La Vallée de la Soummam…Un paradis à jamais perdu ?

Posté par Rabah Naceri le 5 juin 2013

Ce texte a été publié par notre amie Imane SELLAL dans sa page facebook que je reprends avec sa permission. Ce texte inédit nous retrace avec force détails toute la légende qui a longtemps entouré le fleuve de la Soummam que les habitants de la vallée qui borde cette grande rivière ont jalousement conservée en la transmettant de génération en génération.
La Vallée de la Soummam...Un paradis à jamais perdu ? dans 1. AU JOUR LE JOUR vallee-titre
AUTEUR MR Youcef Allioui 
« Soummam » est la déformation du mot kabyle asemmam qui signifie « acide ». La mythologie kabyle attribue cette acidité au sang du monstre et tyran Feraoun. En réalité, « le fleuve acide » (asif asemmam) doit son nom à la forêt de tamaris qui occupe les rives du fleuve (iciqer). Le feuillage de l’arbuste chargé de sel, donne un goût légèrement acide à l’eau du fleuve. Dans les temps bien lointains et dans l’antiquité, les Kabyles ou Cabailes d’alors l’appelaient « la vallée aux bourgeons » (Tanebsat) ; la fameuse Navasath qui avait valu, par sa farouche résistance, tant de déboires aux envahisseurs étrangers.

Mais revenons brièvement à la mythologie kabyle qui a consacré « quelques belles pages de littérature orale » à cette majestueuse et luxuriante vallée, seul creuset kabylisant, qui s’étend sur plus de 2000 km2. Il est fort possible qu’il en est également question dans le mythe important qui parle des cinq premières confédérations (ou nations) kabyles (Quenquigentiens). L’importance historique et géographique permet à la vallée de la Soummam de « supplanter » – aux yeux de ceux qui connaissent peu ou pas le pays – les montagnes avoisinantes, y compris le Djurdjura oriental et son continuum, la chaîne du « col du vent », l’Akfadou, et la partie occidentale de la chaîne des Bibans et celles de l’Achtoub. Aussi, quand les gens parlent de « la Soummam », ils ignorent souvent que ce mot magique, qui figure dans la mythologie kabyle, recouvre une réalité géographique et sociologique très complexe. J’y reviendrai plus loin.

Selon la mythologie kabyle, le fleuve Soummam aurait jailli du sang du monstre Feraoun. « Le prince Aggar (ou Aqqar, selon les Anciens) », fils de la lionne, suivit les recommandations de la fourmi… Quand Feraoun tomba, son sang gicla avec violence. De ce giclement, il créa « la mare de Feraoun (tamda n’Ferûn) », celle qui est la plus profonde dans le fleuve Soummam. Comme son sang continuait de couler vers la confédération des gens de Bougie (Ibgaytiyen), il forma la mer que les Anciens appelaient « la mer blanche » (agwensil acebhan) ».

Jadis, la Soummam fut peuplée de lions, de panthères, de léopards, de guépards, de buffles, d’hyènes, d’antilopes de loutres et de beaucoup d’autres espèces. Ces animaux sauvages peuplaient plaines et massifs algériens. Aujourd’hui, on a du mal à imaginer que l’Algérie fut un paradis pour les grands animaux sauvages.

Les Anciens des deux versants l’appelaient « la grande vallée » ou « vallée acide (Alma ameqqwran/Alma asemmam) ». Les habitants du Djurdjura du sud et de l’Akfadou l’appellent aussi « la grande plaine (azaγar) ». La Soummam recueille l’eau du Djurdjura et de l’Akfadou, de la chaîne des Bibans et des Babors. Cette eau, nécessaire à la consommation des hommes et à l’irrigation des champs et des jardins, alimente également les nappes phréatiques.

Lieu de haute résistance, la vallée de la Soummam a toujours été le premier lieu convoité par les envahisseurs de la Kabylie. Comme les Kabyles ne pouvaient subsister que grâce au complément de céréales fourni par leurs plaines, les montagnards des deux versants s’étaient partagés depuis la nuit des temps la vallée. Quand un envahisseur vint à l’occuper, il s’exposait de fait aux harcèlements des Archs propriétaires des terres environnantes. Les Anciens ont encore en mémoire un accord passé par les confédérations des At Abbès, des At Idel et des At Mlikech avec celles des Illoulènes ou-Samer, des Awzellaguen et des At Weghlis pour s’organiser et contraindre les Turcs à ne plus s’attaquer aux agriculteurs qui travaillaient dans la vallée profonde.

