendra compte de la totalité du paysage. Sur la même route qui mène au site, une visite de l’écomusée du Parc leur permettrait de redécouvrir, sous une des vitrines de la salle d’exposition, l’ancienne table mutilée du Touring Club de France, que le directeur du PNG a eu la bonne idée de conserver.

La fabrication de la lave émaillée

Les tables d’orientation installées par le Touring club de France étaient en lave émaillée de Volvic, généralement de forme circulaire d’un mètre de diamètre et scellé sur un pied en béton. Leur fabrication était assurée par des usines se trouvant dans le département du Puy-de-Dôme. Table_6
D’abord extraite des carrières des volcans d’Auvergne, la lave était tranchée en scierie. Travaillée en un seul monolithe, cette pierre était ensuite émaillée. Un dessin en couleurs était reporté sur le disque, le tout était cuit à plusieurs reprises. D’une très longue longévité, la lave émaillée reste la meilleure solution pour fabriquer des tables d’orientation. Elle est totalement inaltérable par le gel, les acides et les rayonnements solaires. Elle résiste aux rayures et aux chocs des cailloux qui ne laissent que de petites traces au point d’impact. Seule une agression violente à la masse ou au burin peut l’altérer.

Les tables d’orientation du touring club de France en Algérie

C’est au début du XXe siècle que le Touring club de France prit la décision d’installer des tables d’orientation dans des lieux réputés pour la beauté de leur panorama. Les premières d’entre elles furent établies par cette association en 1903. Elle en réalisa près de 168 à travers le monde jusqu’en 1970. En Algérie, la table d’orientation du pic des singes fut la 119e à être installée. Trois autres tables furent ensuite établies à Aïn N’sour dans le massif du Zaccar en 1936, à l’ermitage du Père Foucauld à l’Assekrem dans l’Hoggar en 1939 et à Constantine sur l’esplanade du Sidi-M’Cid en 1952. D’autres encore furent érigées par l’administration des eaux et forêts, notamment au col de Chréa, près de Blida. Grâce à leurs sites isolés, les tables de l’ermitage du Père Foucauld et d’Aïn N’sour sont toujours bien conservées contrairement à celle de Constantine qui est partiellement dégradée.

M.A.H
Sources : Fond d’archives du Touring Club de France au centre des Archives contemporaines à Fontainebleau.

Publié dans 1. AU JOUR LE JOUR | Pas de Commentaires »

Gehimab célèbre le 115è anniversaire du séjour à Bgayet de l’Archiduc d’Autriche Louis Salvator de Habsbourg.

Posté par Rabah Naceri le 12 novembre 2012

  Gehimab célèbre le 115è anniversaire du séjour à Bgayet de l'Archiduc d'Autriche Louis Salvator de Habsbourg. dans 1. AU JOUR LE JOUR djamil

(Par Fayçal Métaoui). Djamil Aïssani est président de l’association Gehimab (Groupe d’études sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale) de Bgayet. Il est également responsable du laboratoire de recherche Lamos (optimisation des systèmes) de l’université de Bgayet. Il organise cette semaine la célébration du 115e anniversaire du séjour à Béjaïa de Louis de Habsbourg, archiduc d’Autriche. Gehimab célèbre cette année ses vingt ans d’activités.

-Pourquoi cet intérêt pour Louis Salvator de Habsbourg ?

Louis de Habsbourg  était venu à Béjaïa en 1897 pour y rester quelques mois. Il avait réalisé une trentaine d’illustrations sur des sites de cette ville et sa région, qui ont été publiées dans le livre Bougie, la perle de l’Afrique du Nord. Actuellement, aux îles Baléares, à Prague et à Vienne, on célèbre le centenaire de la mort de Habsbourg. Ils ont construit un yacht qui s’appelle La Nixe III, lequel va refaire son parcours en Méditerranée. Le yacht arrivera au port de Béjaïa le lundi 12 novembre. Le 14 novembre, des conférences seront présentées dans la matinée au théâtre Abdelmalek Bougourmouh de Béjaïa. Elle seront notamment animées par les Espagnols Carlo V. Grignalo et Juan Ramis, l’Autrichienne Helga Schwendinger, le Français Yves Bodeur, et l’Algérien Ahcène Abdelfettah. Nous allons aussi faire le vernissage de l’exposition «Ludwig Salvatore von Habsburg, Toskana à Bougie : gravures et témoignages». Lire la suite… »

Publié dans 1. AU JOUR LE JOUR | 2 Commentaires »

Visite historique Bgayet, âge d’Or et de Lumière

Posté par Rabah Naceri le 3 avril 2011

bgayetbougie.jpg 

Bgayet (Berbère), Vaga (phénicien), Saldae (romain), Naciria (au temps du prince Nacer), Bougie, Bugia, Buggea, Béjaïa (arabe) est réputée pour avoir été le lieu de naissance des bougies et de diffusion des mathématiques et des chiffres arabes en Europe.

bgayetnaceria1.jpg          (Par Nadia Agsous). Point de contact entre le Maghreb et l’Europe, Bgayet a entretenu des relations commerciales et diplomatiques avec Pise, Gênes, Majorque, Catalogne, Marseille, Venise. Lieu de dialogue inter-religieux, elle a réuni des savants musulmans et chrétiens. Centre d’enseignement supérieur, elle était connue pour ses institutions de renommée, telles que la Grande Mosquée, Madinat El’Ilm, l’Institut Sidi Touati, la Khizana Sultaniya. Et il a fallu attendre 2007 et notamment la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe» pour que l’histoire de cette ville-lumière soit rendue publique grâce à l’exposition organisée par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) en collaboration avec le Groupe d’études sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale (Gehimab).

Lire la suite… »

Publié dans 3. CULTURE & EDUCATION | 2 Commentaires »

Mille ans d’astronomie à Bgayet

Posté par Rabah Naceri le 6 mars 2010

Une Ville – lumière 

Elle n’éclairait pas seulement par ses « bougies » mais par les sciences et la culture. Un document à lire absolument sur le niveau atteint par nos anciennes cités

Située au cœur de l’espace méditerranéen et ancienne capitale du royaume hammadite, la ville de Béjaïa (Bougie, Bugia, Bgayet, Buzzea) – qui donna son nom aux petites chandelles et à partir de laquelle les chiffres arabes allaient être popularisés en Europe – fut, à l’époque médiévale, l’un des centres culturels et scientifiques les plus dynamiques du Maghreb. Elle était le pôle d’attraction de l’élite intellectuelle (musulmane, chrétienne et juive) qui venait y poursuivre des études, débattre des idées, faire des recherches et des observations astronomiques (1). Après la destruction de la ville par les Espagnols, au début du XVIe siècle, le relais, dans le domaine de l’astronomie, est assuré par la province. C’est l’épopée des zaouïa ou instituts de la Kabylie.

Des traités sont rédigés qui permettent aux lettrés locaux de transmettre le savoir. Le niveau de connaissances de ces lettrés du XIXe siècle, ainsi que leurs pratiques, peuvent être appréhendés en analysant le contenu de la Bibliothèque savante de manuscrits de Cheikh Lmuhub, exhumés en 1994. Les pratiques anciennes perdureront jusqu’à la formation des premiers astronomes contemporains au début du XXe siècle. La prédiction de l’apparition des croissants lunaires, l’orientation (direction de La Mecque), ainsi que la détermination des instants de prières ont de tout temps constitué la préoccupation majeure des musulmans. Or, les heures des prières, par exemple, sont en relation directe avec la hauteur du soleil, et varient suivant la latitude du lieu et la déclinaison du soleil.

