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La Casbah de Bejaia (Algérie)

Posté par Rabah Naceri le 22 novembre 2019

Je reprends ici, sur cette page de mon blog, une publication prise sur la page facebook de notre amie Sélène Claire Nomade. Cette publication porte sur un court mais intéressant résumé sur la célèbre Casbah de Bejaia.

Casbah_2  Casbah_1  Casbah_4

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LA CASBAH DE BEJAIA

Source : « Dans les entrailles de la casbah de Bejaia »
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01765912

C’est l’un des rares monuments de Bejaia de l’époque médiévale qui est encore debout, malgré les transformations subies à l’époque espagnole, ottomane et française. Elle fut construite pour défendre le mouillage en contrebas, il faut supposer que même à l’époque antique il y’avait un point de défense pour assurer une sécurité aux débarcadères.

Après la prise de la ville en 1833 par les français, ses différents bâtiments sont utilisés pour le casernement des troupes et le dépôt de matériels et des munitions.

La Casbah occupe un espace de forme quasi-rectangulaire de près de deux hectares. Elle est entourée d’une enceinte crénelée, percée de deux portes et flanquée de tourelles. Elle abrite un imposant fort qui domine toute la citadelle, une mosquée érigée en 1797-98 sur ordre de Mustapha Pacha (on a longtemps cru que c’est dans cette mosquée qu’Ibn Khaldun donnait ses cours quand il se trouvait à Bejaia), cinq citernes, plusieurs bâtiments, et diverses constructions en ruines de différentes époques.

Par ailleurs, il ne faut pas confondre cette citadelle avec la casbah médiévale située un peu plus haut dans la ville, dans les environs de l’actuel quartier Bab El-Louz. En effet, si l’on croit le récit du biographe de Bougie al Ghubrīnī, l’armée des Bani Ghania gravie le Djebel Khelifa et pénètre dans la Casbah de la ville par la porte dite Bāb al-Lūz.

En 2017, une ouverture mystérieuses est mise à jour au pied de la Casbah et qui donne directement au port de Bejaïa. Cette nouvelle nous fait penser aux fameuses légendes qui circulent autour de passages souterrains reliant les différents forts de Bougie. En effet, Féraud lui-même parle d’un chemin couvert qui semble reliait le Burğ Mūsa et la Casbah.

Selene Claire Nomade

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Bougie. Le port, son histoire, ses hommes, …

Posté par Rabah Naceri le 14 octobre 2017

PortdeBougie

Les rapports du port de Bejaia à travers les siècles n’ont pas concerné seulement des mathématiciens et des constructeurs, ainsi vers 1925, le port de Bejaia s’enorgueillit d’avoir accueilli un éminent peintre, dont les tableaux se trouvent aujourd’hui dans les plus grandes galeries et musées du monde.

Impressionné et amoureux du golfe et du port de Bejaia, Albert Marquet (1875 – 1947) a immortalisé le port par quatre tableaux de peinture qui se  trouvent au Métropolitan Museum à New York, l’Hermitage Saint-Pétersbourg, Musée National de Bruxelles et Musée des Beaux-Arts d’Alger (le tableau d’Alger a été offert par l’auteur au conservateur du musée).

Qui est Albert Marquet ?

Né et mort en France (1875 – 1947), artiste-peintre de l’école des Arts décoratifs de Paris, il est reconnu comme un grand paysagiste.

La Méditerranée, ses plages, ses ports est un des thèmes majeurs de ses œuvres. Plus de 40 ans de travail, il s’est fixé à Paris, Marseille, Norvège, Venise, Roumanie, Stockholm, … entre tous ces lieux, c’est en Algérie qu’il préférait séjourner.

Par Djamel-eddine Mechehed

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Comment est né le port pétrolier de Bougie ?

Posté par Rabah Naceri le 29 septembre 2017

L’article ci-dessous retrace sommairement la construction du port de Bougie, celle qui fut Bgayet puis Bejaia. Cette documentation m’a été gracieusement offerte par mon ami Djamel Mechehed. Je dois dire que ce n’est pas le seul document qu’il m’a offert concernant notre chère ville, Bgayet, celle qui fut jadis capitale hammadite d’où sont partis les mathématiques et la bougie de cire d’abeille vers l’occident.

Que mon ami Djamal Mechehed trouve ici l’expression de ma sincère reconnaissance ainsi que celle de tous les Bougiotes.

Comment est né le port pétrolier de Bougie ?

Le port

La première idée de construction du port pétrolier de Béjaïa est venue de Gaston Thomson (né à Oran 1848-1932), Ministre du commerce en 1914 à 1915. Ils estimèrent avec son ami le Marchal Franchet d’Esperay (né à Mostaganem), que le port de Toulon devenait trop vulnérable en raison des développements rapides de l’aviation européenne (Allemagne, Italie, Angleterre). Dès 1925 ils estimèrent qu’il fallait transférer la flotte navale Française de Toulon à Bougie… ! Juste en face, dit-il.

C’est ainsi que commença la construction de la grande digue en eau profonde au port de Bougie, qui ferma la baie de Sidi Yahia au pied du Cap-Bouak.

Un grand abri pour sous-marins était prévu sous le Cap, avec deux entrées, une vers le Port, l’autre vers le large (la rade).

L’arrière-port fut construit comme base aéronavale[1] avec bouées d’ancrage pour les hydravions Goliath [2] et Cams 53.

Gaston Thomson s’est déplacé plusieurs fois à Bougie dans le cadre de l’étude du futur port.

