Lettre de Zohra DRIF au directeur de cabinet de la présidence de la République

Posté par Rabah Naceri le 11 juin 2014

Zohra Drif

Monsieur le directeur de cabinet de la présidence de la République

1- Je vous remercie de m’avoir comptée parmi les personnalités nationales que vous avez invitées aux consultations initiées à l’occasion de la prochaine (encore une !) révision constitutionnelle.

2- Cela m’honore et m’oblige bien évidemment mais dans le même temps accable mes frêles épaules de vieille combattante de la glorieuse Zone autonome d’Alger dont, je dois l’avouer, je ne suis toujours pas revenue.

3- Étant parfaitement consciente et lucide sur le fait que je ne suis l’élue ni de Dieu ni des hommes, je sais que seuls I’immense Révolution du 1er Novembre 1954 et la chance inouie que j’ai eue d’y prendre part, mais surtout le redoutable privilège d’y avoir côtoyé les meilleurs d’entre nous d’alors et d’aujourd’hui, font de moi une “personnalité nationale” que l’on consulte en 2014.

4- Vous comprendrez dès lors que je ne me sens tenue que par la fidélité et la loyauté à mon pays, aux idéaux de notre combat libérateur et à la République algérienne démocratique et populaire telle qu’il en a enfanté, ainsi qu’à ses concepteurs, ses initiateurs et ses martyrs que je porte en moi comme une dette que nulle génération n’arrivera jamais à honorer vis-à-vis de cette terre sacrée. Votre génération peut, cependant, tout faire pour, à défaut d’honorer la dette, ne jamais trahir ce pourquoi elle a été contractée.

5- En lisant et relisant les documents que vous avez eu l’amabilité de m’envoyer, je n’ai cessé de me demander ce qu’en aurait pensé le grand Ben M’hidi que j’ai eu la chance de côtoyer et sous la direction duquel j’ai eu I’immense privilège de travailler jusqu’à son lâche assassinat par l’ennemi français. C’est donc avec la sincérité de mon coeur et la fidélité à la rigueur morale hors du commun de Ben M’hidi ainsi qu’à son sacrifice, que je me dois de vous dire la vérité : en dehors de quelques dispositions qui n’ont aucunement lieu d’être dans une Constitution (elles relèvent d’une simple loi), le document que vous m’avez fait parvenir n’apporte absolument rien ou presque.

6- Absolument rien, car outre le fait que les amendements ne constituent que la énième trituration d’un texte qui devrait accéder à l’intouchabilité du sacré — ce qui confère à cette révision constitutionnelle le statut de énième sacrilège — les changements proposés ne font que rendre criardes des concentrations de pouvoirs présidentiels qui étaient déjà largement exorbitants. Quant à I’essentiel, rien ne change.

7- Ou presque, car il faut bien reconnaître que l’article 81 bis est plus qu’une nouveauté, c’est une monstruosité au sens anatomique du terme. Cet article représente non seulement une violation de toute une part de la Constitution dont il fera partie (comme une maladie auto-immune), mais il est surtout une négation de la volonté populaire en permettant le détournement illégal d’un mandat électif intuitu personae au suffrage universel. Il est vrai que jusqu’ici on nous avait habitués à faire adopter une Constitution pour très vite la violer ou la triturer au besoin. C’est bien la première fois qu’il est proposé au peuple algérien un article (l’article 81 bis) par lequel il abdiquerait sa volonté ou pire, par lequel le mandat qu’il donne à un Président élu et responsable devant lui, est détourné vers une personne non élue et non responsable devant lui. Mais alors, pourquoi élire un Président au suffrage universel ? Et pourquoi se doter d’une Constitution ?

8- C’est ainsi que j’en arrive à la question cruciale de savoir quelles sont les garanties pour qu’après 52 ans d’accession à l’Indépendance, notre pays se dote enfin d’une Constitution qui ne sera pas violée par ceux-là mêmes qui seront chargés de la respecter, j’ai eu beau chercher dans vos documents ces fameuses garanties, mais force est de constater qu’il n’y en a nulle trace. Cela m’amène à penser hélas que cette révision constitutionnelle, pas plus que la précédente, ne répondra aux problèmes politiques et institutionnels qui se posent à notre pays. C’est dommage et j’en suis la première meurtrie.
C’est pourquoi je me permets d’adjoindre à cette modeste contribution cette autre, tout aussi modeste, que j’ai eu à remettre à l’occasion des consultations menées en juin 2011. En 2014 comme en 2011, je vous parle avec sincérité et honnêteté, mue par ce que je crois bon pour mon pays et seulement par cette conviction.