La pratique de l’astronomie était donc nécessaire, et de nombreux instruments d’observation portatifs (astrolabes, cadrans solaires) furent fabriqués et développés. On verra même naître au XIIIe siècle une discipline distincte, Ilm al-Miqat (la science des moments déterminés), qui s’occupe uniquement des prescriptions religieuses liées à l’astronomie. Les travaux sur l’astronomie dans les pays de l’Islam débutent au IXe siècle en Orient (Syrie, Irak), avec la traduction de l’Almageste de Ptolémée, célèbre astronome d’Alexandrie au IIe siècle. Dès le Xe siècle, cet ouvrage est connu au Maghreb, en particulier à Kairouan. Dans cette importante ville de l’Ifriqiya (ndlr : actuellement la Tunisie), fondée en 670, ont vécu un grand nombre de scientifiques.

On peut citer le célèbre astronome et astrologue Ibn Abi Ridjal (m. 1040), connu en Europe sous le nom d’Albohazen (ou Aben Rajel) (2). Il aurait assisté à des observations astronomiques faites à Baghdad en 989. Son principal ouvrage, Kitab al-Bari fi Ahkam al-Nudjum (L’Ingénieux en astrologie judiciaire), fut traduit en castillan pour le roi Alphonse X (vers 1254), et de là en latin (fig.1), en hébreu, en portugais, en français et en anglais. Ce remarquable ouvrage a joué un rôle important dans la diffusion de l’astronomie et de l’astrologie musulmanes en Europe. Suite à l’attaque des Hilaliens et à la ruine de Kairouan en 1057, l’élite savante de cette ville, et de l’Ifriqiya en général, est allée s’établir à Mahdia (Tunisie), la nouvelle capitale du royaume ziride, et à la Qal‘a des Béni Hammad (près de M’sila, en Algérie). C’est à Mahdia que travailla le grand astronome Abu l’Salt Umayya, qui rédigea au début du XIIe siècle un traité d’astronomie et une Risala fi `Ilm al-Asturlab (Traité sur l’usage de l’astrolabe). Cependant, suite à la menace toujours incessante des Hilaliens, c’est en 1067 que le prince al-Nasir transfère la capitale du royaume berbère des Hammadites de la Qal`a vers Béjaïa.

Cette ville profita ainsi de l’exode de l’élite savante de la Qal’a, parmi laquelle de nombreux mathématiciens. Elle fut dotée de beaux monuments et récupéra aussi des œuvres d’art provenant de la Qal’a. Elle devint alors une cité florissante. Plus tard, la Reconquista chrétienne, qui mettra un terme à la civilisation musulmane andalouse, va favoriser l’immigration de nombreux savants andalous à Béjaïa, parmi lesquels de nombreux astronomes et mathématiciens venus de différentes villes, notamment de Murcie, Séville, Valence et Jativa. En plus des facteurs déjà cités à l’origine de l’arrivée de l’élite savante à Bougie, cette ville, avec son port très actif, avait la particularité d’être un point de passage obligé sur la route Occident-Orient, notamment pour l’accomplissement du pèlerinage de La Mecque ou pour poursuivre des études.

Par ailleurs, la tolérance et le dynamisme des princes de Bougie, ainsi que la qualité des relations officielles nouées avec les républiques chrétiennes méditerranéennes (Gênes, Pise, Marseille, Venise, Catalogne, Majorque) qui conduisirent à la signature de nombreux traités (traités de paix, traités de commerce, traités sur les biens des naufragés, etc.), vont jouer un rôle majeur dans le processus de transmission du savoir musulman, mais cette fois-ci de Bougie vers l’Occident chrétien. C’est à Bougie, par exemple, que le fils d’un marchand italien, Leonardo Fibonacci (1170-1240), considéré comme le premier grand mathématicien de l’Occident chrétien, bénéficie d’un enseignement « admirable » (mirabili magisterio), selon son propre témoignage, en science du calcul et en algèbre. Il s’initie au système de numération, aux méthodes de calcul et aux techniques commerciales des pays de l’Islam. Il apprend à calculer les latitudes et les longitudes. De retour à Pise, c’est lui qui va faire connaître les travaux des musulmans et stimuler la renaissance des études mathématiques en Europe.

Bien avant Galilée

Bougie était célèbre par le niveau de son école. De nombreux astronomes célèbres y ont vécu et travaillé à l’époque médiévale. Les débats y étaient intenses. Citons un exemple de controverse : dans la classification faite par deux savants de Bougie, l’astronomie n’est pas intégrée à la même discipline ; pour Ibn Sab`in l’astronomie fait partie de la physique tandis que pour Ibn Khaldun, elle appartient aux mathématiques. Quelques connaissances et concepts de l’astronomie, profondément ancrés dans les esprits de cette époque et véhiculés au quotidien, nous donnent une idée du haut niveau d’instruction. Par exemple, dès le XIIe siècle, de nombreux lettrés de Bougie étaient convaincus de la sphéricité de la Terre et de l’énormité du Soleil (Ibn Sab’in, Ibn Khaldun, Ibn Sa’id, al-Gubrini et d’autres).

Par ailleurs, les instruments astronomiques ont atteint le haut degré de complexité et de perfectionnements que nécessite toute spécialisation. À Bougie, de nombreux spécialistes, tel al-Burji (1310-1384), assurent l’élaboration de ces instruments. Selon le témoignage d’Al-Idrisi (1100-1166), célèbre géographe du roi normand Roger II de Sicile, il y avait à Bougie toute une industrie « d’étranges et exceptionnels appareils ».

Parmi les réalisations de premier plan qui ont marqué la ville, citons les observations astronomiques d’Abu l’Hassan Ali et l’établissement de tables astronomiques par Ibn Raqqam (3). L’astronome marocain Abu l’Hassan Ali, originaire de Marrakech et grand voyageur, « a ajouté aux connaissances qu’il avait acquises celles des plus savants hommes des seules contrées où les sciences fussent alors cultivées avec succès ». Il s’exprime ainsi : « Nous avons écrit en encre rouge les noms des villes dans lesquelles nous avons été, et dont nous avons observé nous-même la latitude. »

De par son propre témoignage, nous savons qu’Abu l’Hassan (mort en 1262) se livra à des observations astronomiques à Bougie. Il observa la hauteur du pôle et détermina la longitude et la latitude de la ville (36° 5’). Il effectua le même travail, avec une précision bien supérieure à celle des anciens, pour 40 autres villes de l’Andalousie et de l’Afrique septentrionale. Il consigna ses observations dans un ouvrage magistral Jamiou al- Mabadi wa l’Gayiat fi `Ilm al-Miqat (Collection des commencements et des fins). Ce traité est divisé en quatre parties : la science du calcul, l’utilisation des appareils, et les études pour acquérir connaissance et puissance créative. L’ouvrage fut traduit partiellement au XIXe siècle par J. J. Sedillot, orientaliste et astronome français, qui affirme que « ce traité est le plus complet qui ait été composé sur ce sujet par aucun astronome de la nation musulmane ». L. A. Sédillot achèvera l’œuvre de son père en effectuant la publication, en 1841, du Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes.