Mais vers 1930, le scandale du Port de Bougie avec l’assassinat du comptable Treuillon par le chef de chantier Bendinelli et la disparition totale de la comptabilité brûlée dans le foyer locomotive, provoqua un scandale financier énorme. Ce scandale a provoqué l’arrêt total des travaux programmés au port de Bougie. Une partie des crédits qui étaient prévus pour les travaux au port de Bougie ont été affectés à Mers el-Kebir.
Par la suite le port ne fut qu’un relais entre Bizerte et Mers el-Kebir. De nombreux hydravions ont fait escale. C’est entre 1958 et 1960 que furent construite les installations nécessaires à la réception des pétroliers, et les premiers travaux de conduite (650km) du pétrole, de Hassi Messaoud au port de Béjaïa ont débutés en 1959, cette conduite a été achevée en août 1959, le premier décembre 1959 est parti le premier bateau-citerne de Bougie vers la France. C’est ainsi que Bougie hérita d’un avant-port qui deviendra en définitive un port pétrolier d’une grande importance, qui joue un grand rôle dans l’économie de l’Algérie.

Port pétrolier

L’importance de la situation géographique du port de Bougie, a été remarquée par l’ingénieur hydrographe Jean Pierre Lieussou qui était à l’origine du levé de dix-sept ports secondaire en Algérie, dont celui de Bougie. Dans le premier ouvrage sur les ports d’Algérie, publié en 1857, il expose sa vision de l’importance stratégique de ce levé :

«On devrait s’occuper de jeter à Bougie les fondements du grand établissement maritime destiné à commander à tout jamais la côte d’Algérie, comme Toulon commande la côte méridionale de France », et ajoute : les avantages matériels et financiers de l’emplacement de Bougie sur celui d’Alger sont grands qu’il faudrait de graves motifs politiques pour faire préférer Alger ». 

Lieussou avait prévu une jetée de Cap Bouak à l’embouchure de la Soummam.


[1] La première liaison aérienne entre Marseille et Alger a été réalisée le 26 janvier 1919.

[2] 1930-1940 : Hydravion Goliath était souvent en escale dans le port de Béjaïa.

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Références bibliographiques :

1-   Paru dans l’avenir de Bougie 2003, rapporté par Charles Hovelacque

2-   De l’autre côté des urnes, français, françaises, indigènes 1848-1930.

3-   Aperçu historique du port de Béjaia, Mechehed.D.E, El-Mersa N°37 .

4-   Le port son histoire, Mechehed D.E. El-Mersa N° 38.

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Bgayet. Histoire vraie de la table d’orientation située au Pic des Singes

Posté par Rabah Naceri le 24 juillet 2017

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Beaucoup de personnes de la wilaya de Bgayet ou d’autres régions visitent le Pic des Singes et prennent des photos souvenirs à côté de la table d’orientation mais rares sont celles qui connaissent son histoire. Comme je suis directement impliqué dans sa réhabilitation, alors je me suis senti le devoir d’apporter quelques informations la concernant.

Il y a lieu de dire que la première table d’orientation qui a existé était l’oeuvre de l’armée coloniale avec le soutien de la municipalité bougiote. Malheureusement, cette table a souffert de la maltraitance de certaines personnes, qui ne connaissaient certainement pas l’intérêt d’une telle oeuvre. Au fil des années, cette table a pratiquement disparu du socle et beaucoup de personnes ont continué à visiter le site sans se désoler de la disparition de cette table d’orientation puisque aucune trace de celle-ci ne subsistait pour leur rappeler son existence.

A la faveur du classement du massif du Gouraya en Parc National, celui-ci bénéficia d’un budget qui devait servir à sa mise en défens et à sa mise en valeur sous la direction éclairée de Monsieur Ali Mahmoudi. La réhabilitation de la table d’orientation figurait dans le projet de développement du PNG. C’est ainsi que le directeur du PNG avait contacté un artiste reconnu, natif de la ville, Nouredine Bouzidi, assisté d’un autre artiste Khoudir Bourihane pour étudier la possibilité de recréer une table d’orientation sur la base des photos, gravures et documents disponibles fournis par le directeur du PNG.

Un jour, le jeune artiste, Khoudir Bourihane, est venu me solliciter, en ma qualité de Président d’Apw (1997 – 2002), pour financer la confection de cette nouvelle table d’orientation du moment que les aménagements de la placette qui devait recevoir cette oeuvre sont déjà lancés par le PNG. Il me proposa également que les noms des lieux, sommets, crêtes, etc….soient transcrits avec leurs appellations locales, c’est à dire en Kabyle. J’ai tenu à apporter cette précision  car l’ancienne table d’orientation que les militaires français ont réalisé, tous les noms de lieux ont été arabisés:oued au lieu de assif, djebel au lieu de adrar, beni au lieu de aït, etc…
J’avoue que j’ai adhéré pleinement à cette proposition et je leur ai accordé mon accord de principe en attendant son inscription à l’ordre du jour d’une session Apw pour délibération et exécution.

L’artiste m’a suggéré la confection de trois galettes, composée de portions, pour pouvoir les remplacer en cas de destruction ou de saccage d’une partie ou de la totalité. Le coût de réalisation des 3 galettes a été évalué à 27 millions de centimes. Après l’accord de principe, les deux artistes se sont lancé dans les recherches et les enquêtes, qui ont duré des semaines, sur les lieux qui bordent le golf de Bgayet  pour actualiser les noms des crêtes, des collines, des rivières, des talwegs, etc…

L’inscription du financement de cette table d’orientation a été faite dans des délais très courts et son adoption par l’assemblée de wilaya ne posa aucune difficulté de la part des élus. La délibération a donc été rapidement exécutée et la somme, grevée d’affectation spéciale, a été versée dans le compte bancaire du PNG qui, à son tour, remettra le montant représentant les honoraires de l’artiste.

