LETTRE DES CITOYENS DE LA WILAYA DE BEJAIA à M. LE PREMIER MINISTRE

Posté par Rabah Naceri le 23 avril 2013

Cette lettre a été publiée dans une page de facebook qui est consacrée au développement de notre wilaya.
Elle a été postée par notre ami Arezki Maouche dans la page « Bejaia, l’âme de la Kabylie« .
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LETTRE DES CITOYENS DE LA WILAYA DE BEJAIA à M. LE PREMIER MINISTRE
Monsieur le Premier Ministre

D’abord bienvenu dans notre wilaya, votre wilaya.
Nous vous souhaitons un agréable séjour, tout en sachant que votre visite n’a rien d’une tournée touristique, loin s’en faut.
Mais permettez-nous de vous soumettre cette réflexion, élaborée très rapidement mais qui constitue à nos yeux la trame des problèmes vécus.
Dans cette lettre nous avons tenté de résumer, contrainte de temps obligeant et pour ne pas rater l’occasion de votre visite, les principaux secteurs sur lesquels devrait se focaliser l’attention des décideurs, si tant est que leur souci est de faire bénéficier la région des bienfaits du développement national.

Sur le plan économique, les ambitions du Président se concrétisent sur le terrain et nous n’en voulons pour preuve l’évolution exponentielle des régions du pays, et cela sur tous les plans et dans tous les domaines : industrie, habitat, infrastructures de base, infrastructures culturelles et d’enseignement.
Une comparaison de visu suffit pour constater l’écart abyssal avec notre région, retard qu’il sera difficile de rattraper, à moins d’un véritable plan Marshall.
Existe-t-il des raisons et des arguments valables pour justifier ces retards ?

Habitat / Urbanisation :

Voilà depuis bien longtemps que les chantiers de construction de logements sociaux ne sont plus actifs à la hauteur des besoins qui sont les mêmes que les autres wilayas. Seuls les promoteurs privés saisissent l’aubaine en réalisant des cités cédées aux prix que vous connaissez tous et dont ne bénéficient, bien entendu que ceux qui disposent des moyens, l’immobilier étant une valeur refuge sure. Je ne me permettrai pas de dire que c’est le meilleur moyen d’investir les excédents financiers, excédents qui auraient pu mieux servir si le climat de l’investissement était meilleur et bénéficiait de mesures incitatives plus fortes.
Mais il faut tout de même reconnaitre le dynamisme dans la réalisation de logements promotionnels, malgré cette absence de programmes de logements sociaux. Ce qui par contre ne semble pas être une préoccupation, est cette urbanisation apparemment sans plan directeur. Nous voyons fleurir des tours dans des quartiers sans étude d’implantation, dont l’architecture ne répond qu’aux seuls critères de rentabilisation des terrains. Toutes les poches sont occupées très souvent au détriment des servitudes communes, ne laissant aucune place aux voies de liaisons, y compris les trottoirs qui sont squattés. Demain la ville sera asphyxiée et ce demain est très proche.
Les coopératives et les lotissements s’érigent sans penser aux besoins collectifs : pas de centres communs de loisirs, pas d’écoles, pas de centres de soins. Par contre les locaux commerciaux et de service foisonnent et deviennent la règle.
Par contre les vieilles cités faisant partie de l’ancienne ville sont abandonnées, se délabrant doucement mais surement, et ne retiendront l’attention des pouvoirs publics qu’une fois survenues des catastrophes, à l’image de l’effondrement de l’ex palais de justice, qui aurait gagné à être rénové et affecté.
En matière d’urbanisation, l’extension anarchique, en raison des tensions de l’époque a abouti à la création d’une favela, TIZI, difficile aujourd’hui difficile à « urbaniser ».

Infrastructures de base :