C’est en 1266 que l’astronome Ibn Raqqam (mort en 1315) quitte son Andalousie natale pour se rendre à Béjaïa et s’y initier à l’astronomie. Vers 1280, il composa son célèbre ouvrage al-Zij al- Shamil fi Tahdib al-Kamil suivant la tradition de l’école initiée par le célèbre astronome andalou Arzachel (mort en 1100). Cet ouvrage comprend trois parties : la première est un abrégé du traité Al-Zij al-Kamil fi at-Ta`anim d’Ibn al-Haim (composé vers 1205-1206). La deuxième partie est une production d’Ibn Raqqam lui-même. Quant à la troisième partie, elle est consacrée aux tables astronomiques (Zij) permettant de prédire différents événements célestes (les éclipses, les passages des planètes…). Il serait intéressant par la suite de vérifier si ces tables conviennent vraiment à la latitude de Béjaia. Une copie de Al-Zij al-Shamil est répertoriée sous le numéro 249 au musée al-Kindili (Istanbul).

Plusieurs lettrés qui ont vécu à Bougie étaient versés en géographie. C’est le cas d’Ibn Sa’id al-Magribi (1214-1286) qui a composé un ouvrage de géographie en se basant sur les traités de Ptolémée, d’al-Idrisi, d’Ibn Fatima et d’al- Khawarizmi. Il fit accompagner les lieux les plus importants de leurs longitudes et latitudes. Ce qui le distingue de ses semblables est l’intérêt qu’il porte à l’Europe et aux pays non musulmans. L’oeuvre d’Ibn Sa’id semble avoir eu un impact très au-delà de la région. En effet, plusieurs chapitres de l’ouvrage d’Abu al-Fida’ (1271-1331), largement inspirés de celui d’Ibn Sa’id, ont été traduits et publiés en Europe.

Le métaphysicien Ibn Sab’in (1216-1270), disciple du grand astrologue al-Buni (m. 1225), est célèbre pour avoir répondu aux questions philosophiques que l’empereur Fréderic II de Hohenstaufen avait adressées au sultan almohade al-Rashid. Lors de son séjour à Béjaïa, il a composé un ouvrage sur l’utilisation de la Zayriya (instrument pour l’astrologie inventé au Maghreb au XIIe ou XIIIe siècle). Sous la forme d’un tableau circulaire, la pratique de cet instrument nécessite une bonne connaissance en astronomie.

Le célèbre philosophe catalan Raymond Lulle (1232-1316), adepte de l’astrologie, a effectué de nombreux voyages à Bougie. Il y aurait étudié les mathématiques vers 1280. C’est cependant son voyage de 1307 qui va être remarquable car, à cette occasion, eut lieu la seule discussion méthodique de Lulle avec un savant musulman dont il reste un compte-rendu. Cette discussion n’aura été possible que grâce à la bonne volonté des Uléma. Les travaux de Lulle à Bougie demeurent cependant difficiles à appréhender. Il semble qu’il ne se soit intéressé sérieusement à des travaux musulmans « que sous l’influence d’une certaine tendance missionnaire intellectuelle ». D. Urvoy considère que son univers scientifique va être dominé essentiellement par deux aspects qui peuvent sembler sans liens : l’importance des techniques maritimes, et surtout cartographiques, en Catalogne, d’une part, et un attachement important à l’occultisme (dont la pratique va se développer au XIVe siècle), d’autre part. De fait, Lulle va se limiter en mathématiques aux problèmes des figures spéculatives et, en astronomie, à la nature des corps célestes et aux jugements astrologiques.

Ibn Khaldun (1332- 1406), grand historien et philosophe maghrébin, enseigna à Béjaïa en 1365 et 1366. Dans ses écrits, il nous fournit de précieuses informations sur la transmission de la connaissance astronomique depuis l’Antiquité jusqu’à son époque. Imprégné par les idées de Ptolémée, Ibn Khaldun a montré dans Les Prolégomènes un niveau élevé de savoir en astronomie. Fidèle au dogme aristotélicien, il place la Terre au centre du monde (géocentrisme), et reprend en gros l’idée des huit sphères cristallines (celles des planètes, de la Lune, du Soleil et des fixes), des cercles excentriques et des épicycles. Cependant, il s’interroge sur leur véritable existence. Rappelons qu’un autre savant de Bougie, le cosmologiste Ibn ‘Arabi (1165-1240), expose un système différent du précédent (3). En plus des huit sphères cristallines, il ajoute une neuvième, la sphère environnante. Cette dernière, animée d’un mouvement de rotation (24 heures), entraîne avec elle toutes les autres sphères. Ainsi le mouvement de chaque sphère se décompose en deux : un qui lui est propre, appelé mouvement naturel, un autre qui lui est imposé.

Ibn Khaldun a consacré dans les Prolégomènes deux chapitres au problème des conjonctions de Jupiter et de Saturne. Concernant la forme de la Terre, Ibn Khaldun dit : « Dans les livres des philosophes qui ont pris l’univers pour le sujet de leurs études, on lit que la terre a une forme sphérique. » Toutefois, la sphéricité de la Terre était une idée admise, non seulement par Ibn Khaldun, mais aussi par de nombreux savants de Bougie, tel Ibn Sabin, bien avant Galilée. Un autre géographe important est l’amiral ottoman Piri Reis (1470-1554). Arrivé à Bougie vers 1495, c’est depuis cette ville qu’il part en expédition chaque été. La plus remarquable de ses oeuvres est la carte géographique du monde qu’il a établie en 1513 (peu de temps après la découverte de Christophe Colomb en 1492) et qui comporte, entre autres, les côtes de l’Amérique latine et de l’Afrique occidentale.

D’une très grande exactitude, cette carte montre que la technique de cartographie était très avancée à cette époque. Un peu plus tard, en 1521, il rédige un ouvrage intitulé Kitab-i-Bahriye (Le Livre de la Marine), qui comprend des descriptions et des dessins de la Méditerranée (villes et pays côtiers), ainsi que des informations sur les techniques de navigation et sur des sujets connexes, tels que l’astronomie nautique. Ses séjours lui permirent d’obtenir des informations précieuses grâce à ses discussions avec les captifs portugais et espagnols, dont certains avaient participé aux expéditions de Christophe Colomb. Rappelons qu’à cette époque les armateurs bougiotes pratiquaient la course (piraterie) avec beaucoup d’audace.

Suite à l’envahissement de Bougie par les Espagnols, en 1509, tous les établissements et les monuments de cette ville furent ruinés (la bibliothèque royale, les majestueuses mosquées, les prestigieuses écoles, les palais ornés d’arabesques et de mosaïques). Ces tragiques événements entraînèrent la mort de nombreux savants et la perte de leurs travaux. Les survivants de ce désastre se réfugièrent dans les montagnes environnantes de Kabylie. Du coup, des zaouïa (institut d’enseignement religieux et scientifique), autrefois peu connues, prirent de plus en plus d’importance. L’une d’elles se trouve à Akbou (Béjaïa). Selon certains témoignages, elle serait la première des zaouïa à caractère scientifique qui se sont développées en Algérie durant trois siècles consécutifs ; elle a permis, entre autres, la diffusion de l’astronomie et de l’arithmétique.