Quelques mois plus tard, l’assistant de Nouredine Bouzidi, se présenta à l’Apw pour m’informer que la table d’orientation a été fixée sur son socle et que je pouvais la voir sur site et que les deux autres répliques sont confiées à la direction du PNG.
Le lendemain, je me suis fait conduire jusqu’au site et je fus émerveillé par la belle réalisation artistique. J’ai, toutefois, relevé une anomalie que je n’ai pas manqué de signaler à l’artiste et au directeur du PNG. Il a été mentionné que cette table a été sponsorisée par l’Apw et l’Apc de Bgayet alors qu’elle n’a été financée que par l’Apw et que l’Apc est totalement écartée.
L’explication qui m’a été donnée n’était pas du tout convaincante, car subjective. Soi-disant le périmètre du PNG se trouvait dans le périmètre de la commune de Bgayet. Pour éviter d’avoir à refaire d’autres galettes aux frais de l’artiste, j’ai préféré laisser passer l’erreur.

Le clou de l’histoire.

Le clou de l’histoire, c’est lorsque le wali de l’époque (ce même commis de l’Etat, alors qu’il était Drag à Bgayet, qui a traité les caractères amaziɣ de caractères distinctifs et qui a sommé tous les propriétaires de bus de voyageurs d’effacer toute trace de cette langue sous peine de poursuites judiciaires et de mise en fourrière du véhicule) a appris la nouvelle de la fixation de la nouvelle table d’orientation avec l’amaziɣisation des noms des lieux, il piqua une crise rouge et qu’il m’a fait parvenir, par un messager, de sa ferme décision de la démolir pour la remplacer par celle des militaires français où les noms étaient arabisés.
Je lui ai fait parvenir ma réponse par le même canal que la table sera maintenue comme elle est et que personne n’a intérêt à la modifier.

Telle est l’histoire exacte de la table d’orientation que vous avez le plaisir de voir et de prendre en photo lorsque vous visitez le célèbre Pic des Singes.

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Je vous donnerai ci-dessous l’histoire détaillée de l’ancienne table d’orientation de Bougie, celle qui fut la première table d’orientation d’Afrique, telle que rapportée par notre ami journaliste M.A.H.

Installée en 1934, cette œuvre d’exception fait partie du patrimoine historique de Béjaia. Retour sur l’art spécifique de sa fabrication et la genèse singulière de son acquisition.

Surplombant la ville de Béjaïa, le mont Gouraya fascine le regard, par son ampleur et sa crête décharnée de calcaire rocheuse, façonnée des mains de la nature. Du sommet jusqu’à la pointe du cap Noir, elle s’abaisse par ressauts successifs de sept monticules juxtaposés, que les Béjaouis appellent «Sebâa Djebilat».

L’un d’eux est le Pic des singes, puissant piton en forme de coupole, qui domine la mer de 430 mètres et dont la masse imposante émerge des profondeurs abyssales, où il plonge d’un trait. Du plateau des ruines, où s’achève la route carrossable issue de la ville, s’ouvre un chemin facile qui mène à ce promontoire remarquable.

De ce poste de dune, où l’on trouve une table d’orientation, les alentours paraissent écrasés ; le vertige surprend le flâneur. Un panorama impressionnant s’offre à l’œil envoûté. D’un côté, la mer insondable ; en contrebas, les trois caps du Carbon, Noir et Bouack et la vallée des singes ; de l’autre côté, l’immense golfe de Béjaia, que bordent l’élévation et la raideur de la chaine des Babors.

Par beau temps, le regard s’étend au-delà de l’extrémité orientale du golfe, à plus de cent kilomètres, vers Jijel. Une initiative touristique Longtemps inaccessible, le «pic des singes» doit son nom aux multiples quadrupèdes qui y trouvaient refuge.

Table En 1924, après la constitution du Parc national de Gouraya, Félix Borg, alors président du syndicat d’Initiative de tourisme de Bougie, et également maire de la ville, eut l’idée de rendre ce pic accessible aux touristes. Pour la réalisation de ce projet le maire reçut le soutien de Victor Boutilly, alors directeur du service des Eaux et forêts en Algérie, qui cherchait également à promouvoir les points les plus pittoresques des parcs nationaux du pays. Ce dernier chargea M.Lafage, inspecteur principal du service des Eaux et forêts à Bougie, de diriger aussi bien le décapage du sommet que l’ouverture du chemin d’accès à ce piton, à partir du plateau des ruines.
Les coups de mine pour ce travail difficile commencèrent en 1924. Quelques années plus tard, Félix Borg, qui œuvrait toujours avec son syndicat pour favoriser le tourisme dans la région, songea à agrémenter la plate-forme du pic d’une table d’orientation paysagère. Cette petite construction à vocation touristique devait permettre aux excursionnistes d’identifier le paysage contemplé par une simple lecture directe.

Pour financer sa fabrication, il s’adressa au Touring-Club de France, association dont le but principal était de développer le tourisme sous toutes ses formes. La commande du disque de lave émaillée ne s’effectua pas sans difficultés. À maintes reprises, Félix Borg fit photographier un tour d’horizon pour rendre le travail du dessinateur possible, mais les tirages manquaient systématiquement de netteté à cause du ciel, toujours brumeux, de la région. On dût, alors, faire appel à Jacques Bouteron, géomètre à la Direction du service topographique à Alger. Dessinant, enfin, un tour d’horizon parfait, ce dernier permit en 1933 son report sur un disque en lave émaillée, confectionné par la manufacture Seurat de Saint-Martin, près de Riom, dans le Puy-de-Dôme, en France. Réputée pour son savoir-faire dans ce domaine, cette manufacture réalisa notamment la «première » table d’orientation en lave émaillée et fabriqua aussi celle destinée à la terrasse du magasin La Samaritaine de Paris.

Le Touring-Club de France chargea Fernand Bouscasse, son délégué à Bougie, d’offrir la table d’orientation au président du syndicat d’Initiative de la ville. Une cérémonie d’inauguration eut lieu le 16 mai 1934, devant une foule considérable et en présence du sous-préfet de Constantine, M. Richardot. La table d’orientation du pic des singes fut la première à être installée en Algérie, et même sur le continent Africain !