Les infrastructures de base, particulièrement les routes et les voies ferrées sont les mêmes que celles datant depuis des décennies. Elles constituent le sujet principal de nos discussions en retour de voyages, pour ceux qui le font, dans toutes les régions. L’état de nos routes fait honte. Bejaia, avec le respect que nous devons à notre continent est une vraie ville d’Afrique. Bejaia est une enclave délabrée dans un pays qui change de visage de jour en jour. Même la ville est abandonnée et circuler en voiture ou à pied vous soutire forcément des grognes et des coups de sang devant toutes les difficultés et le chantier de la trémie n’est pas l’unique raison, car il y a bien d’autres.
Bejaïa risque encore plus d’isolement si elle n’est pas d’urgence reliée au reste du pays par tous les moyens. Les trois accès par route sont dépassés depuis bien longtemps : la route front de mer par Azzefoun, la route de montagne par Adekar, la route RN 9 devenue un calvaire par son étroitesse et …les dos d’ânes, et la route la reliant à Sétif sans oublier la liaison avec Jijel.
Pour souligner l’amorphisme de notre wilaya on peut l’illustrer en faisant remarquer que les travaux d’élargissement de ces axes routiers, pour au moins trois d’entre eux sont largement entamés, mais de l’autre côté de notre wilaya, à partir de Jijel et à partir de Sétif. Pourquoi ? Nous voudrions bien avoir une réponse.
Le Port de Bejaia, le premier à avoir été certifié ISO, le port qui fait partie de l’autoroute maritime méditerranéenne, risque l’asphyxie en raison justement de l’insuffisance des voies de communication terrestres. Et ce n’est pas seulement les importateurs qui fuiront ce port, mais également les investisseurs potentiels et ils auront raison pour les difficultés inévitables d’approvisionnement et de distribution.
Le port souffre avec le volume des importations d’exiguïté et commence à être fui, soit en raison des difficultés évoquées liées au réseau routier ou alors directement lié aux capacités des quais, laissant en rade des navires avec les conséquences onéreuses pour les importateurs et par voie de conséquence les consommateurs.
Zone de pêche autrefois réputée, la cote bougiote a perdu cette qualité. Les métiers de la pêche sont abandonnés sans aucune prévision de remplacement, tant dans ce métier que ceux qui lui sont rattachés, à l’exemple de la production de filets, du chantier naval de construction de chalutier.

Industrie :

La zone de Taharacht est qualifiée de zone très active, et à juste titre puisque c’est la seule que la wilaya comptabilise.
Grâce à quelques unités de yaourt, laiteries et autres fabriques de jus et boissons gazeuses, Bejaia est érigée en pôle de compétence dans l’agro-alimentaire, ceci en accordant tout de même la place du roi au géant des matières grasses implanté en ville, à proximité d’un autre géant du même profil dans le même secteur d’activité, mais public.
Autrement de quels investissements a donc bénéficié la wilaya de Bejaia ? Rien ou presque. Bien au contraire, la wilaya a connu un programme de désinvestissement.
Pas moins de Huit grandes usines du secteur public ont connu des élagages d’effectif, dont les taux de réduction atteignent les 70 à 80 %, soit près de dix mille emplois perdus. Il faut ajouter à cela les entreprises locales fermées et pour la presque totalité liquidées, dans le sens plein du terme.
Bejaia a connu un fort investissement dans l’industrie textile dans l’objectif élogieux de rapatrier la main d’œuvre formée en France, double souci économique et social : favoriser le retour des émigrés et profiter de leur expérience acquise.
Pour revenir à notre wilaya, ne faut-il pas s’inquiéter avant qu’il ne soit trop tard des raisons qui font que nos industriels n’investissent pas dans des créneaux de production à haute technologie, ou de production de biens ? Pourquoi les zones industrielles sont encore à l’état embryonnaire ou de vœux pieux ?

Agriculture :

Nous pouvons nous limiter à puiser dans notre mémoire pour nous désoler devant l’état de jachère des terres qui, jadis, étaient couvertes de toutes sortes de culture :vigne, arboriculture, cultures maraîchères. La vallée de la Soummam, sous réserve de son aménagement pourrait constituer le potager d’une bonne partie du pays, en tous les cas de toute la wilaya.
Pourtant il existe bien ce projet ambitieux de la mise en valeur de cette plaine, y compris même l’aménagement de l’oued, qui semble-t-il devait devenir navigable : voilà un rêve qui est resté en son état.
Les fermes agricoles, sous le coup de leurs restructurations sont abandonnées ou livrées à toutes sortes de plantes sauf les vivrières. Quant aux bâtisses et les caves, disons le tout de suite, elles sont en ruine. Quant à l’activité agricole elle est le plus souvent limité à de la sous- traitance, la location au détriment des besoins réels et au profit de la culture de spéculation.
Les services de l’agriculture, devraient voir de plus près les aides octroyées et s’assurer qu’elles vont réellement aux paysans qui exploitent leurs terres.
L’industrialisation, nous disait-on a provoqué l’exode rural. Aujourd’hui les campagnes sont vides et l’agriculture abandonnée pour d’autres motifs, qu’il faut identifier avec précision. Le problème n’est pas seulement local, il est national, mais je pense qu’il est fondamental dans notre région, si l’on se penche sur les mercuriales. Bejaia est la ville la plus chère d’Algérie.
Il est encore plus désolant de voir à quel rythme se réduit l’activité pêche, pour une région côtière dont les poissons étant, jadis très prisés.