Des astronomes dans l’ombre

De nombreux lettrés kabyles ont rédigé des traités d’astronomie. Celui d’Ash Shellati (XVIIIe siècle) est sans doute le plus important. En ce qui nous concerne, ce dernier ouvrage nous a permis, plus que tout, de lever le voile sur les travaux de plusieurs astronomes de Béjaïa, restés jusqu’alors dans l’ombre. Actuellement, ce qu’on reproche le plus à ces astronomes, c’est de s’être limités à la fonction purement utilitaire de l’astronomie (calendriers, orientation, etc.) et d’avoir reproduit, sans aucune originalité, les travaux de leurs ancêtres. Muhammed ash-Shellati a rédigé vers 1778 un traité d’astronomie intitulé Ma’alim al-Istibsar (4). Il s’agit d’un commentaire du traité de l’astronome marocain as-Susi (mort en 1679), continuateur d’Abi Miqra (XIVe siècle). Ash-Shellati écrit : « J’ai intitulé mon livre Ma`alim al- Istibsar ». « Merci à Dieu… ». Il précise ensuite son objectif : « Un ouvrage utile pour les débutants comme moi, une clé permettant d’accéder à l’ouvrage d’as-Susi, mais également d’éclairer des points abandonnés ou ignorés (par as-Susi). »

L’une des particularités de cet ouvrage est qu’il permet de répertorier les différents événements astronomiques (étoiles nouvelles, comètes, éclipses, etc.). Ainsi, Ash Shellati rapporte que, vers la fin du mois d’août de l’année 1769, est apparue une comète avec une très longue queue dans la constellation du Taureau et qui changeait de position au fil du temps. Il s’agit certainement de la comète C/1769 P1, observée également à Paris au même moment. De plus, il mentionne l’apparition d’une deuxième comète, peu de temps après, observée, cette fois-ci, dans la direction du pôle Nord céleste.

Au XIXe siècle, l’année julienne, en retard d’une dizaine de jours sur l’année grégorienne, était toujours en usage en Afrique du Nord. Elle était utilisée pour tout ce qui concerne l’agriculture et les occupations journalières, et l’on employait l’année lunaire pour sa chronologie. De nombreux traités expliquent comment passer de l’une à l’autre. Grâce à eux, les lettrés locaux pouvaient fixer exactement cette concordance et concevoir des calendriers de l’année julienne. La découverte en 1994 par l’association Gehimab d’Afniq n’Ccix Lmuhub (Bibliothèque savante de manuscrits de Cheikh Lmuhub) à Tala Uzrar (Béni Ourtilane), permet aujourd’hui d’avoir une meilleure idée sur les connaissances en astronomie qui étaient à la disposition des lettrés locaux 5.

De nombreuses familles de Béjaïa possèdent des bibliothèques de manuscrits par héritage. Mais on sait, par expérience, que les Kabyles tiennent beaucoup à leurs vieux documents de famille. Du coup, de nombreux ouvrages et documents, qui pourraient servir l’histoire de cette glorieuse cité qu’est Bougie, restent encore à ce jour dans l’ombre. Au début du XXe siècle, l’astronomie moderne fait son apparition dans les montagnes de Kabylie. En effet, c’est à l’âge de 25 ans, après un passage de deux ans à l’université Zaytouna de Tunis, que Mulud-al-Hafidhi (1880-1948) rejoint l’université d’Al-Azhar au Caire où il réside durant 16 ans. Il regagne Béni Hafedh vers 1922 et enseigne alors dans plusieurs zaouïa (Illula, Tamokra…). Il y élabora le calendrier hégirien annuel et se chargea de l’annonce du début et de la fin du mois de Ramadhan en se basant sur ses propres données scientifiques. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.

Par Djamil Aissani, Mohamed Réda Bekli

Notes: 

(1) Gubrînî, Unwân al-Dirâya fî man Urifa min al-Mi’a al-Ssâbi’a bi-Bijâya, édité par A. Nouihad, Office Traduction et de Publication, Beyrouth (1969)

(2) David A. King, An overview of the sources for the history of astronomy in the medieval maghrib, 2e Colloque maghrébin sur l’histoire des mathématiques arabes, Tunis (décembre 1988).

(3) D. Aissani, Bougie à l’époque médiévale : Les mathématiques au sein du mouvement intellectuel, IREM de Rouen Ed. (1993), 112 pages. ISBN : 2-86239-049-6.

 (4) D. Aissani et M. R. Bekli, Le Traité Ma`alim al-Istibsar de l’Astronome ash-Shellati (XVIIIe siècle), Proceedings du Printemps de Cirta Eclosions Mathématiques et Philosophiques”, Département de Mathématiques Editions, Constantine, 2009, p. 1-14.

[5] D. Aissani et D. E. Mechehed, Manuscrits de Kabylie, Catalogue de la collection Ulhabib, C.N.R.P.A.H. Ed., Alger, 2009, 200 pages.

Publié dans | Pas de Commentaires »

Les sourds-muets de Bgayet face à la surdité de l’Etat

Posté par Rabah Naceri le 9 août 2009

langagesourds.jpg

Formation des sourds-muets à Bgayet :

Une école en quête de moyens

L’encadrement de l’école de formation au langage des signes, membres de l’Union des sourds-muets de la wilaya de Béjaïa, ne sait plus à quel saint se vouer. Malgré l’énergie et la volonté du personnel, cet établissement manque terriblement de moyens matériels et financiers.

C’est avec un strict minimum que cette équipe, composée de 16 encadreurs, 5 enseignants, dont deux jeunes femmes, et d’autres enseignants remplaçants, tente tant bien que mal d’enseigner ce mode d’expression. Créée en 2006, soit trois ans après la naissance de l’Union des sourds-muets de la wilaya, cette école a débuté dans le hall de la maison de la culture de la ville de Béjaïa. Mais les différentes activités qui s’y déroulent perturbent le bon enchaînement des cours, ce qui a incité les membres de l’Union des sourds-muets à louer un local. L’on compte cette année prés de 300 stagiaires dont une centaine ont l’ouïe saine. « Nous étions obligés de refuser un tas d’autres inscriptions à défaut de places » raconte Nadir Belabbas, président de l’Union des sourds-muets de Béjaïa. Selon notre interlocuteur, le premier objectif de l’école est « d’intégrer les sourds-muets dans la société ». Pour ce faire, des adultes et adolescents sourds de naissance y sont admis. Beaucoup d’interprètes sont aussi formés parmi les entendeurs.

Lire la suite… »

Publié dans 1.1. SANTE PUBLIQUE | 2 Commentaires »

3.2 L’histoire n’Bgayet par Nacer BOUDJOU

Posté par Rabah Naceri le 13 mai 2008

L’histoire de Bgayet rapportée par Nacer BOUDJOU

BGAYET : Grande dame des chandelles

27 janvier 2003 

               Bédjaïa, Bidjaya, Bgayet ou Bougie donne la main à deux temps différents : le passé et le présent. Elle réunit des vestiges antiques, médiévaux et des bâtiments clinquants. Il n’y a pas une place, pas une rue où on ne trouve une pierre de taille, un débris de rempart, un bout de piédestal, une trace de quai. A ce décor archéologique s’ajoutent des arbres centenaires et des plantes grimpantes qui enlacent le moindre pan de mur encore debout.

