Timellahin ou les Salines de la Basse Kabylie

Posté par Rabah Naceri le 5 avril 2013

Timellahin ou les Salines de la Basse Kabylie dans 1. AU JOUR LE JOUR timellahin

Vidéo sur Timellahin

Timellaḥin ou les salines d’Imellaḥen, sont établies au pied du mont Mghendas à l’extrêmes sud de la Soumam en Kabylie (Algérie). Leur spécificité géologique appuyée au vu et au su de tout le monde révèle un sous-sol rocheux et sédimentaire essentiellement constituée de carbonate de calcium laissant ainsi surgir à la surface de multiples sources de l’eau salée qui ne se tarissent pas à nos jours en trois villages, à savoir Ickaven, Iɛednanen et At Unir , pourtant elles sont susceptibles à l’extinction définitive et pourraient très bien tarir un jour à l’encontre d’un simple tremblement de terre qui obture l’exutoire.

Au fil des siècles, les habitants nichés sur ces crêtes de la kabylie; appartenant à la lignée du premier ancêtre installé d’où le nom est « Mohand Waɛli Ackav » d’après les dires de précurseurs du village, en saisissent habilement cette aubaine agricole tout en l’exploitant par un art traditionnel rarissime aussi prodigieux et fascinant que celui exercé -cependant sans y avoir nul lien historique, culturel, linguistique, géographique ou autre- par les saliniers (agriculteurs du sel) descendants de la civilisation indienne appelée encore aujourd’hui « Inca » à l’extrême ouest de la planète, en Amérique-latine (Pérou) qui date seulement de treizième siècle A.D, mais appelée également par référence historique « la civilisation précolombienne ou amérindienne ».

En visionnant ce modeste documentaire de court-métrage, vous constaterez comparativement que Timellaḥin kabyles fonctionnent un peu à la manière des marais salants qui se trouvent en Europe –l’île de Gozo en Malte ou ceux de la Guérlande en France à tire d’exemple- dans la mesure où le sel est produit sous l’effet de l’évaporation de l’eau salée s’étalant aux rayons du soleil estival aigu, puis la seconde similitude avec lesdits marais réside dans les méthodes et techniques employées dans cette activité de l’exploitation: déploiement d’un effort physique le long du processus de la production consistant principalement à bien terrasser et aménager des bassins de faible profondeur (de 2 à 4 cm) dans le but d’assurer une plate-forme compacte et imperméable. Le tiers élément commun est la façon de faire rassembler autour des parois des tas de sel, sous forme de monticules blanches cristallisées en ayant recours à des outils agricoles tels que la lousse.

À l’inverse des marais salants dont la source de l’eau salée est la mer ou l’océan, celle des salines d’Imellaḥen, d’ailleurs telle celle de Maras, est à l’origine souterraine; l’eau très salée provient du flanc de la montagne nommée « Mghendas » via des sources que l’on abrite et que l’on achemine par la suite sous forme de ruisseau canalisé aux creux des bassins de différentes directions qui s’étendent majestueusement sur une si large surface. Un labeur dur et tout à fait traditionnel : pieds nus dans l’eau salée, le dos courbé, les saliniers raclent le fond des bassins sous la chaleur solaire journalière intense avant de faire monter leur récolte à dos d’âne en empruntant les sentiers des champs du plateau jusqu’à leurs propres habitations.

Quand on parle de ces sources de sel, celle du village d’Ickaven fascine autant ses habitants que toute autre personne étrangère qui y rend visite : une architecture singulière qui nous rappelle étrangement les empreintes romaines incrustées en kabylie, à Tipaza ou ailleurs en Algérie. Interrogés sur cette structure pyramidale particulière mais aussi sur la genèse de telles sources historiques, les vieux hommes de la région se focalisent tantôt sur des explications peu persuasives et tantôt sur une argumentation dissuasive ou plutôt évasive et mystique. Quoi que l’on dise de cet héritage séculaire qui se transmit d’une génération à l’autre et qui nous décèle ses secrets et ses merveilles recelés à travers les âges, la structure architectonique de ladite source demeure un vestige vivant qui porte l’énigme archéologique en lui-même.

Ce dont on est sûr, c’est que ces salines patrimoniales d’Imellaḥen ce ne sont pas une mythologie. Or, Il est objectif aujourd’hui d’y remettre en cause les possibilités qui élucident l’existence des sources de l’eau salée tout en écartant l’hypothèse métaphysique et/ou religieuse déjà adoptée, dépourvue d’un appui scientifique en traitant le présent thème. Ainsi, conformément à une thèse établie par un spécialiste en géologie, en voici un extrait éclaircissant la mutation des couches géologiques du sol: « Le plissement des zones contenant du sel enfouit dans le sous sol une poche d’eau salée, ou une nappe d’eau salée, celle-là est entourée d’une paroi rocheuse complètement imperméable, cette poche d’eau liquide ou cette nappe logée dans les interstices de roches est fossilisée et ne se renouvelle pas, mais au cours de l’histoire géologique, une fissure (une faille par exemple, la zone du sel est très sujette à des tremblements de Terre) ouvre une voie dans la paroi imperméable, et l’eau salée s’écoule alors vers la surface et forme ainsi une source … ». D’ailleurs, de nombreux forages et/ou puits effectués par des particuliers d’une manière sporadique sur la région montrent un relativisme au théorème précédemment indiqué : une présence à foison de roches calcaire sédimentées ainsi que de l’eau soit salée ou douce calcaire -comme celle d’Ugug- mais pas fréquemment que ce soit potable, à moins que la source est le mont de Mghendas ou encore les régions limitrophes dénués de cet attribut distinct.