Aujourd’hui disparue, une plaque commémorative, en marbre blanc, fut posée sur le parapet clôturant le Belvédère, pour immortaliser les participants à ce projet audacieux. Le pic des singes devint, alors, une destination prisée des touristes, autant que le cap Carbon ou le fort Gouraya. Une rénovation discutable.

Après l’indépendance de l’Algérie, la table d’orientation, malheureusement délaissée, subit de multiples détériorations. Malgré sa dureté, la lave de Volvic fut en grande partie cassée. En 1999, la wilaya de Béjaia entreprit son remplacement, et le Parc national de Gouraya se chargea de la réparation du chemin qui y mène. Par précaution, la wilaya commanda trois nouvelles tables à l’artiste Nouredine Bouzidi. Ce dernier voulait que ses œuvres soient «des tables actualisées et améliorées». Il les a enrichies de noms de localités qui n’existaient pas à l’époque coloniale, ou qui ont été rebaptisées depuis. Il retranscrit, également, les indications topographiques en berbère, avec lettres latines.

Malgré l’initiative louable de la wilaya, et la bonne volonté de l’artiste, la table établie actuellement au pic des singes ne parait pas égaler l’originale par sa qualité de fabrication et son esthétique. A la différence de l’ancienne oeuvre, faite d’un seul bloc d’un mètre de diamètre de lave émaillée, la nouvelle fut fabriquée par juxtaposition de «dalles de sol», sectionnées en huit secteurs circulaires, émaillées, dessinées et scellées sur le socle. Il en résulte des joints trop visibles et un assemblage peu soigné, de l’aveu même de Nouredine Bouzidi.

Les faits eux-mêmes confirment l’inadéquation du matériau utilisé : un exemplaire de la nouvelle table a déjà été cassé et remplacé en 2003. L’adoption d’une solution inappropriée pour la rénovation de la table proviendrait sans doute d’un choix trop précipité. C’était oublier qu’une telle réalisation exige un investissement concerté et une fabrication minutieuse ! Il est fort dommage également que l’on ait occulté la valeur patrimoniale que revêt la table d’orientation du Touring club de France. Avoir une table offerte par cette association de renom est une reconnaissance pour l’exceptionnel site panoramique dont bénéficie la ville. Une distinction dont Béjaïa pourrait encore s’enorgueillir. C’est donc une restitution à l’identique qu’il aurait fallu réaliser tout en actualisant les noms de localités. Il viendra sûrement un jour où la question de cette restitution se posera et s’imposera alors le recours à la lave de Volvic et au savoir-faire unique de ses usines d’émaillage.

Peu de gens connaissent l’histoire de cette œuvre d’art que nous venons de relater. Que les touristes de passage au parc national de Gouraya ne manquent pas de faire l’ascension du pic des singes, ils y découvriront un des plus beaux panoramas d’Algérie ainsi que la nouvelle table d’orientation qui leur rendra compte de la totalité du paysage. Sur la même route qui mène au site, une visite de l’écomusée du Parc leur permettrait de redécouvrir, sous une des vitrines de la salle d’exposition, l’ancienne table mutilée du Touring Club de France, que le directeur du PNG a eu la bonne idée de conserver.

La fabrication de la lave émaillée

Les tables d’orientation installées par le Touring club de France étaient en lave émaillée de Volvic, généralement de forme circulaire d’un mètre de diamètre et scellé sur un pied en béton. Leur fabrication était assurée par des usines se trouvant dans le département du Puy-de-Dôme. Table_6
D’abord extraite des carrières des volcans d’Auvergne, la lave était tranchée en scierie. Travaillée en un seul monolithe, cette pierre était ensuite émaillée. Un dessin en couleurs était reporté sur le disque, le tout était cuit à plusieurs reprises. D’une très longue longévité, la lave émaillée reste la meilleure solution pour fabriquer des tables d’orientation. Elle est totalement inaltérable par le gel, les acides et les rayonnements solaires. Elle résiste aux rayures et aux chocs des cailloux qui ne laissent que de petites traces au point d’impact. Seule une agression violente à la masse ou au burin peut l’altérer.

Les tables d’orientation du touring club de France en Algérie

C’est au début du XXe siècle que le Touring club de France prit la décision d’installer des tables d’orientation dans des lieux réputés pour la beauté de leur panorama. Les premières d’entre elles furent établies par cette association en 1903. Elle en réalisa près de 168 à travers le monde jusqu’en 1970. En Algérie, la table d’orientation du pic des singes fut la 119e à être installée. Trois autres tables furent ensuite établies à Aïn N’sour dans le massif du Zaccar en 1936, à l’ermitage du Père Foucauld à l’Assekrem dans l’Hoggar en 1939 et à Constantine sur l’esplanade du Sidi-M’Cid en 1952. D’autres encore furent érigées par l’administration des eaux et forêts, notamment au col de Chréa, près de Blida. Grâce à leurs sites isolés, les tables de l’ermitage du Père Foucauld et d’Aïn N’sour sont toujours bien conservées contrairement à celle de Constantine qui est partiellement dégradée.

M.A.H
Sources : Fond d’archives du Touring Club de France au centre des Archives contemporaines à Fontainebleau.

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« Je veux montrer que nous sommes une civilisation urbaine depuis l’antiquité », dit A. KHELIFA.

Posté par Rabah Naceri le 29 avril 2016

Khelifa   Un cours magistral sur l’histoire de la ville de Béjaïa que propose Abderrahmane Khelifa dans son nouveau beau livre « Béjaïa, capitale des lumières », édité chez Gaia éditions. Découvrez l’histoire des dynasties les plus influentes, les savants, la vie politique, religieuse et économique d’une cité qui a marqué la Méditerranée.