ALGER, LE 5 JUIN 2014
Mme Zohra DRIF-BITAT
Combattante de la guerre de libération nationale. Zone autonome d’Alger

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Déclaration des Droits de l’Enfant (texte intégral)

Posté par Rabah Naceri le 8 juin 2014

Déclaration des Droits de l’Enfant

20 Novembre 1959 (texte intégral)

Préambule

Considérant que, dans la Charte, les peuples des Nations unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme et dans la dignité et la valeur de la personne humaine, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

Considérant que, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Nations unies ont proclamé que chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés qui y sont énoncés, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation,

Considérant que l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d’une protection juridique appropriée, avant comme après la naissance,

Considérant que la nécessité de cette protection spéciale a été énoncée dans la Déclaration de Genève de 1924 sur les droits de l’enfant et reconnue dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que dans les statuts des institutions spécialisées et des organisations internationales qui se consacrent au bien-être de l’enfance,

Considérant que l’humanité se doit de donner à l’enfant le meilleur d’elle-même,

L’Assemblée générale

Proclame la présente Déclaration des droits de l’enfant afin qu’il ait une enfance heureuse et bénéficie, dans son intérêt comme dans l’intérêt de la société, des droits et libertés qui y sont énoncés; elle invite les parents, les hommes et les femmes à titre individuel, ainsi que les organisations bénévoles, les autorités locales et les gouvernements nationaux a reconnaître ces droits et à s’efforcer d’en assurer le respect au moyen de mesures législatives et autres adoptées progressivement en application des principes suivants :

Principe premier :

L’enfant doit jouir de tous les droits énoncés dans la présente Déclaration. Ces droits doivent être reconnus à tous les enfants sans exception aucune, et sans distinction ou discrimination fondées sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l es opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance, ou sur toute autre situation, que celle-ci s’applique à l’enfant lui-même ou à sa famille.

Principe 2 :

L’enfant doit bénéficier d’une protection spéciale et se voir accorder des possibilités et des facilités par l’effet de la loi et par d’autres moyens, afin d’être en mesure de se développer d’une façon saine et normale sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de liberté et de dignité. Dans l’adoption de lois à cette fin, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être la considération déterminante.

Principe 3 :

L’enfant a droit, dès sa naissance, à un nom et à une nationalité.

Principe 4 :

L’enfant doit bénéficier de la sécurité sociale, il doit pouvoir grandir et se développer d’une façon saine; à cette fin, une aide et une protection spéciales doivent lui être assurées ainsi qu’à sa mère, notamment des soins prénatals et postnatals adéquats. L’enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats.

Principe 5 :

L’enfant physiquement, mentalement ou socialement désavantagé doit recevoir le traitement, l’éducation et les soins spéciaux que nécessite son état ou sa situation.

Principe 6 :

L’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité, a besoin d’amour et de compréhension. Il doit, autant que possible, grandir sous la sauvegarde et sous la responsabilité de ses parents et, en tout état de cause, dans une atmosphère d’affection et de sécurité morale et matérielle; l’enfant en bas âge ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles, être séparé de sa mère. La société et les pouvoirs publics ont le devoir de prendre un soin particulier des enfants sans famille ou de ceux qui n’ont pas de moyens d’existence suffisants. Il est souhaitable que soient accordées aux familles nombreuses des allocations de l’État ou autres pour l’entretien des enfants.

Principe 7 :

L’enfant a droit à une éducation qui doit être gratuite et obligatoire au moins aux niveaux élémentaires. Il doit bénéficier d’une éducation qui contribue à sa culture générale et lui permette, dans des conditions d’égalité de chances, de développer ses facultés, son jugement personnel et son sens des responsabilités morales et sociales, et de devenir un membre utile de la société.

L’intérêt supérieur de l’enfant doit être le guide de ceux qui ont la responsabilité de son éducation et de son orientation; cette responsabilité incombe en priorité à ses parents.

L’enfant doit avoir toutes possibilités de se livrer à des jeux et à des activités récréatives, qui doivent être orientés vers les fins visées par l’éducation; la société et les pouvoirs publics doivent s’efforcer de favoriser la jouissance de ce droit.

Principe 8 :

L’enfant doit, en toutes circonstances, être parmi les premiers à recevoir protection et secours.

Principe 9 :

L’enfant doit être protégé contre toute forme de négligence, de cruauté et d’exploitation, il ne doit pas être soumis à la traite, sous quelque forme que ce soit.

L’enfant ne doit pas être admis à l’emploi avant d’avoir atteint un âge minimum approprié; il ne doit en aucun cas être astreint ou autorisé à prendre une occupation ou un emploi qui nuise à sa santé ou à son éducation, ou qui entrave son développement physique, mental ou moral.

Principe 10 :

L’enfant doit être protégé contre les pratiques qui peuvent pousser à la discrimination raciale, à la discrimination religieuse ou à toute autre forme de discrimination. Il doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, d’amitié entre les peuples, de paix et de fraternité universelle, et dans le sentiment qu’il lui appartient de consacrer son énergie et ses talents au service de ses semblables.

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Comment est-ce possible ?

Posté par Rabah Naceri le 7 juin 2014

J’aurais imaginé que n’importe quelle absurdité pourrait arriver dans cette Cité, jadis Capitale Hammadite,  sauf celle-ci : une pétition contre l’érection d’une bibliothèque communale.

Pour éclairer les lecteurs ou les visiteurs du blog, je vous relate cette histoire insolite que le commun des mortels n’aurait jamais imaginé que cela arriverait dans cette ville qui a été élevée au rang de capitale des Hammadites. Cette ville des sciences, de la culture qui a abrité des rencontres de savants de la méditerranée et de bien d’autres contrées éloignées, cette ville qui, dans ses moments de gloire, a mis à la disposition de ses citoyens une bibliothèque contenant plus de 10 000 ouvrages, des manuscrits authentiques sur les recherches en mathématiques, sur l’astronomie, sur les sciences médicales, sur les sciences en théologie, etc…

Un terrain, situé sur la rue Ahcène DEHAS, relevant du patrimoine foncier communal, abandonné et transformé en décharge publique, a été affecté à la construction d’une bibliothèque communale par délibération de l’Assemblée Populaire Communale de Bgayet. Le wali, accompagné du premier magistrat de la commune et d’une délégation d’élus communaux ont procédé à la pose de la première pierre pour la réalisation de cette infrastructure culturelle il y a de cela une vingtaine de jours, c’est à dire vers le début mai 2014.