               Le site de la ville s’élargit vers la mer, contrasté par de hautes montagnes, les  » Babords « , et par la vallée de la  » Soummam « . On est pris d’émerveillement devant pareil spectacle. Très tôt Bédjaïa a attiré une population venant de la Méditerranée et des contrées lointaines continentales. Sa fondation a débuté par une légende, comme ce fut le cas de toutes les capitales glorieuses. « Hercule, avant d’aller à Gibraltar édifier Tanger et poser les bases des fameuses colonnes auxquelles il a laissé son nom, aurait habité la grande grotte qui s’ouvre au-dessus du village Dar-Nacer et dont on n’a jamais pu atteindre le fond. Il aurait tellement importuné les habitants Imezzayen, forcés de subvenir à sa voracité, que ceux-ci lui préparèrent un plat de fèves et d’étoupe fort épicée qui faillit l’étouffer. Forcé de descendre à la rivière pour étancher sa soif, il aurait remonté le cours, faisant sensiblement baisser son niveau dans sa course effrénée, et aurait disparu de la région.»

               La tradition prétend que la ville de Bgayet a été renversée sept fois par des guerres ou par des tremblements de terre. Ainsi ravagée et ayant passé par les mains de tant de conquérants, il n’est pas surprenant de voir toutes ses antiquités enfouies sous un monceau de ruines. A la mairie se trouve une superbe mosaïque de la période romaine, découverte en 1891 sous les fondations de l’hôpital civil, près de l’ancien  » Palais de l’Etoile « . Le port de pêche se trouve tout près, au pied de Sidi Abd al Kader. Les promeneurs, les oisifs, les pêcheurs du dimanche prennent place à même les cageots de poissons entassés. A la tombée de la nuit, les embarcations rentrent paisiblement, écrasées sous le poids de leurs prises au large des côtes du  » Saphir  » et de  » l’Emeraude « . La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : une baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large Nord-Ouest par l’avancée du ’’Cap Carbon’’, de 220 mètres de hauteur. Un site remarquable dans l’une des plus belles baies du littoral Nord Africain, dominé par les montagnes des ’’Babors’’ touchant le ciel. Le second avantage est qu’il se trouve au débouché d’une vallée large et longue, constituant un véritable couloir vers le sud -ouest . A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par d’énormes cuves à pétrole, éclatantes au soleil de midi. Elles sont reliées par une conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville, et qui dort tranquillement au pied de la falaise où une carrière était autrefois exploitée. En haut de la ville, vers le quartier ’’Karamane’’, ancien quartier des juifs, se trouve le petit marché et la mosquée Sidi Soufi. Vu d’en haut, une rade merveilleuse nous rappelle à la fois le golfe de Naples et le lac de Genève. Un voyageur princier, l’archiduc Salvator d’Autriche, la surnomma « Perle de l’Afrique du Nord « . Des découvertes récentes, faites dans des grottes d’accès difficile, ouvertes sur les flancs du ’’Gouraya’’, à une altitude de 663 mètres, ont démontré qu’à l’époque préhistorique, ce coin du littoral avait dû être occupé par d’importants groupes humains. Le passage des libyens et des phéniciens y est révélé par les tombeaux (les Houanet) creusés à même la roche, que l’on aperçoit tout près de Bgayet, dans la vallée des ’’Aiguades’’. La bibliothèque de la mairie, aménagée comme une grotte, avec un jardin et une terrasse qui s’ouvre sur la mer, nous revient en mémoire. C’est là que l’on s’était initié à l’histoire de Bgayet. Dans cette grotte où des vestiges, des amphores, des objets hétéroclites, éparpillés volontairement, nous invitent à nous interroger sur le passé et le destin de la ville.. L’origine du nom de ’’Bougie’’ nous a toujours paru un mystère. Le Dictionnaire de Littré, après maintes citations, nous en donne une datant du XIIIe siècle, puis une autre du XVe siècle. « A Jehan Guérin, en faveur de ce qu’il a apporté à Madame des chandelles de Bougie qu’envoyait à la dite Dame le Comte de Beauvais ». Le Littré termine par une définition : « Bougie, ville d’Algérie où l’on fabriquait cette sorte de chandelle ». « La Fontaine ayant par ailleurs précisé que la bougie, se fait avec la cire d’abeilles ». En fait ’’Bougie’’ exportait aussi de la cire d’abeilles vers Gênes (en Italie) où se trouvaient d’importantes fabriques de chandelles. Du reste, Ibn Khaldoun nous dit à ce sujet : « Bedjaïa est une localité habitée par une tribu berbère du même nom. Chez eux Bedjaïa s’écrit Bekaïa et se prononce Begaïa. En l’an 1067-1068, le sultan En-Nacer s’empara de la montagne de Bougie, localité habitée par une tribu berbère du même nom, et y fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En-Naceria, mais tout le monde l’appelle Bougie, du nom de la tribu ». Toutefois, Bougie ou Bédjaïa s’appelle jusqu’à ce jour Bgayet en berbère. Ses habitants s’appellent Ibgaytiyen, pour le féminin pluriel Tibgaytiyin. En masculin singulier Abgayti, et féminin singulier tabgaytit. On a donné le même nom Abgayti à une variété de figue noire, cultivée dans la région. Dans la bibliothèque de la mairie, on trouve des cartes maritimes, des plans, des estampes qui représentent la ville. Les cartes maritimes (portulans) dressées par les navigateurs du Moyen-Age de 1318 à 1524, orthographiaient ainsi le nom de cette ville, fréquentée alors, comme on le sait, par les commerçants du midi de l’Europe : Bugia, Buzia, Bugea, Buzana. Il est admis que c’est de ces noms de Bugia et Buzana que dérivent ceux, aujourd’hui usuels, de Bougie et de Basane. Les cuirs et peaux de Bougie ou Buzana étaient également l’objet d’un grand commerce, et c’est de là qu’est venu le nom de Basane.

               Tour à tour, la ville de Bougie fut un petit port durant la période des royaumes berbères. Elle fit partie du domaine de Juba, puis de la Mauritanie tout court. Elle fut ensuite Césarienne en 33 avant notre ère, sous l’empereur Auguste qui a installé une colonie de vétérans, la tribu Arnienne identifiée par les pierres votives. Cette cité porte le nom de Saldae, et ses habitants le nom de Salditains. Elle était limitée à l’est par l’Amsaga (Oued Kebir). Une inscription du second siècle qualifie Saldae de  » Civitas Splendidissima « , Colonia Julia August Saldantium. D’après Léon Renier, cette inscription a été transportée à Paris, au musée algérien du Louvre. Plusieurs amphores, des mosaïques, des chapiteaux, des pièces de monnaies ont été trouvées par les archéologues lors de récentes fouilles. Okba Ibn Nafaa, en 670, et Moussa Ibn Nouçaïr, en 700, s’emparèrent tour à tour de Bougie. D’après Abou al Feda, tout le massif de montagnes qui entourait Bougie, pendant les premiers siècles de la domination musulmane en Afrique du Nord, était appelé « Al Adaoua », la terre ennemie, épithète qui présente une certaine analogie avec le nom de « Mons Ferratus », la montagne bardée de fer, que les romains donnaient à cette région indépendante.