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- Votre beau livre Béjaïa capitale des lumières publié aux éditions Gaïa est un important travail de recherches documentées. Vous aviez consacré combien de temps à la constitution de cet ouvrage ?

Je travaille depuis plus d’une dizaine d’années sur les grandes villes du Maghreb central, des villes qui furent des capitales, comme Constantine, Tlemcen et Alger. Il était normal que Béjaïa soit de celles-là. Elle a été la capitale d’un royaume et la deuxième capitale de l’Afrique du Nord à être sur la Méditerranée après Mahdia, en Tunisie.

Il faut dire que la richesse de son histoire m’a demandé beaucoup de temps à confectionner ce livre, amasser la documentation et les photos et les agencer pour en faire un livre. Je peux dire que je l’ai commencé en 2012 après la sortie de mon livre sur Tlemcen, c’est-à-dire près de quatre ans. Mais je dois dire que c’est actuellement le plus volumineux de mes livres. Lire la suite… »

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A Bgayet, le patrimoine culturel se meurt

Posté par Rabah Naceri le 26 février 2016

Avec le temps va…tout s’en va

« Connaissez-vous Bgayet (qui est son nom originel ou bien Bejaia ou Bougie) ? »

Si on posait cette question à n’importe quel Algérien, on nous répondra que c’est une très belle ville côtière, accueillante et dont l’hospitalité de ses habitants est légendaire. Que c’est une ville de culture et d’histoire. Certains nous donneront même des leçons sur le passé millénaire de cette célèbre ville où chaque pierre est un témoin d’un passé glorieux et de grands évènements culturels et scientifiques.

Il n’y a pas un responsable, d’ici ou d’ailleurs, qui passe par cette ville et qui ne fait pas l’éloge de la grandeur de cette ville, de sa population et de la richesse inestimable de ses vestiges historiques qui font de cette ville et de ses environs, un immense musée à ciel ouvert.
Partons à la découverte de quelques vestiges qui continuent de résister à l’érosion du temps et au laxisme destructeur des responsables chargés de les protéger, voire de les restaurer.

La Porte des Étendards ou Bab El-Fouqqa

IndicationA partir de « Lekhmiss » (grand quartier de la plaine ou du camp inférieur de la ville), nous rencontrons un panneau indicateur lumineux qui nous guide vers le quartier historique de Bgayet. C’est une excellente initiative de la part des responsables locaux car elle vient réparer un oubli de plusieurs décennies qui nous renseigne sur le peu d’intérêt accordé au patrimoine culturel par tous les responsables du secteur de la culture et de celui du tourisme qui ont défilé depuis l’indépendance à ce jour.

Le site historique, le plus proche car il est situé au centre-ville, est la Porte des Etendards et quelques mètres qui restent de la muraille datant de l’époque hammadite. Quand on arrive sur les lieux, le moins averti des visiteurs remarquera les fissures qui ne cessent de s’élargir, des pierres qui commencent à tomber en laissant des creux sur la muraille, de vulgaires câbles électriques qui avilissent le vestige, etc… Et pourtant, on se rappelle encore les déclarations de l’ancien directeur de wilaya de la culture, Mourad Nacer, qui affirmait publiquement, par les ondes de la radio-Soummam, qu’un dossier de restauration est ficelé et adressé au ministère de la culture. Selon le même responsable, un budget conséquent est affecté à cette opération dont le lancement des travaux est imminent. Tout cela s’est passé durant les années 2000, et nous sommes en 2016 sans qu’aucun signe de restauration n’ait été constaté.
Visiblement, la seule passation de consigne qui se fait entre deux directeurs de la culture dans cette wilaya est celle de la perpétuation de l’oubli et de laxisme. Je vous laisse apprécier la série de photos qui expriment mieux que moi l’état d’abandon de ces lieux qui sont les témoins d’une grande cité et un lumineux centre de rayonnement culturel, cultuel, politique et scientifique.

Porte Foukka_01  Bab Fouqqa  Plaque

Comme le montre si bien la seconde photo, c’est une vulgaire plaque métallique complètement rouillée qui a servi de support à la mémoire patrimoniale à ce haut lieu d’histoire. C’est devant cette majestueuse Porte que le prince Moulay Nacer venait, en fin de journée, observer la beauté des vergers et des jardins de la plaine sous un magnifique coucher du soleil.

Entre un bar et un bar, une tour historique

Je me suis toujours interrogé sur le silence des élus locaux, des anciens défenseurs de la souveraineté nationale du temps du parti unique et des responsables de wilaya de la culture sur cette tour qui est encerclée par deux bars. Cette tour, pour ceux qui ne le savent pas, date de l’époque hammadite et qui servait de poste d’observation de toute manoeuvre et activités maritimes ou arrivée de navires par la mer. La mer, à cette époque, venait se jeter au pied de cette muraille.
Ces deux bars qui encerclent ce beau vestige historique ont été construit depuis l’époque coloniale. En observant les matériaux avec lesquels sont construits ces établissements, essentiellement en bois, nous devinons aisément que les gérants n’ont bénéficié que d’autorisations précaires et révocables. Autrement dit, ces deux baraquements peuvent rasés sans aucune opposition légale ou préavis règlementaire.

Tour_Hammadite_2  Tour_Hammadite

La France coloniale était dans son rôle en élaborant un diabolique programme d’effacement des repères culturels et hsitoriques pour désorienter la population autochtone dans la perspective d’un remodelage mental. Mais après l’indépendance, pourquoi nos dirigeants, surtout les grands inventeurs de l’article 120, n’ont jamais essayé de raser ces deux débits de boissons alcoolisés pour mettre en valeur cette belle tour hammadite.
Encore une énième interrogation : pourquoi tous ces directeurs de wilaya de la culture qui ont défilé dans notre wilaya dont certains sont de la région, les nombreux ministres de la culture qui claironnaient la grandeur de cette ville de culture n’ont-ils jamais initié la moindre action de réhabilitation de ce vestige historique qui feraient retourner dans leur tombe tous les savants et les nobles personnalités qui ont vécu dans cette belle cité du savoir et de la culture ?