Il faut rajouter aussi que ce terrain est à une dizaine de mètres d’une sûreté urbaine (1er arrondissement), à une centaine de mètres du siège de la mairie, à une cinquantaine de mètres de la Direction des Travaux Publics, qui est également à cheval entre la rue du Vieillard et la rue Ahcène Dehas.

Le côté insolite de cette histoire est qu’un groupe de jeunes, se disant résidents de ce quartier et « défenseurs d’espace vert », ont osé lancé une pétition pour faire annuler ce projet de construction d’une bibliothèque. Ces défenseurs de l’environnement d’un autre autre âge obéissent sûrement à d’autres objectifs et aux orientations de quelques manipulateurs agissant dans l’ombre pour réduire la réputation légendaire de cette ville pour la Culture et le Savoir, et, du coup, détourner ce terrain pour la construction d’une promotion immobilière sachant que le prix du mètre carré dans cette zone est excessivement élevé.

Pour éclairer nos amis, j’ai pris soin de prendre quelques clichés de « cet espace vert » en présence de Mr Boubeker Amrani, correspondant du quotidien « La Cité », qui a rédigé de sa plume un article paru ce matin, samedi 07 juin 2014. Jugez par vous-mêmes la beauté de cet espace.

Espace_1   Espace_2  Première pierre

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Les manuscrits de Cheikh El-Mouhoub Oulahbib. Un trésor sauvé de l’oubli

Posté par Rabah Naceri le 22 mai 2014

manuscrits Les manuscrits du Cheikh El Mouhoub Oulahbib, un éminent savant du XIXème siècle et grand collectionneur d’ouvrages traitant de plusieurs disciplines littéraire et scientifiques, sont désormais sauvés de l’oubli, a indiqué, mardi dernier, lors d’une conférence à Tizi-Ouzou, le documentaliste Mechehed Djamel-Eddine. Cet érudit, né, en 1822, à Béni Ouartilane (Sétif), a constitué une bibliothèque de plus de 1 000 manuscrits, dont 66 copiés de sa main, qui ont failli disparaître durant la période coloniale, a affirmé ce documentaliste et chargé de la codicologie à l’association de recherche en histoire et mathématiques « Gehimab » de Béjaïa, lors d’une conférence animée dans le cadre de la célébration du mois du patrimoine. Cette bibliothèque, qui se trouvait dans la maison d’El Mouhoub Oulahbib, a été incendiée en 1957, a-t-il ajouté, avant de préciser que des manuscrits ont pu être sauvés, grâce à une femme, Zhira, la bru du Cheikh, aujourd’hui âgée de 80 ans, qui a transporté sur son dos tout ce qu’elle a pu arracher aux flammes. Elle a pu ainsi récupérer un total de 642 ouvrages qu’elle a ensuite enterrés dans une autre maison, où ils sont restés jusqu’à l’indépendance. En 1962, ces manuscrits ont été déterrés et gardés par des proches du Cheikh Oulahbib. En 1985, M. Mechehed Djamel Eddine, arrière petit fils du Cheikh, entame la collecte de ces documents pour les restaurer, les préserver et les faire connaître. Le documentaliste a relevé que « la particularité de cette collection, rédigée avec le caractère maghrébin, est d’être la plus importante, au Maghreb, en terme de diversité de disciplines ». On y trouve des ouvrages traitant de l’astronomie, de la logique, de la littérature et de la poésie, des mathématiques, de l’agriculture, de la linguistique, mais aussi des actes notariés, des documents imprimés dont des bulletins de vote de l’époque et des manuscrits écrits en Tamazight, a-t-il fait observer. « Ces documents ont permis àManuscrits_botanique des chercheurs en mathématiques, en Histoire médiévale et Histoire des sciences, de l’université de Béjaïa, d’avoir un aperçu sur le niveau intellectuel de la région et de reconstituer le milieu intellectuel de la Kabylie orientale du VIIIème et IXème siècle », a indiqué le conférencier. Après la collecte M. Mechehed, aidé par des spécialistes, a entamé un travail de restauration des manuscrits et procédé à leur classement et mise en forme, sachant qu’il s’agit de pages volantes non numérotées, et à l’identification des manuscrits. Il a ensuite fait appel à un artisan relieur pour la reconstitution des ouvrages. La restauration achevée, les manuscrits ont été numérisés et publiés sur le site de la bibliothèque virtuelle de la méditerranée « E-corpus » et sont accessibles au public et aux chercheurs qui veulent les consulter ou les étudier. Cheikh El Mouhoub a fait ses études à la Zaouia de Chikh Aheddad de Sedouk dans la wilaya de Béjaïa, puis à celle de Sidi Sahnoune à Djemaa Saharidj (Tizi-Ouzou). Après 14 ans d’étude, il a commencé à constituer sa bibliothèque, durant l’époque coloniale. Il a été emprisonné deux fois par l’armée française en 1864 et en 1871, durant le soulèvement du Cheikh Aheddad qu’il avait rejoint. À sa sortie de prison, il a été assigné à résidence. L’année de la mort de cet érudit n’est pas connue, selon le conférencier.