               Une quantité de livres aux pages jaunies, rangés dans des rayons poussiéreux de la bibliothèque de la mairie attire notre attention. Délicatement nous tournons les feuilles fragiles à la manipulation en les dévorant des yeux. Tout au long des illustrations en noir et blanc, en couleur sépia de la lithographie ou de la pointe sèche, l’histoire de Bougie défile. Les habitants de la région racontent que « lorsque les armées musulmanes eurent envahi tout le pays compris depuis Constantine jusqu’à Sétif, les survivants de la population chrétienne de ces deux villes et les habitants des plaines voisines, qui refusèrent de reconnaître l’autorité des musulmans et d’embrasser leur religion, se réfugièrent dans les montagnes du côté de Bougie. Ces émigrés, d’origines diverses, unis par une commune adversité, fusionnèrent en un seul peuple, et leur retraite, au milieu de ce fouillis de ravins et de rochers, fut respectée, parce que, pour les musulmans, dont la force consistait surtout en cavalerie, ce pays était inexpugnable. On s’est longuement promenés dans les quartiers les plus famés de Bougie, essayant de retrouver les traces de ce que fut jadis cette ville qui a vu des princes, des érudits, des savants, des poètes y séjourner. C’est à travers nos allées et venues que l’on a pu connaître les fondateurs de cette ville, capitale de l’Algérie orientale. On apprit donc que c’est Al-Nacir, prince Hammadite qui, face au danger que les Banu Hilal faisaient peser sur la Qalâa des Banu Hammad qui se trouvait sur les hauts plateaux à proximité de Sétif, a fondé Bidjaya. Elle fut un refuge pour les Hammadites, comme Mahdia le fut pour les Zirides. « Ce fut sous le règne de ce prince que la dynastie hammadite atteignit le faîte de sa puissance et acquit la supériorité sur celle des Badisides (Zirides) de Mahdia » a écrit Ibn Khaldoun. Pour sceller la paix retrouvée entre les Zirides et les Hammadites, Tamim donna en mariage sa fille Ballara à Al-Nacir. Elle quitta Mahdia (Tunisie) accompagnée d’une importante escorte, avec un trousseau d’une valeur inestimable. Al-Nacir lui édifia à Bidjaya de grands palais cernés de verdoyants vergers où croisaient le myrte et les arbres fruitiers, sous lesquels l’eau coulait à profusion, au milieu des parterres fleuris. La princesse Ziride donna à Al-Nacir de nombreux fils dont le plus célèbre fut Al-Mançur. Selon Ibn Khaldoun : « Al-Nacir bâtit à Bidjaya un palais d’une hauteur admirable qui porta le nom de  » Palais de la Perle « . Ayant peuplé sa nouvelle capitale, il exempta les habitants d’impôts et, en 1069, il vint s’y établir lui-même. Cet Emir érigea des bâtiments magnifiques, fonda plusieurs grandes villes et fit des expéditions nombreuses dans le Maghreb ». Un certain Hammad, le Hafside, révèle une description minutieuse et grandiose de An Naciriya : « Du côté de la ville, du côté qui fait face au couchant et au midi, les ouvriers envoyés de Gênes élevèrent d’abord une tour majestueuse que l’on nomma  » Cheuf Er Riad  » ( l’observateur des jardins). Cette tour protège trois portes dont la principale  » Bab al Benoud  » ( la porte des armées ) était monumentale, garnie de grandes lances de fer, et se trouvait encadrée par les bastions. Elle ouvrait du côté des jardins de l’Oued al Kebir. Au sommet de cette tour existait un appareil à miroirs correspondant à d’autres semblables établis sur différentes directions. C’est pour cela que la tour du  » Cheuf Er Riad  » fut également nommée  » al Menara «  ». Le prince En-Nacer contraignit, en outre, tous ses sujets à construire des maisons, et pour que l’insuffisance des matériaux ne devint pas une excuse à la lenteur des travaux, il prit la décision que : « Tout individu qui voudra pénétrer dans la cité, sera tenu d’y apporter une pierre ; ceux qui ne se conforment pas à cet ordre, paieront un droit d’un Naceri ». Le Naceri était une petite monnaie en or, frappée au coin du prince, de la valeur de 4,50f à 5 F, environ 1 € (se trouve actuellement au musée des Antiquités d’Alger). Ibn Hamdis-Al-Siquili, né à Syracuse en Sicile, en 1055, devint le poète du prince Hammadide. Il évoque les splendeurs de Naciriya, de ses palais, des « Vasques aux bords desquelles sont assis des lions qui alimentent de leurs gueules la fontaine, avec de l’eau qui ressemble à des lames de sabres fondues ». Il décrivit le talent des artistes qui avaient travaillé pour l’embellissement du palais : « Les artistes appliquant leurs pinceaux à cette salle y ont offert la représentation de toutes les bêtes qu’on chasse ». « On dirait que le soleil y possédait un encrier grâce auquel ils ont tracé des arabesques et des arborescences. « L’Azur y semble ciselé par les dessins alignés sur la feuille du ciel ». Les jardins odoriférants l’ont subjugué. Ibn Hamdis les a aimés, les a décrits. Sa muse l’a accompagné durant toutes ses promenades : « Dans un jardin opulent, paradisiaque entouré du souffle léger des vents et des plantes odoriférantes ». « Que ses oranges, qui semblent avoir été confectionnées avec du feu, font flamber inopinément ». « On croirait voir des boules d’or rouge dont les sceptres ont été fabriqués avec les rameaux ». Le regard du poète de Syracuse s’est beaucoup attardé sur les portes du  » Palais de la Perle «  : « Sur le placage d’or des portes on a gravé toutes sortes de dessins ». « Les clous d’or y ressortent, de même que les seins se dressant sur la poitrine des Houris ».. Les terrasses du palais ne sont pas oubliées par une description à fleur de l’âme : « Et lorsque tu jettes les yeux vers les merveilles de sa terrasse, tu y vois des jardins qui verdoient dans le ciel »l. « Et tu t’étonnes des hirondelles d’or qui volent en cercle pour bâtir leurs nids sur son faîte ». De fameux jardins ont été créés : le Badiâ à l’Ouest, le Rafiâ à l’Est. Pour al-Idrisi, le géographe du roi Roger II, Bougie est « la ville principale, l’œil de l’Etat Hammadide ! » Les demeures royales de Palerme s’inspirent des palais de Bougie. Huit portes pourraient être identifiées à travers la ville dont : Bab Amsiwan à l’Est, sur la route qui mène à la vallée des singes, Bab al Bunub, à l’emplacement de la porte Fouka, Bab al Luz, sur la même face, mais plus bas que Bab al Bunub. Un vieux manuscrit nous parle de ces portes : « Celle du Prétoire Royal qui se trouvait en face de  » Bab al Bunub « , la porte des étendards que l’on appelle familièrement aujourd’hui porte Fouka. C’est là que le sultan s’asseyait en son trône faisant face à celui qui entre dans la ville durant les jours de foire et les jours d’arrivées des caravanes, et pour assister aux fêtes. Cette salle est l’un des plus admirables prétoires royaux et un des plus magnifiques édifices qui attestait le caractère imposant de la royauté et de la majesté du pouvoir ». Bgayet ou Naciria s’est ouverte à toutes les populations venues de par la Méditerranée pour des raisons commerciales ou simplement pour y vivre. Les chrétiens y avaient leur église car les relations entre le prince Hammadite En-Nacer et le pape Grégoire VII étaient très courtoises. Une correspondance nous le montre d’une manière éloquente.