La suite du massacre arrivera bientôt…

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Origine du nom « Bougie »

Posté par Rabah Naceri le 4 mai 2015

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Le mot « bougie » n’est apparu dans la langue française qu’au XIVe siècle, tiré de Bugaya transcription en arabe du mot Kabyle Bgayet, nom d’une ville maritime d’Algérie en Kabylie (actuellement Béjaia) qui fournissait une grande quantité de cire pour la fabrication des chandelles.

Au plan terminologique l’appellation « bougie » est réservée à un instrument fait exclusivement de cire d’abeille. Les bougies, naturellement de couleur jaunâtre, peuvent aussi être blanches si la cire qui les constitue a été blanchie par une exposition au soleil de plusieurs jours, voire semaines. Les bougies blanches ont un coût encore plus élevé que celui des jaunes, et elles sont presque exclusivement utilisées dans les palais royaux. Le mot « chandelle » est donc réservé aux instruments faits de suif.

Dès le XIVe siècle en France, il existait une corporation des chandeliers-ciriers-huiliers rangée sous la bannière de Saint-Nicolas. Les principales opérations du métier consistaient à clarifier le suif et la cire, à couper et à ajuster les mèches de deux fils de coton et d’un fil de chanvre, à les attacher par rangées à une baguette, à les plonger et à les replonger, jusqu’à ce qu’elles aient acquis la grosseur et le poids convenable, dans le vase qui contient le suif ou la cire en fusion. Cette corporation était très réglementée pour éviter les falsifications : il était notamment interdit de mêler la vieille cire avec la nouvelle, le suif de mouton avec le suif de vache, et de mettre, aux mèches, plus d’étoupe que de coton.

La noblesse et le clergé s’éclairaient avec des cierges en cire d’abeille et laissaient au peuple français l’éclairage au suif. Le cierge de cire conserve les avantages de la chandelle et en élimine les défauts. Mais son prix (sous Louis XIV le coût d’une bougie équivalait au salaire journalier d’un ouvrier spécialisé soit environ 2,5 Livres) en limite la diffusion aux plus hautes sphères de la société et notamment de la Royauté.

La bougie comme telle fut développée au milieu du XIXe siècle et se distingue de la chandelle par sa matière première et par l’utilisation de mèches de coton tressé. Le tressage permet à la mèche de se courber et de se consumer : inutile alors de la moucher. La misérable chandelle commence alors à disparaître.

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Bejaia à l’époque hammadite (par Zahir Iheddadene. Décembre 2010)

Posté par Rabah Naceri le 7 novembre 2014

Cette étude retrace l’histoire de Bejaia à l’époque hammadite, époque la plus glorieuse que cette ville ait connue.
Sur le plan de l’histoire politique beaucoup d’historiens, en arabe particulièrement et notamment Ibn Khaldoun, lui ont consacré de grands développements que nous résumerons dans un premier paragraphe. Ce n’est donc pas cet aspect qui nous préoccupe.
Notre recherche et notre curiosité se sont penchées sur la ville elle-même, sa physionomie, son étendue, sa topographie, sa structure, son activité, son développement d’une façon générale. En l’absence de documents, nous avons trouvé beaucoup de difficultés a reconstituer ce que fut cette capitale, l’une, si ce n’est la plus grande de l’époque.

 Zahir IheddadeneConcernant l’histoire politique de Béjaia, il suffit de signaler, avec beaucoup de réserves, l’ouvrage de Charles Ferraud, édité en 1868, mais qui garde toute sa fraicheur, tout particulièrement pour la période hammadide. IL y a lieu de souligner, également, que Béjaia (Bhegaith) a existé bien avant Saldae qui a été fondée par Juba II, le berbère et non par les Romains comme le prétendent certains historiens.
Résumons brièvement les faits historiques.
Béjaia, la hammadite a été fondée en 461 de l’Hégire(1067), par Moulay Nacer, fils de Alenas, fils de Hammad, de la grande tribu berbère des Sanhadja, pour deux raisons essentielles : s’éloigner des attaques répétées des bandes hilaliennes et créer un port pour s’ouvrir sur l’extérieur. Cette nouvelle ville a connu immédiatement une prospérité incomparable, comme l’attestent certains écrits de l’époque que nous reproduirons plus loin. Cette prospérité n’a cessé de se développer pendant la période Almohade et Hafside jusqu’à l’agression des Espagnols en 1509. Ce sont ces derniers, avec une barbarie effrénée, qui ont détruit la ville : ses palais, ses mosquées, ses quartiers ; ils l’ont pillée, volée et détruit toute trace de civilisation. Lire la suite… »

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Bejaia dans Encyclopédie Berbère.

Posté par Rabah Naceri le 21 mars 2014

Encyclopédie Berbère

Par M. Cote

Béjaïa
(Saldae, Badjaia, An Nasiriya, Bougie)

Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les historiens et géographes omettent souvent de citer le nom de « Bgayet » qui est le nom originel de cette célèbre cité dont le rayonnement a dépassé les frontières de la méditerranée. Par ignorance ? Je ne le crois pas. A dessein ? Quel est-il ?

Les débuts de Bejaia

1 Ce site militaire et portuaire bien abrité des vents par le Cap Carbon fut occupé très tôt. Le port romain, qui n’avait sans doute fait qu’aménager un comptoir punique, prit le nom de Saldae, et fut érigé en colonie sous Auguste. Il souffrait cependant de sa position marginale, à l’extrémité occidentale de la Maurétanie Sétifienne.
2 Occupée par les Vandales au Ve siècle, par les Arabes en 708, la ville connut des hauts et des bas. Au Xe siècle, elle était habitée principalement par des Andalous, qui la firent bénéficier des apports hispano-mauresques.
3 Elle n’était cependant qu’un petit port de pêche lorsque la dynastie hammadite, centrée sur le bassin du Hodna, et qui cherchait un exutoire maritime, prit en main sa destinée. En 1067, An Nasir y fit entreprendre des travaux, dès l’année suivante il y emménagea et lui donna le nom de An Nasiriya. La pression croissante des Béjaïa au XIe siècle, d’après P.L. Cambuzat, 1986.