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Les détenus du 19 mai 1981 ont parlé…

Posté par Rabah Naceri le 14 mai 2014

L’association des étudiants de la cité « Aâmriou » (résidence ex ITE) a organisé une conférence débat animée par trois détenus du 19 mai 1981 à savoir Aziz Tari, Nacer Boutrid et Mokrane Aggoune. Il y avait également deux autres détenus qui ont tenu à assister à ce premier évènement, il s’agit de Zoubir et de Brahiti.

Il se trouve que Mokrane Aggoune et Brahiti étaient les plus jeunes détenus de l’Algérie indépendante. Ils avaient à peine seize ans lorsque le pouvoir algérien leur a fait connaitre les tortures et l’enfermement dans les geôles de la prison d’El Khemis (Bgayet) accusés d’atteinte à la sécurité de l’Etat alors qu’ils étaient lycéens et n’avaient pour unique tort d’avoir revendiqué la reconnaissance de Tamaziɣt, le respect des libertés démocratiques et plus de justice.

J’ai failli oublier que Nacer Boutrid et onze de ses camarades détenus ont passé les épreuves du Bac en prison, et six candidats détenus…l’ont obtenu avec une excellente moyenne. Mieux encore, Boutrid s’est présenté l’année suivante aux épreuves du Bac option « lettres arabes » et il l’a…encore obtenu.

Tour à tour, le conférencier et ses autres compagnons ont apporté leurs témoignages qui ont fortement ému l’assistance dont certains n’ont pu retenir leurs larmes. L’assistance suivait religieusement les récits de chacun des intervenants qui ont, pour la première fois, accepté de parler par devoir de mémoire envers les jeunes qui ignorent presque tout du 19 mai 1981.

Comme la majorité des étudiants étaient en période d’examens, les conférenciers ont manifesté leur disponibilité à tenir de nouveau la même conférence selon le programme des étudiants pour que tous les jeunes étudiants apprennent la portée politique et culturelle du 19 mai 1981.

Camera  

Camera 

Camera

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Politique de l’espace ou espace politique ?

Posté par Rabah Naceri le 14 mai 2014

Massacre_Espace_Vert
Mauvaise gestion, vide juridique et instrumentalisation du foncier

Espaces verts et jardins exclus des villes

La déception est grande de constater au quotidien que de nombreux responsables politiques, au niveau national et local, continuent de cautionner, voire en être même à l’origine, des projets d’urbanisation rapide et sauvage des villes, ignorant en permanence les appels des citoyens pour la préservation des espaces verts, plutôt de l’espace tout court.

Ces mêmes responsables qui affirment œuvrer pour le développement de la ville et du cadre de vie de tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, enfants et personnes âgées. Rares sont ceux qui joignent l’acte à la parole. En témoignent, les nombreux «massacres» infligés à la nature, à l’espace, à la cité, au patrimoine architectural historique et culturel, au moral et à la santé publique. Tout cela, sous prétexte de «l’urgence» de construire des logements, avec tous les espaces d’accompagnement nécessaires,à l’exemple des établissements scolaires, les structures de santé et autres. Alger étouffe. Elle et toutes les autres grandes villes du pays.

Cheikh Ferhat, spécialiste en météorologie et en environnement, bien connu des fidèles de la Radio algérienne, dénonce cette disparition continue de l’espace vert par la faute d’une mauvaise gestion de la collectivité locale. «Il est clair que la raison première de cette grande anarchie est dans le mauvais choix des responsables. Nous n’avons pas les hommes qu’il faut aux places qu’il faut. Nous n’avons pas de conseillers de l’environnement dans nos administrations, surtout pas dans nos APC. Pourtant les compétences existent. Des ingénieurs d’État, spécialisés dans le domaine (environnement), chôment. À leurs places, on met des bureaucrates». Cheikh Ferhat rappelle que les normes concernant la superficie de l’espace vert par habitant est loin d’être respectée à Alger ou ailleurs dans les autres grandes villes du pays: «La norme est de 10 m2 par habitant. Chez nous, elle est de moins d’1 m2 par habitant. Et l’on se demande pourquoi les gens souffrent de maladies respiratoires, oculaires et aussi de stress et de dépression! Pollution aidant, en raison notamment de la forte présence des véhicules, les conséquences de cette urbanisation sauvage des villes ne pourraient être autrement». À ce sujet, l’animateur de radio rappelle l’urgence de trouver une solution au problème de transport dans les grandes villes : «des études montrent que l’essence est un produit cancérigène. Il faut réduire au maximum son utilisation et, en parallèle, encourager le développement du transport en commun (métro, tramway et téléphérique). Il faut mettre le paquet pour cela. Nous avons les compétences humaines pour la réalisation des projets allant dans ce sens, mais aussi les ressources financières.
Près de 200 milliards de dollars de réserves de change, c’est de l’argent. Il faut l’exploiter dans des projets d’utilité publique d’avenir». Sur un autre plan, le spécialiste en météorologie et en environnement juge nécessaire de déplacer certaines administrations : «il est temps de procéder à des délocalisations. Il n’est pas normal que tout soit concentré à Alger. Sincèrement, je ne vois pas l’utilité de la présence de certains ministères dans les lieux que l’on connaît…». Évoquant toujours la
nécessité d’aller vers une politique efficace de préservation des espaces verts, notre interlocuteur dira : «Les espaces verts et les jardins laissés par la France sont aussi en voie de disparition. Les autorités ou les organismes habilités font semblant de les entretenir, mais pas vraiment comme il se doit. C’est comme ces semblants de travaux engagés aux abords des routes et autoroutes. Ils mettent du gazon pour l’ornement, sans plus. Ce n’est pas cela que nous demandons. Nous voulons de vrais espaces verts, avec des bancs publics, l’ensemble bien aménagé de façon à permettre à tous de s’y sentir à l’aise, en contact avec la nature pure».
Et de poursuivre : «Par miracle, le Jardin d’essais du Hamma a été préservé, après qu’il y eut des rumeurs sincères de le récupérer et de le diviser. En revanche, la forêt de Bainem qui est aussi le poumon d’Alger est à l’abandon. Il faut la protéger. La forêt de Bainem demande un plan d’aménagement. Les pouvoirs publics doivent faire appel aux spécialistes pour sauver ce qui reste de ce qui est source d’oxygène et de bien-être pour nous tous. Je ne parle pas seulement de la forêt de Bainem, mais de toutes les parcelles de terrain où il reste encore un peu de verdure».