Les terres de la Soummam sont appelées de différents noms selon leur emplacement par rapport au fleuve. La belle forêt, où jaillissaient ici et là de nombreuses sources, est appelée « bois broussailleux » (iciqer). Les terres de la « profonde vallée » (taγzuyt) sont les immenses vergers qui bordent le lit du fleuve Soummam. En général, ce sont des jardins où l’on cultive tous les agrumes et les fruits. Les champs limitrophes des jardins, qui constituent « la plaine céréalière » (alma g_igran) sont consacrés aux céréales, aux oliviers et aux figuiers. Plus haut, ce sont les riches collines de la Soummam (Tiwririn) où les montagnards kabyles cultivent le meilleur de leurs céréales. Ce sont ces collines, des deux versants de la vallée, théâtres de farouches combats entre les envahisseurs du pays et les Kabyles, qui ont souvent permis aux montagnards de ne pas mourir de faim, car elles étaient plus faciles à défendre. Les confédérations de Djurdjura occidental n’hésitaient pas à prêter main forte à leurs frères du versant sud, car beaucoup d’entre eux vivaient aussi de la production de ces terres.

Quand ils étaient obligés de quitter la luxuriante « vallée aux milliers de sources », où les blés et les orges sont aussi hauts que les hommes, les Kabyles reconstituaient autant que faire se peut, sur les collines environnantes, des versants nord et sud de la Soummam, les immenses vergers de la vallée profonde ainsi que les champs céréaliers. Les oliveraies et les figueries des collines étaient créées à l’image de celles qui ont été abandonnées de force dans la vallée proprement dite.

Plus haut encore, ce sont les « terres des villages » (akal t_tudrin), la terre des montagnards. Ce sont des terres encore riches bien que difficiles à cultiver car elles sont en pente et très rocailleuses. Les nombreuses murettes de pierres qui entourent les champs témoignent du nombre de cailloux que les Kabyles ont extrait des champs pour rendre la terre plus fertile. Ici, les vignes serpentent dans les airs en grimpant sur les frênes sacrés, les micocouliers, les hêtres et les chênes « au gland doux comme le miel », que les Kabyles consommaient, en lieu et place de leurs habituelles céréales, en période de disette. De petits champs non loin du village sont utilisés comme jardins (tamazirt/timizar). Ici, ce sont de petits jardins (taqwirt/tiqwirin), dont les femmes prennent encore grand soin, qui entourent les villages. Lieu de villégiature et de détente pour la gent féminine, les hommes n’y entraient qu’avec réticence et l’autorisation des femmes de la famille.

Plus haut encore, les terres sont livrées au grand maquis. Toute cette partie de la haute montagne est appelée tout simplement « la montagne » (adrar). Les terres de l’adrar servaient aux pâturages et à la fourniture du bois nécessaire à la construction et au chauffage. Tout autour, c’est le grand et haut maquis (amadaγ) que les Kabyles traitaient aussi avec grand soin, car il participe à l’équilibre écologique de la région. C’est là qu’ils chassaient pour compléter leurs besoins en protéines ; c’est là qu’ils élevaient leurs ruches d’abeilles qui fournissaient le miel aux mille vertus thérapeutiques. On peut y rencontrer des arbres fruitiers – que les anciens, amoureux de l’arbre et de la nature -, avaient arrachés à leur état sauvage en les greffant. Ici et là, des cabanes sont aménagées près de grandes sources pour la halte des bergers et des chasseurs. Les femmes ne s’y aventuraient qu’en groupe et accompagnées des garçons.

Voilà donc toute l’étendue que beaucoup appelle « abusivement » « la Soummam ». Il s’agit du Djurdjura oriental, de l’Akfadou, de la chaîne des Bibans et même d’une partie de l’Achtoub (Babors).

En réalité, ce cœur kabyle éclatant et mystérieux qu’est la vallée de la Soummam, n’est fait que des deux premières parties décrites plus haut, les jardins autour du fleuve (taγzuyt ou taqwbalt) – terme qui signifient « jardins » – et la vallée céréalière, appelée « terre de céréales » (akal g’igran), parties qui constituent la vallée proprement dite, azaghar et qui s’étend de la Kabylie des Bibans, « des portes de fer » (Tiggura g’wuzzal)(At Mensur) en passant par Bouira (Tubirett) jusqu’aux magnifiques plages au nord de Béjaïa (Bgayet) au sud des confédérations des At Slimane, des At Ouwejhane et des At Mensur.

La vallée de la Soummam demeure le « jardin » de la Kabylie. Elle s’étend sur une longueur de 150 kilomètres et une largeur d’une quinzaine de kilomètres voire davantage, selon les endroits, soit un espace paradisiaque de plus de 2000 km² ! Sources et jardins se partagent cet espace le long du fleuve Soummam (Asif Asemmam). De centaines de vergers, aussi magnifiques les uns que les autres, montraient à quel point les Kabyles étaient attachés à la beauté de cette vallée. Chacun s’ingéniait à vouloir restituer chez lui, près de sa maison, les majestueux et anciens vergers des aristocrates kabyles.

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