Carte  

La pression croissante des nomades dans le Hodna, en même temps que le développement des échanges commerciaux avec l’Europe, avaient ainsi amené la dynastie hammadite à transférer sa capitale, de Qalaa des Beni Hammad à Bejaia — décision symbolique du déplacement progressif du centre de gravité, de l’intérieur vers le littoral, qu’allait connaître tout le Maghreb.

La gloire d’une capitale médiévale

Bejaia fut alors capitale d’un royaume s’étendant de Tenès à Annaba. C’était le pôle de tout le Maghreb central, elle éclipsait toutes les autres cités. L’on a estimé qu’elle comptait alors 100 000 habitants. Décrite par Idrissi et plus tard par Léon l’Africain, c’était une belle cité, un grand carrefour d’échange.

« Les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés et, en fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois de construction ne fait pas défaut dans ses vallées et dans ses montagnes, et la forêt produit de l’excellente résine ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse » (Al Idrissi, Description de l’Afrique et de l’Espagne, in Golvin).

La ville était connue pour livrer des quantités importantes de cire servant à fabriquer les bougies, ce serait là l’origine du nom de ce produit. C’était aussi une base militaire pour les expéditions contre le pays des Rum (principalement la Sicile, à 3 jours de navigation).

Capitale arabe en pays kabyle, Bejaia était une ville cosmopolite, où se côtoyaient Arabes, Kabyles, Andalous, Chrétiens et Juifs. La communauté chrétienne était suffisamment nombreuse pour que le Pape Grégoire VII, y envoie, à la demande du souverain hammadite, un évêque. Le théologien et philosophe Raymond Lull y mourut en 1315, lapidé pour avoir voulu évangéliser la population musulmane.

« Il est hors de doute que la nouvelle capitale des Beni Hammad fut un extraordinaire foyer de culture. La dynastie y connaît son apogée, la ville reçoit la visite fréquente, on pourrait dire constante, de voyageurs venus de tous les points du monde musulman qui abordent et séjournent plus ou moins longtemps dans ce port accueillant, d’accès facile. Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie, au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalaa, cité berbère vivant à l’orientale »  (L. Golvin, 1957).

La ville était enfermée dans un rempart et située sur un petit promontoire dominant la baie. L’eau provenait de Toudja (dans les montagnes à l’ouest) par un aqueduc. Le ravitaillement se faisait à partir de la petite mais riche plaine agricole locale, au confluent de l’oued El Kebir (la Soummam actuelle) et de l’oued Seghir. A proximité était exploitée la mine de fer de Timezrit.

Les siècles obscurs de Bejaia

Au XIVe siècle, la ville fut le siège d’une principauté hafside, qui commerçait activement avec les États chrétiens. En 1509, les Espagnols prirent la ville, pour en faire un comptoir ; la prospérité commerciale se maintint grâce aux relations avec Pise et Gènes. Charles Quint en fit sa résidence en 1541.

Mais en 1555, elle fut prise par le Dey d’Alger, passa sous pouvoir turc, et fut progressivement éclipsée par l’Alger turque, d’autant que le découpage de l’Algérie turque en 3 beyliks plaça pendant 3 siècles Bejaia en position marginale.

En 1833, lors de son occupation par l’armée française commandée par Trézel, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même : elle comptait 265 maisons, soit 2 000 habitants environ.

La colonisation aménagea le port existant, construisit un avant-port et un bassin ; la ville retrouva progressivement son rôle de débouché des Kabylies. Lors de l’insurrection de 1871, elle fut attaquée (en vain) par les tribus kabyles voisines. Devenue sous-préfecture, elle éclata hors de ses remparts, et s’étendit peu à peu sur les pentes.

Béjaïa et son site : la ville, la zone industrielle et la chaîne des Babors (photo M. Côte).

Ville de Bgayet

En 1954, elle comptait 30 000 habitants, parmi lesquels 6 200 relevaient de la communauté européenne.

Cependant, une des dernières décisions du pouvoir colonial allait être importante pour la ville : celle, prise en 1960, de faire déboucher à Bejaia l’oléoduc amenant sur le littoral le pétrole saharien, à travers les gorges du Ksob et les Portes de Fer. Bejaia devenait l’exutoire (longtemps unique) de ce pétrole, et du même coup un port pétrolier important.

Bejaia actuelle ou la difficulté à s’assurer un hinterland

La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : site de baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large (nord-ouest) par l’avancée du Cap Carbon ; un bon site portuaire dans une des plus belles baies du littoral maghrébin, dominée par les hautes montagnes des Babor*.

Second avantage, ce site se trouve au débouché d’une vallée large et longue, la Soummam, qui constitue un véritable couloir en direction du sud-ouest.

Et cependant, depuis l’époque où la ville a été capitale, un divorce s’est instauré entre Bejaia et sa région.

A l’échelle macro-régionale, Bejaia tourne le dos à sa région… qui le lui rend bien. Sa position à l’extrémité de la Soummam la place à la limite entre Grande et Petite Kabylie. Mais chacun des deux massifs montagneux s’enferme en lui-même, se cherche des capitales intérieures (Tizi-Ouzou, Akbou, Kherrata), se détourne de la mer et des activités maritimes — donc de Bejaia. Celle-ci fait un peu figure d’étrangère en ce pays. Son faible enracinement local se traduit par l’aire restreinte des tombées rurales sur la ville : elles proviennent de 4 ou 5 communes seulement.