pape.jpg

serviteur.jpg

salut.jpg

               « Votre Noblesse nous a écrit cette année pour nous prier de consacrer évêque, suivant les constitutions chrétiennes, le prêtre Servand, ce que nous nous sommes empressés de faire, parce que votre demande était juste. Vous nous avez en même temps envoyé des présents, vous avez par déférence pour le bien heureux Pierre, prince des apôtres, et par amour pour nous, rachetés les chrétiens qui étaient captifs chez vous et promis de racheter ceux que l’on trouverait encore. Dieu, le créateur de toutes choses, sans lequel nous ne pouvons absolument rien, vous a évidemment inspiré cette bonté et a disposé votre cœur à cet acte généreux. Le Dieu tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu’aucun ne périsse n’approuve en effet rien davantage chez nous que l’amour de nos semblables, après l’amour que nous lui devons, et que l’observation de ce précepte : Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent. Nous devons, plus particulièrement que les autres peuples, pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous qui, sous des formes différentes adorons le même Dieu unique, et qui chaque jour louons et vénérons en lui le créateur des siècles et le maître du monde. Les nobles de la ville de Rome, ayant appris par nous l’acte que Dieu vous a inspiré, admirent l’élévation de votre cœur et publient vos louanges. Deux d’entre eux, nos commensaux les plus habituels, Albéric et Concius, élevés avec nous dès leur adolescence dans le palais de Rome, désireraient vivement pouvoir vous être agréables en ce pays. Ils vous envoient quelques-uns de leurs hommes, qui vous diront combien leurs maîtres ont de l’estime pour votre expérience et votre grandeur, et combien ils seront satisfaits de vous servir ici. Nous les recommandons à votre Magnificence, et nous vous demandons pour eux cet amour et ce dévouement que nous aurons toujours pour vous et pour tout ce qui vous concerne. Dieu sait que l’honneur du Dieu tout puissant inspire l’amitié que nous vous avons vouée et combien nous souhaitons votre salut et votre gloire dans cette vie et dans l’autre. Nous le prions du fond du cœur de vous recevoir, après une longue vie, dans le sein de la béatitude du très saint patriarche Abraham ». MAS LATRIE.

               Relations et commerce de l’Afrique Septentrionale ou Maghreb avec les nations chrétiennes, Paris, 1886, pp. 42-43. Le pape Grégoire VII, envoya à Bidjaya ou Naciria, à la demande du souverain Hammadite, un évêque, le théologien et philosophe Raymond Lulle qui y mourut quelque temps après.

               Sur cette période, un auteur rapporte que « Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalâa de Beni Hammade, cité berbère vivant à l’orientale ». Al-Mansour, sixième émir Hammadite, fils d’En-Nacer et de la princesse Ziride Ballara, avait une dizaine d’années lorsqu’il succéda à son père. C’était un homme politique habile, énergique et digne d’éloges. Il écrivait des vers et se contentait de peu de plaisirs. Il s’était mis à rénover les palais, fonda des édifices d’utilité publique et distribua les eaux dans les parcs et les jardins.