Bien que cette pratique soit périodique (d’une saison d’été à une autre), les salines (Timellaḥin) offrent un panorama somptueux qui pourraient être un site touristique des plus envoûtants autant que les salines de Maras réputées de cette beauté saisonnière étincelante en plus de source de revenus pour les habitants, puisque qu’elle servait comme monnaie d’échange indispensable depuis leur création mystérieuse, sillonnant l’âge médiéval voire jusqu’à la récente décennie. Cette denrée était sans doute, jadis, tout aussi précieuse qu’elle était au même moment ailleurs en Europe ou en Amérique Latine mais sans être en aucun cas un équivalent de richesse sociale ou économique.

D’un angle nutritionnel, il est sans doute nécessaire d’y évoquer brièvement les vertus et les inconvénients collectés de ce composé chimique « chlorure de sodium » (NaCl) ; le compagnon de notre nourriture de tous les jours: avec le sodium, le chlorure (Cl-) participe à la répartition de l’eau dans l’organisme, contribue au maintient de la pression osmotique et de l’équilibre acide-base, il participe à la sécrétion de l’estomac en se combinant avec les ions H2 pour former de l’acide chlorhydrique et il contribue au transport du CO2 dans le sang. À noter que l’apport journalier de chlore recommandé est de 3g à 9g.

Alors que, le sodium (Na) joue un rôle crucial dans l’opération des enzymes et dans la contraction des muscles. Ce minéral est important pour l’osmorégulation (régulation de la concentration en sels dissous dans les fluides internes) et pour la maintenance des fluides du corps humain. D’autres bienfaits santé du sodium incluent une bonne performance du cœur, le bon fonctionnement du système nerveux et l’absorption du glucose. Par contre, la consommation excessive du sodium pourrait entraîner une hypertension artérielle, dégradation rénale et problèmes cardiovasculaires. À une portée indicative, la quantité de sodium optimale que l’on exige à un adulte de consommer, de 14 à 50 ans, est entre 1,5g et 2,3g/jour.

Par ailleurs, l’iode –qui a suscité tant de polémique- est un oligo-élément indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes. En cas de carence ou d’excès en cet élément, la thyroïde grossit et un goitre se forme. Cependant, on trouve beaucoup d’iode dans les algues, les poissons, les crustacés, les haricots verts, les laitages, etc.
À l’échelle mondiale, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et l’Unicef recommandent relativement l’iodation universelle du sel comme solution la plus économique et la plus efficace pour la prévention de la carence en iode. Rappelons en effet que si ce risque, fréquent dans certaines régions montagneuses d’Europe (Suisse, Jura, Alpes, Balkans), y a pratiquement disparu depuis l’utilisation du sel iodé, il persiste encore dans d’autres régions du monde.

http://www.who.int/elena/titles/salt_iodization/fr/index.html

Contrairement au sel marin naturellement iodé, celui d’Imellaḥen ou de Maras (souterrain) ne l’est pas. C’est pourquoi des journées de dépistage et de conscientisation organisées par l’Association Culturelle Lbacir Amellah (ACTBA) se sont tenues en 2011 à Imellaḥen pour prévenir les habitants des risques encourus entre autres de la carence en iode dans l’organisme et de les aviser, par conséquent, de la nécessité de compenser le sel dépourvu de l’iode par une consommation suffisante d’autres aliments qui en contiennent.

Comme le sel d’imellaḥen est concurrencé par le sel marin et le sel gemme exploité industriellement dans diverses mines du sel, puis une abstraction faite de « Si ɛbdela Aɛednan » ; l’ultime maquisard chevronné de toujours de Timellaḥin qui cultive, transporte et vend encore le sel récolté d’un village à un autre à l’aide de son fidèle âne, l’exploitation de nos salines aujourd’hui est si peu rentable et la quasi-totalité de ses agriculteurs abandonnent l’activité voire l’entretien de leurs bassins défectueux respectifs qui requièrtent dans l’adversité rien qu’une once de conscience et de volonté afin d’y ajuster leur valeur intrinsèque et de faire valoir sa juste historicité au-deçà de son aspect scientifique.

Grosso modo et en guise d’une alternative palliative, une collaboration citoyenne effective et l’intervention apolitique des autorités locales de prioriser ces sites archéologiques, en voie de disparition, en spécifiant un budget adéquat en vue de poser en place une clôture protectrice visant la restriction d’accès hasardeux pourrait bien remédier à la désolante dégringolade ainsi qu’à la défaillance de l’industrie du sel notées au niveau de Timellahin actuels; la mémoire ancestrale collective de la société kabyle.

Azedine Aoulmi
Le 30.03.2013

Laisser un commentaire

 

Association des Copropriéta... |
I will be back |
targuist |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ALGER RIT
| postier du 10
| Gabon, Environnement, Touri...