Rabah Naceri, un citoyen militant de la ville de Béjaïa, spécialiste dans l’aménagement du territoire, rappelle qu’en date du 9 mai dernier, des habitants d’une cité, au cœur de la ville, sont sortis dans la rue pour dire leur opposition à la récupération d’un terrain par un promoteur immobilier. Sur les banderoles, il était écrit: «Arrêtez de marchander nos espaces verts!». Un cri de détresse porteur de plusieurs messages. Notre interlocuteur rappelle que «ce terrain a déjà fait l’objet d’une tentative de construction, il y a quelques années, par un promoteur. Ce dernier a vite abandonné son projet par suite d’une réaction musclée des résidents de cette cité. Et voilà qu’aujourd’hui, la même tentative se refait pour l’érection d’une promotion immobilière». Les manifestants, décidés à protéger leur espace, dénoncent l’absence de réaction de la part des autorités qui sont censées se charger de cette mission. Ils accusent les autorités locales d’être complices dans cette «affaire de détournement» et l’Agence foncière de la wilaya de laxisme. «L’Agence foncière de wilaya est censée veiller à préserver les espaces verts urbains et à règlementer l’urbanisation des poches de terrain se trouvant dans les périmètres urbains ou ruraux», soutiennent-ils.
Allant plus dans le détail, Rabah Naceri indique que «l’espace en Algérie, quel que soit son statut (privé, public, domanial, communal, waqf…) n’a jamais bénéficié de l’attention méritée des pouvoirs publics, alors qu’il est un élément essentiel dans tout programme de développement qu’il soit local, régional ou national. Pour preuves, une grande partie des wilayas n’ont pas élaboré, à ce jour, leur plan cadastral. Cette opération technique qui est indispensable aurait permis aux responsables de chaque entité territoriale d’identifier et d’inventorier toutes les parcelles de terrain ainsi que leur nature juridique.
En possession de toutes ces données physiques, les décideurs n’auraient eu aucun mal à gérer rationnellement l’espace et de réussir, par ailleurs, leurs programmes de développement au lieu de buter sur ce fameux écueil du foncier qui les contraignent à délocaliser des projets structurants s’inscrivant dans le registre des revendications populaires (exemple: programmes de logements, infrastructures scolaires, infrastructures de la santé…)». Pour notre interlocuteur, le foncier comme bien d’autres choses essentielles dans la vie du citoyen, est utilisé comme moyen de chantage pour des fins exclusivement politiques: «L’espace est devenu un moyen instrumentalisé par certains responsables pour inscrire dans leur région natale des projets qui, souvent, ne répondent nullement aux besoins de la population de cette région. C’est ainsi, à titre d’exemple, que nous voyons certains établissements scolaires fermés pour absence d’élèves parce qu’érigés sans étude dans des sites qui ne répondent pas aux exigences du secteur de l’enseignement». Insistant encore sur la question, il dira: «Les pouvoirs publics ont préféré politiser l’espace au lieu d’élaborer une véritable politique de l’espace qui nous aurait évité l’usage anarchique de l’espace tel que nous le voyons aujourd’hui. À titre d’exemple, à Béjaïa, trois espaces verts ont été sauvés d’une « bétonisation » certaine grâce au mouvement citoyen qui a dénoncé et empêché des détournements d’espaces publics alors que les agences foncières de wilaya se sont murées dans un silence incompréhensible». Des citoyens sont aussi mis en cause, profitant des lacunes dans les textes de loi: «Conscients de ce vide juridique, certains individus n’hésitent pas à défricher des parcelles de terrain à l’orée des forêts, allant même jusqu’à provoquer des incendies graves qui ravagent des versants de montagnes entiers sans se soucier des conséquences sur l’équilibre écologique et les dégâts, dont nul ne peut évaluer l’ampleur, sur la faune et la flore. L’anarchie s’est, également, étalée aux zones urbaines qui se traduit par une incroyable déformation du paysage urbain et c’est ainsi que nous assistons de jour en jour à la disparition d’espaces verts, remplacés par d’énormes bâtisses avec des baies vitrées qui côtoient des cités anciennes qui sont l’âme de la ville».