               Al-Mansour construisit le palais élevé où se trouve son trône, connu sous le nom d’Al-Kawakab (les étoiles) Itrane, un des plus beaux du monde. L’édifice était orné de peintures composées avec la pierre et une certaine plante, le tout broyé ensemble. L’éclat de ce palais était pareil aux rayons du soleil. Il avait neuf portes à deux battants en bois artistement sculptées, chacune tournant avec peine, poussée par plusieurs hommes vigoureux. Il avait deux niveaux, les chambres se trouvaient au premier. Au-dessus de la porte du milieu se trouve la salle du trône du sultan avec ses arceaux et ses frises. Le palais était si vaste qu’il ressemblait à une colline au milieu de la ville. Il occupe l’emplacement où s’élevait le Fort Barral (Fort Moussa actuel) construit par Pedro Navarro lors de l’occupation espagnole. D’un autre palais,  » le Palais d’Amimoun « , nous est parvenue une description de Léon l’Africain : « Du côté de la montagne on voit une petite forteresse ceinte de muraille et embellie partout de  » mosaïques  » et menuiseries, avec des ouvrages azurés et autres marines si merveilleux et si singuliers que l’édifice surmonte de beaucoup le  » prix  » et la valeur de l’étoffe « .  Avec les deux règnes des souverains Hammadides, En-Nacer et Al-Mansour, la ville s’est beaucoup agrandie en atteignant 100.000 habitants. Sa zone d’influence était vaste, et son administration territoriale s’étendait de Ténès à Annaba. La ville est divisée en vingt et un quartiers avec les palais fortifiés, les tours de surveillance, les quais du port, les ouvrages d’art, les aqueducs, les mausolées. A la mort d’Al -Mansour, Badis lui succéda. Il ne régna que quelques années et mourut prématurément. Il fut trouvé inerte dans son palais. Ses gardes supposèrent qu’il fut empoisonné par sa mère qui devait être maltraitée et empêchée d’avoir un droit de regard sur les affaires du royaume. Badis avait aussi exilé son frère Al-Aziz Billah à Jijel. Il n’a su ni garder sa famille, ni être un fin diplomate pour s’allier avec tous les royaumes des autres régions du Maghreb. Après la mort de Badis, Al-Aziz rentra à Bgayet et le remplaça. Ce dernier fut tout à l’opposé de son frère. Bon et modéré, il fut surnommé al-Maymoun (l’heureux) par ses proches. Il garda des rapports de bon voisinage avec les autres princes en correspondant avec eux. Il avait les qualités remarquables d’un homme à l’affût des nouveautés culturelles et scientifiques. Il se plaisait à faire venir des savants, chez lui, pour les entendre discuter de questions scientifiques. Il épousa la fille du chef Makhakh des Banu Wamanu. En deuxième noce, il épousa Badr al – Dudja, la fille de l’émir Ziride Yahya, qui avait succédé à son père Tamim en 1108. Les relations avec la Sicile semblent avoir été bonnes sous le règne d’Al- Aziz. En effet, d’après H.R. Idris, « Des moines bénédictins qui se rendaient de Sardaigne à Terra Ferma furent pris par des corsaires africains. Le Comte Roger envoya des ambassadeurs au roi de la Qalâa qui libéra les prisonniers sur-le-champ ». A la fin du règne d’Al -Aziz, les relations avec la Sicile devinrent courtoises, bien qu’auparavant elles aient été tumultueuses. L’Emir songea à s’arrêter en Sicile avant de se rendre à Bagdad. Tandis que ses frères al-Harith et Abd Allah s’y réfugièrent après la conquête du Maghreb central par les Al Mohades. Le port de Bgayet était sûr, abrité, situé dans une région riche en fer et en forêts, ce qui permit la construction d’un grand nombre de navires de commerce et de guerre. Le royaume Hammadide avait des arsenaux à Marsa-al-Kharaz (la Calle), et à Bône (Annaba). Des bateaux de provenances diverses : Pise, Venise, Gênes, Marseille, Catalogne accostèrent dans le port de Bgayet en passant sous la porte  » Sarrazine  » (Bab al Bhar) qui existe à ce jour au bas des quais du port. Al Idrisi écrivait dans  » La description de l’Afrique et de l’Espagne «  : « les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés. En fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois ne fait pas défaut dans ses vallées et montagnes et la forêt produit de l’excellente résine, ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse ».  Qui se douterait de toute cette page d’histoire qu’a vécu Bougie au temps des souverains, Hammadites ! Quiconque foule du pied le sol de cette ville est assailli d’interrogations. Le relief accidenté sur lequel les édifices sont scellés, défiant le glissement des terrains, ne compte pas. On circule dans cette ville sans songer à marquer une pause, tant on est entraîné, envoûté par l’histoire. Attablés au café de Sidi Soufi, on ne cesse de ressasser les légendes recueillies de la bouche même des Bougiotes ou dans les livres volumineux, richement reliés. Ainsi, l’histoire du règne du prince Yahya nous a touchés : après la mort d’Al Aziz, son fils Abu Zakariya Yahya fut porté à la tête du royaume Hammadite. Il était dominé par la gent féminine et passionné de chasse. Il adorait rapporter du gibier à son palais. L’historien Ibn al Khatib nous le confirme : « Yahya ben al Aziz était vertueux, magnanime, éloquent. Il avait la plume délicate mais aimait trop la chasse ». Il avait trois sœurs : Taqsut, Um Mallal ( ça doit être : Udem Mallul ) et Chibla, qui étaient habillées et couvertes de bijoux comme des jeunes mariées, et un fils appelé Al Mansour dont la mort l’affecta profondément. Yahya vécut dans l’opulence et mourut à Salé (Maroc) en 1162. Avec lui s’éteignit la dynastie Hammadide qui gouvernait le Maghreb central depuis 1018. La vie intellectuelle fut brillante et continue de l’être dans la capitale Hammadide. Le souverain Al-Aziz Ibn Al Mansour fit venir à Bgayet de nombreux savants. Un vieux manuscrit, intitulé  » Galerie de littérature à Bidjaya « , donne la biographie des médecins, jurisconsultes, poètes, venus les uns d’Orient, les autres d’Espagne, qui firent école dans la cité Hammadide, alors à l’apogée de sa gloire. Ibn Hammad, l’auteur de l’histoire des rois Obaydides et d’une histoire de Bgayet , fit ses études à la Qalâa puis à Bgayet. Abou Madyan Souaib Ben Hussain, connu sous le nom de Sidi Bou Médiène, patron de Tlemcen, a été le maître incontesté des soufis des trois pays de l’Afrique du Nord. Son influence se fit grandement sentir à Bgayet, où de nombreux savants reprirent et propagèrent son enseignement. Le cheikh Kabyle, Zakarya Al Hasani A-Zouaoui (mort en 1215), l’exemple même du mystique accompli, vivait retiré des contraintes de ce monde, dans une zaouia, tout en enseignant la théologie. Le soufisme conserva à Bgayet une forme modérée. La plupart des soufis cités étaient des juristes, des notaires et des professeurs. Le cheikh Abou Ali Hassan Ben Ali, qui vint de Séville, se fixa à Bgayet et eut aussi de nombreux disciples. Il enseigna le Soufisme et devient Cadi dans la même ville. Il légua de nombreux ouvrages dont un livre sur le monothéisme, un précis de droit et un ouvrage de morale. Abou Mohamed Ali Al Haq, également Cadi de Bgayet, écrivit un ouvrage sur la médecine, et dix huit volumes de lexicographie. Abd Al Haqq Al Bidjawi, né en 1117, arriva à Bgayet en 1155 et y mourut en 1187. Il écrivit plusieurs œuvres dont un Diwan. Il brilla dans le domaine de la théologie en composant des ouvrages sur les exhortations, les proverbes, les sentences et les lettres. Il eut une forte influence sur les Soufis postérieurs. Abu Tahir Amara, lettré et savant homme, vécut vers le XIIe siècle. Il écrivit un ouvrage sur la science des successions, dont les vers à rimes doubles sont bien appréciés. Abu-Al-Hasan Al-Masili originaire de M’sila, connu sous le nom d’Abu Hamid al-Saghir, a étudié à Bgayet, s’adonnant à la science et aux bonnes œuvres. Il laissa des œuvres littéraires et des contes très appréciés ; un livre sur la science des Avertissements clôtura sa carrière d’homme de lettres consacré. La cité de Hammadides a donné l’hospitalité à des savants et à des hommes de lettres, venus par voie de mer ou voie de terre. Ainsi Ibn Battuta marqua une halte dans la capitale Hammadide. Ibn Khaldun, auteur des  » Prolégomènes  » qui ont fait de lui le pionnier de la sociologie moderne, enseigna dans les écoles Hammadides. Bgayet s’est enrichie de savants venus de la Qalâa des Banu Hammade, mais aussi d’érudits venus d’Espagne. C’est dans cette capitale que la culture orthodoxe venue d’Orient et celle, plus libre, venue d’Andalousie, se rencontrèrent. Un esprit de tolérance et d’ouverture a permis aux Malékites, aux Hanéfites, aux Ibadites et aux Mutazilites, de confronter leurs points de vue aux cours de brillantes controverses. Cet esprit de tolérance s’étendit aux chrétiens, établis à Bône, à la Qalâa et à Bgayet. La même tolérance a joué à l’égard des juifs, dont la situation ne changea qu’avec l’arrivée des Al Mohades.  En plus de tous ces savants et hommes de lettres, Bidjaya possédait également des marabouts vénérés, notamment Sidi Touati et Sidi Yahya, dont les tombeaux sont bien conservés. Ils font l’objet de pèlerinages de la part de tous les habitants de Bgayet Sidi Touati est tellement craint et adoré que des légendes aient immortalisé son pouvoir. On lui prête les miracles les plus fantastiques. Selon la légende la plus répandue :« Il aurait été invité à faire partie d’une fête nocturne et, outré par les éloges hyperboliques que le souverain ne cessait de se décerner, il lui reprocha son orgueil et sa vie de débauches puis, étendant son burnous, il lui montra au travers de sa transparence magique la ville de Bgayet totalement en ruines et abandonnée. En-Nacer, prince Hammadite, frappé par le spectacle, humilié, descendit du trône et s’exila sur une île rocheuse de la côte voisine, l’île des Pisans, où il mourut dans l’austérité. » On raconte aussi qu’« Avant de se retirer sur l’île, En-Nacer créa un institut,  » Sidi Touati « , où on enseignait toutes les disciplines, y compris l’astronomie, et qui reçut jusqu’en 1824 plus de 3000 étudiants ». (Suite) Hafsides, espagnols et Vallée de la Soummam.

Nacer Boudjou Journaliste/prof des Beaux-Arts

Publié dans | 5 Commentaires »

 

Association des Copropriéta... |
I will be back |
targuist |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ALGER RIT
| postier du 10
| Gabon, Environnement, Touri...