A l’échelle micro-régionale, le problème est autre. Bejaia est le débouché tout indiqué pour l’Algérie médiane située entre Alger et Skikda : exutoire des Hautes plaines, port d’approvisionnement de 2 millions d’habitants. Mais les liaisons avec ce débouché sont fort délicates :

- au sud-ouest, la vallée de la Soummam constitue un beau couloir, mais qui s’infléchit vers l’ouest, ouvre seulement sur le bassin des Beni Slimane, lui-même déjà desservi par Alger plus proche ;

- au sud-est, les liaisons sur Sétif et les Hautes plaines ne peuvent se faire qu’à travers les gorges très escarpées de Kherrata (oued Agrioun). Une route y a été ouverte par le génie militaire à la fin du XIXe siècle. Elle vient d’être doublée par un tunnel routier de 7 km ; mais elle s’est refusée à la voie ferrée ;

- une troisième voie peut être trouvée au centre, en empruntant la Soummam sur une partie, puis les Portes de Fer et la longue montée vers Bordj-Bou-Arreridj. C’est celle qu’empruntent la voie ferrée et la route nationale, au prix d’un long détour.Aussi, malgré ces efforts, une partie des échanges échappent-ils à Bejaia, sur ses ailes ouest et est. Les contraintes topographiques maintiennent leurs droits.

Bejaia et ses activités

Elles sont essentiellement de deux ordres : portuaires et industrielles. Depuis longtemps port de pêche, et petit port commercial, Bejaia a vu son activité bénéficier d’une grande impulsion lorsque la pose de l’oléoduc d’Hassi Messaoud en a fait l’exutoire du pétrole saharien. A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par les énormes cuves à pétrole, reliées par conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville. Rejointe et dépassée aujourd’hui par Arzew et Skikda, Bejaia demeure néanmoins le 3e port du pays en volume, avec 9 à 10 millions de tonnes de trafic par an, dont 2 millions aux entrées (marchandises générales) et 8 millions aux sorties (hydrocarbures).

Fait notable, l’activité industrielle, fort active aujourd’hui, n’est guère née de ce trafic pétrolier, et guère plus des échanges avec l’arrière pays. Elle est avant tout le fait des pouvoirs publics, qui ont voulu créer un pôle d’emploi en cette région montagneuse et très peuplée. Il existait une base d’industries anciennes, de statut privé ; l’essentiel est une création de l’État algérien, à partir des années 1970. Il comporte une quinzaine d’unités, les plus remarquables étant une unité de jute, une fabrique de grues, une unité de confection, une usine de corps gras… Au total, Bejaia compte 8 000 emplois industriels, en majorité dans le textile.

Cette double activité de la ville a été confortée par le statut de chef-lieu de wilaya, la présence des équipements afférents, et les services gérant ou desservant toute la wilaya. Il a ainsi fallu tout le poids de l’État pour affermir le rôle de cette ville dans l’économie et le territoire national. Elle compte aujourd’hui 115 000 habitants.

Bejaia et son urbanisation

Adossée au Djebel Gouraya, comme Annaba au massif de l’Edough, face à une baie de toute beauté, la ville connaît cependant quelques problèmes dans son extension spatiale. Le site initial, coincé entre montagne et mer, était exigu. La petite plaine au sud, celle de l’oued Seghir, avait vocation agricole, et apparaissait trop humide pour être urbanisée. Aussi l’extension à l’époque coloniale s’est-elle faite en deux sens : vers le sud pour le port, vers l’ouest pour la ville, qui est demeurée sur les bas-versants du Djebel Gouraya. Mais les besoins de la ville récente ont été d’une autre ampleur, car en 40 ans elle a vu sa population et sa superficie multipliées par 4. Cette urbanisation s’est faite :
- par extension du tissu urbain sur les contreforts du Djebel Gouraya, en continuité avec la ville coloniale, mais égrenée sur les collines toujours plus loin vers l’ouest ;
- par implantation d’une vaste zone industrielle au centre de la plaine, au prix du drainage des terrains humides de l’oued Seghir, et du déménagement de l’ancien aérodrome. Elle compte une quinzaine d’unités aux grands bâtiments, modernes et propres, sans compter de nombreux dépôts et petites unités ;
- par le développement tout récent de la zone d’urbanisation d’Ihaddaden, sur le versant de collines au sud.

Béjaïa et ses difficiles liaisons avec l’arrière-pays.

Coexistent là des cités d’immeubles étatiques, et des quartiers en auto-construction qui s’aventurent toujours plus loin sur les pentes. Symétrique de celle du nord par rapport à l’axe de l’oued Seghir et de la zone industrielle, c’est là un véritable Bejaia 2 qui a surgi et est en train de se structurer.
Le site urbain est aujourd’hui quasiment rempli. Si la ville veut pousser plus loin au sud, elle devra déplacer ses cuves à pétrole, recouper le méandre de l’oued Soummam, et bétonner les agrumeraies qui la séparent de l’aéroport…

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Encyclopédie Berbere

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Bgayet. La légende de l’île des Pisans

Posté par Rabah Naceri le 1 janvier 2014

La légende de l'ile

LA LEGENDE DE L’ÎLE PISAN

L’île Pisan ou de Djeribia, encore appelée l’île de Djouba d’El-Bekri, est un rocher d’environ cinq cents mètres de long et cinquante mètres de haut dont les pentes sont couvertes de végétation. Il se dresse à l’Est d’Alger, près de Bougie, et garde le souvenir du fondateur de cette ville bâtie au bord de la mer sur le flanc sud du mont Gouraya dans la verdure. Longtemps elle fut florissante dans un des plus beaux paysages de la côte algérienne. Ses maisons étaient entourées de massifs d’orangers, de grenadiers et de figuiers de Barbarie. Lire la suite… »

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