Pour remédier, un tant soit peu à la situation, l’urgence aujourd’hui, entre autres solutions, est «d’activer l’opération cadastrale et de mettre en place une véritable politique de gestion de l’espace pour mettre fin à cette avancée anarchique du béton qui enlaidit nos cités et développe un stress généralisé au sein de notre société qui peine à s’épanouir devant ces agressions quotidiennes».
(Par Karima Mokrani. Source: http://www.latribune-dz.com/news/article.php?id_article=5621 ).

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Lettre de Ahmed ZABANA à ses parents juste avant de passer sous la guillotine…

Posté par Rabah Naceri le 7 mai 2014

AFIN QUE NUL N’OUBLIE

Zabana_guillotiné

* Cette machine de la mort a été inventée et largement utilisée par ce même pays qui se proclame, aujourd’hui, grand défenseur des droits de l’homme

La lettre du chahid Ahmed Zabana à ses parents juste avant de passer sous la guillotine, ce fut le premier Moudjahid guillotiné par la France.

« Mes chers parents, ma chère mère.
Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir.

Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi. Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine.

Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable.
Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur H’mida »
الله يرحم الرجال

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Les Citoyens Bougiotes dénoncent le bradage des espaces verts

Posté par Rabah Naceri le 28 mars 2014

Aujourd’hui, vendredi 28 mars 2014, s’est tenu un sit-in de citoyens de la ville de Bejaia pour dénoncer un projet de construction de bâtisses d’habitation dans un espace vert portant des arbres centenaires et de surcroit dans un périmètre protégé par le décret exécutif n° 13-187 du 0- mai 2013.

Ils sont venus très nombreux pour dire NON AU BRADAGE de nos espaces verts au profit du béton destructeur. Une grande banderole portant le slogan « Na3ya guel bétonnage » était accrochée sur la clôture même mise en place pour les besoins du chantier. Les citoyens sont déterminés à poursuivre le combat jusqu’à l’annulation du permis de construire. A cet effet, une délégation s’est constituée et qui sera chargée d’entreprendre les démarches nécessaires auprès des autorités concernées et d’en informer l’assistance des suites réservées à leur protestation.

Oliviers  

Sit-In

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Une histoire d’Amour liant M’hend Kasmi au Musée de l’eau de Toudja

Posté par Rabah Naceri le 23 mars 2014

La fête de l’eau « Tamaɣra wamane » de cette année, qui est à sa cinquième édition, revêt un caractère particulier car elle se fera sans la présence de son membre fondateur M’hend KASMI. Tout le monde sait que notre ami M’hend a été ravi aux siens avec une rapidité qui a surpris tous ses amis, mais nous savons que les sentences divines se passent de tout recours.
Nous sommes convaincus, aujourd’hui, que l’âme de notre ami M’hend restera liée pour l’éternité avec la journée de l’eau et avec le musée de l’eau de Toudja ainsi que par toutes ces oeuvres et les nombreuses contributions littéraires.

Je reprends ci-dessous un article écrit de la main de Kader B. qui a paru dans le quotidien national Le Soir d’Algérie.

museetoudja La cinquième édition de La Fête de l’eau (Tamaghra waman), qui sera ouverte samedi prochain (22 mars) à Toudja, sera l’occasion de rendre hommage à M’hand Kasmi, membre fondateur du Musée de l’Eau de Toudja. Lire la suite… »

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Bejaia dans Encyclopédie Berbère.

Posté par Rabah Naceri le 21 mars 2014

Encyclopédie Berbère

Par M. Cote

Béjaïa
(Saldae, Badjaia, An Nasiriya, Bougie)

Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les historiens et géographes omettent souvent de citer le nom de « Bgayet » qui est le nom originel de cette célèbre cité dont le rayonnement a dépassé les frontières de la méditerranée. Par ignorance ? Je ne le crois pas. A dessein ? Quel est-il ?

Les débuts de Bejaia

1 Ce site militaire et portuaire bien abrité des vents par le Cap Carbon fut occupé très tôt. Le port romain, qui n’avait sans doute fait qu’aménager un comptoir punique, prit le nom de Saldae, et fut érigé en colonie sous Auguste. Il souffrait cependant de sa position marginale, à l’extrémité occidentale de la Maurétanie Sétifienne.
2 Occupée par les Vandales au Ve siècle, par les Arabes en 708, la ville connut des hauts et des bas. Au Xe siècle, elle était habitée principalement par des Andalous, qui la firent bénéficier des apports hispano-mauresques.
3 Elle n’était cependant qu’un petit port de pêche lorsque la dynastie hammadite, centrée sur le bassin du Hodna, et qui cherchait un exutoire maritime, prit en main sa destinée. En 1067, An Nasir y fit entreprendre des travaux, dès l’année suivante il y emménagea et lui donna le nom de An Nasiriya. La pression croissante des Béjaïa au XIe siècle, d’après P.L. Cambuzat, 1986.