Environnement et tourisme

En rentrant à Bejaia, la bienvenue vous est souhaitée par la décharge publique sur la belle corniche de la route de Boulimat, décharge qui, à longueur de journée, crache ses fumées dans l’atmosphère.
En empruntant n’importe quelle route d’accès ou n’importe quelle chemin de wilaya, les ordures jonchent les accotements, à croire que ces actes, relevant et de l’incivisme et du laxisme des autorités, sont réglementés ainsi.
Les bouteilles en PET non dégradables et les bouteilles en verre tapissent tous les fossés et tous les recoins et s’amoncellent de saisons en saisons. Le pire est que les plages, les abords des bosquets regorgent de ces emballages jetés et les plages seront très bientôt insalubres si elles ne le sont pas déjà.
Bejaia, la perle de l’Afrique du nord, devient un dépotoir, une décharge d’ordures à ciel ouvert.
Avec cela on prétend faire de la région une destination touristique. Le tourisme ne se suffit pas des infrastructures hôtelières, qui elles-mêmes souffrent déjà d’un déficit.
La quinzaine d’hôtels, nouvellement réalisés et tous du secteur privé ne totalisent probablement pas plus de 2500 à 3000 lits, approximativement en comptant deux cents lits par hôtel, ne disposant pas des chiffres exacts.
Vers quel tourisme faut-il orienter la région : Il y a bien sur le tourisme balnéaire, avec les plages féériques qui nécessitent tout de même un sérieux lifting. Mais il y a d’autres formes de tourisme : montagnard, culturel, de masse, de jeunes…etc.

Patrimoine et culture

Personne n’ignore le statut de ville historique de Bejaia et de sa région. Capitale d’une dynastie, les Hammadides, ville Universitaire depuis le moyen âge, elle est riche d’un patrimoine archéologique laissé à l’abandon et plusieurs sites méritent toute l’attention pour leur préservation, faisant partie de notre mémoire : la Kalaa, le site de Tiklat, les bordjs et autres forts, Gouraya, la porte Sarazine, l’aqueduc de Toudja pour ne citer que les plus connus.
Le patrimoine culturel, historique devrait focaliser toutes les attentions pour préserver cette mémoire commune. Seule l’association GEHIMAB de l’Université tente d’activer sans moyens , uniquement à titre pédagogique pour la promotion de notre patrimoine.

Enseignement et formation

Le secteur de l’enseignement supérieur, fort heureusement a connu une dynamique de croissance avec le campus d’Aboudaou et d’autres projets qui vont connaitre nous l’espérons une réalisation rapide et de qualité pour répondre aux besoins sans cesse croissants. C’est le cas des facultés d’Amizour avec sa résidence et celle d’El Kseur. Que dire à propos de ce secteur, sinon que le projet de CHU qui semble-t-il devient une réalité, mérite tout le soutien de toute la population, des élus toutes tendances confondues et des autorités qui doivent concentrer leurs efforts sur cet acquis pour qu’il ne soit pas un mirage.
Quant à l’enseignement secondaire, collèges et lycées, les établissements actuels croulent sous les sureffectifs, et le problème se posera avec acuité dès la prochaine rentrée, si l’on se fie, à ce qui se dit, encore une fois, faute de disposer des statistiques chiffrées.
Nous pouvons continuer à procéder à ce diagnostic en allant dans les détails et il faudra beaucoup de temps, la situation étant fort inquiétante. Cet exposé est raccourci au maximum, dans le seul souci de ne pas ennuyer.
Vous voyez donc bien que la Wilaya, si son développement constitue bien un objectif, nécessite, comme on le répète çà et là, d’un véritable plan spécial, pour ne pas dire un plan de sauvetage, tant qu’il est encore temps.
La région de Bejaia, forte de sa contribution historique à la formation de l’unité nationale depuis les temps les plus reculés à nos jours, dotée de grandes potentialités humaines et naturelles se sent en marge de l’élan de prospérité qui fait bénéficier toutes les régions.

Vous avez le devoir d’agir pour que la région ne soit pas le parent pauvre de ce développement imprimé au pays par le programme du Président.

Faites que BEJAIA redevienne la bougie qui reprendra sa mission d’éclairer au lieu de sombrer dans les ténèbres.

Monsieur le Premier Ministre,

La population de BEJAIA vous saura gré de l’attention que vous réussirez à concentrer, nous en sommes convaincus, sur la région.
MERCI.

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