Carte  

La pression croissante des nomades dans le Hodna, en même temps que le développement des échanges commerciaux avec l’Europe, avaient ainsi amené la dynastie hammadite à transférer sa capitale, de Qalaa des Beni Hammad à Bejaia — décision symbolique du déplacement progressif du centre de gravité, de l’intérieur vers le littoral, qu’allait connaître tout le Maghreb.

La gloire d’une capitale médiévale

Bejaia fut alors capitale d’un royaume s’étendant de Tenès à Annaba. C’était le pôle de tout le Maghreb central, elle éclipsait toutes les autres cités. L’on a estimé qu’elle comptait alors 100 000 habitants. Décrite par Idrissi et plus tard par Léon l’Africain, c’était une belle cité, un grand carrefour d’échange.

« Les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés et, en fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois de construction ne fait pas défaut dans ses vallées et dans ses montagnes, et la forêt produit de l’excellente résine ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse » (Al Idrissi, Description de l’Afrique et de l’Espagne, in Golvin).

La ville était connue pour livrer des quantités importantes de cire servant à fabriquer les bougies, ce serait là l’origine du nom de ce produit. C’était aussi une base militaire pour les expéditions contre le pays des Rum (principalement la Sicile, à 3 jours de navigation).

Capitale arabe en pays kabyle, Bejaia était une ville cosmopolite, où se côtoyaient Arabes, Kabyles, Andalous, Chrétiens et Juifs. La communauté chrétienne était suffisamment nombreuse pour que le Pape Grégoire VII, y envoie, à la demande du souverain hammadite, un évêque. Le théologien et philosophe Raymond Lull y mourut en 1315, lapidé pour avoir voulu évangéliser la population musulmane.

« Il est hors de doute que la nouvelle capitale des Beni Hammad fut un extraordinaire foyer de culture. La dynastie y connaît son apogée, la ville reçoit la visite fréquente, on pourrait dire constante, de voyageurs venus de tous les points du monde musulman qui abordent et séjournent plus ou moins longtemps dans ce port accueillant, d’accès facile. Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie, au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalaa, cité berbère vivant à l’orientale »  (L. Golvin, 1957).

La ville était enfermée dans un rempart et située sur un petit promontoire dominant la baie. L’eau provenait de Toudja (dans les montagnes à l’ouest) par un aqueduc. Le ravitaillement se faisait à partir de la petite mais riche plaine agricole locale, au confluent de l’oued El Kebir (la Soummam actuelle) et de l’oued Seghir. A proximité était exploitée la mine de fer de Timezrit.

Les siècles obscurs de Bejaia

Au XIVe siècle, la ville fut le siège d’une principauté hafside, qui commerçait activement avec les États chrétiens. En 1509, les Espagnols prirent la ville, pour en faire un comptoir ; la prospérité commerciale se maintint grâce aux relations avec Pise et Gènes. Charles Quint en fit sa résidence en 1541.

Mais en 1555, elle fut prise par le Dey d’Alger, passa sous pouvoir turc, et fut progressivement éclipsée par l’Alger turque, d’autant que le découpage de l’Algérie turque en 3 beyliks plaça pendant 3 siècles Bejaia en position marginale.

En 1833, lors de son occupation par l’armée française commandée par Trézel, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même : elle comptait 265 maisons, soit 2 000 habitants environ.

La colonisation aménagea le port existant, construisit un avant-port et un bassin ; la ville retrouva progressivement son rôle de débouché des Kabylies. Lors de l’insurrection de 1871, elle fut attaquée (en vain) par les tribus kabyles voisines. Devenue sous-préfecture, elle éclata hors de ses remparts, et s’étendit peu à peu sur les pentes.

Béjaïa et son site : la ville, la zone industrielle et la chaîne des Babors (photo M. Côte).

Ville de Bgayet

En 1954, elle comptait 30 000 habitants, parmi lesquels 6 200 relevaient de la communauté européenne.

Cependant, une des dernières décisions du pouvoir colonial allait être importante pour la ville : celle, prise en 1960, de faire déboucher à Bejaia l’oléoduc amenant sur le littoral le pétrole saharien, à travers les gorges du Ksob et les Portes de Fer. Bejaia devenait l’exutoire (longtemps unique) de ce pétrole, et du même coup un port pétrolier important.

Bejaia actuelle ou la difficulté à s’assurer un hinterland

La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : site de baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large (nord-ouest) par l’avancée du Cap Carbon ; un bon site portuaire dans une des plus belles baies du littoral maghrébin, dominée par les hautes montagnes des Babor*.

Second avantage, ce site se trouve au débouché d’une vallée large et longue, la Soummam, qui constitue un véritable couloir en direction du sud-ouest.

Et cependant, depuis l’époque où la ville a été capitale, un divorce s’est instauré entre Bejaia et sa région.

A l’échelle macro-régionale, Bejaia tourne le dos à sa région… qui le lui rend bien. Sa position à l’extrémité de la Soummam la place à la limite entre Grande et Petite Kabylie. Mais chacun des deux massifs montagneux s’enferme en lui-même, se cherche des capitales intérieures (Tizi-Ouzou, Akbou, Kherrata), se détourne de la mer et des activités maritimes — donc de Bejaia. Celle-ci fait un peu figure d’étrangère en ce pays. Son faible enracinement local se traduit par l’aire restreinte des tombées rurales sur la ville : elles proviennent de 4 ou 5 communes seulement.

A l’échelle micro-régionale, le problème est autre. Bejaia est le débouché tout indiqué pour l’Algérie médiane située entre Alger et Skikda : exutoire des Hautes plaines, port d’approvisionnement de 2 millions d’habitants. Mais les liaisons avec ce débouché sont fort délicates :

- au sud-ouest, la vallée de la Soummam constitue un beau couloir, mais qui s’infléchit vers l’ouest, ouvre seulement sur le bassin des Beni Slimane, lui-même déjà desservi par Alger plus proche ;

- au sud-est, les liaisons sur Sétif et les Hautes plaines ne peuvent se faire qu’à travers les gorges très escarpées de Kherrata (oued Agrioun). Une route y a été ouverte par le génie militaire à la fin du XIXe siècle. Elle vient d’être doublée par un tunnel routier de 7 km ; mais elle s’est refusée à la voie ferrée ;

- une troisième voie peut être trouvée au centre, en empruntant la Soummam sur une partie, puis les Portes de Fer et la longue montée vers Bordj-Bou-Arreridj. C’est celle qu’empruntent la voie ferrée et la route nationale, au prix d’un long détour.Aussi, malgré ces efforts, une partie des échanges échappent-ils à Bejaia, sur ses ailes ouest et est. Les contraintes topographiques maintiennent leurs droits.

Bejaia et ses activités

Elles sont essentiellement de deux ordres : portuaires et industrielles. Depuis longtemps port de pêche, et petit port commercial, Bejaia a vu son activité bénéficier d’une grande impulsion lorsque la pose de l’oléoduc d’Hassi Messaoud en a fait l’exutoire du pétrole saharien. A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par les énormes cuves à pétrole, reliées par conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville. Rejointe et dépassée aujourd’hui par Arzew et Skikda, Bejaia demeure néanmoins le 3e port du pays en volume, avec 9 à 10 millions de tonnes de trafic par an, dont 2 millions aux entrées (marchandises générales) et 8 millions aux sorties (hydrocarbures).

Fait notable, l’activité industrielle, fort active aujourd’hui, n’est guère née de ce trafic pétrolier, et guère plus des échanges avec l’arrière pays. Elle est avant tout le fait des pouvoirs publics, qui ont voulu créer un pôle d’emploi en cette région montagneuse et très peuplée. Il existait une base d’industries anciennes, de statut privé ; l’essentiel est une création de l’État algérien, à partir des années 1970. Il comporte une quinzaine d’unités, les plus remarquables étant une unité de jute, une fabrique de grues, une unité de confection, une usine de corps gras… Au total, Bejaia compte 8 000 emplois industriels, en majorité dans le textile.

Cette double activité de la ville a été confortée par le statut de chef-lieu de wilaya, la présence des équipements afférents, et les services gérant ou desservant toute la wilaya. Il a ainsi fallu tout le poids de l’État pour affermir le rôle de cette ville dans l’économie et le territoire national. Elle compte aujourd’hui 115 000 habitants.

Bejaia et son urbanisation

Adossée au Djebel Gouraya, comme Annaba au massif de l’Edough, face à une baie de toute beauté, la ville connaît cependant quelques problèmes dans son extension spatiale. Le site initial, coincé entre montagne et mer, était exigu. La petite plaine au sud, celle de l’oued Seghir, avait vocation agricole, et apparaissait trop humide pour être urbanisée. Aussi l’extension à l’époque coloniale s’est-elle faite en deux sens : vers le sud pour le port, vers l’ouest pour la ville, qui est demeurée sur les bas-versants du Djebel Gouraya. Mais les besoins de la ville récente ont été d’une autre ampleur, car en 40 ans elle a vu sa population et sa superficie multipliées par 4. Cette urbanisation s’est faite :
- par extension du tissu urbain sur les contreforts du Djebel Gouraya, en continuité avec la ville coloniale, mais égrenée sur les collines toujours plus loin vers l’ouest ;
- par implantation d’une vaste zone industrielle au centre de la plaine, au prix du drainage des terrains humides de l’oued Seghir, et du déménagement de l’ancien aérodrome. Elle compte une quinzaine d’unités aux grands bâtiments, modernes et propres, sans compter de nombreux dépôts et petites unités ;
- par le développement tout récent de la zone d’urbanisation d’Ihaddaden, sur le versant de collines au sud.

Béjaïa et ses difficiles liaisons avec l’arrière-pays.

Coexistent là des cités d’immeubles étatiques, et des quartiers en auto-construction qui s’aventurent toujours plus loin sur les pentes. Symétrique de celle du nord par rapport à l’axe de l’oued Seghir et de la zone industrielle, c’est là un véritable Bejaia 2 qui a surgi et est en train de se structurer.
Le site urbain est aujourd’hui quasiment rempli. Si la ville veut pousser plus loin au sud, elle devra déplacer ses cuves à pétrole, recouper le méandre de l’oued Soummam, et bétonner les agrumeraies qui la séparent de l’aéroport…

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Encyclopédie Berbere

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