Les nuits de Bougie (par l’écrivain Abderahmane Zakad)

Posté par Rabah Naceri le 10 février 2013

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Les nuits de Bougie. 

La rue est déserte, une porte rugit,
Le vide envoûtant des nuits de Bougie.
Nuits sans mouvements, sans bruit et où l’air
Mélange son parfum à l’iode de la mer.

On frôle distrait les verdures dans l’ombre
Et les rythmes digitales bourgeonnant de poésie
Epanouies de floraisons de senteurs sans bornes
Bougie ! Bougie ! Nuits d’été et frénésie

Le frisson des ramures que love l’alizé,
L’orgueil de l’ipomée pour l’abeille câlinée,
Le musc arrogant du galant de nuit,
La cigale qui craquette, la luciole qui luit.

S’entend la mélodie d’un rire velouté
D’une femme romantique et charmeuse.
Il pleut la mélancolie tombant du ciel voûté,
L’ambre et le benjoin sur la cité radieuse.

Piaffant et roucoulant près d’une porte close
Un amoureux transi qui piétine les roses
La femme s’esclaffe, chaste et puritaine
Vive et sensuelle sans être hautaine

Le chant tragique d’un luth s’atténue
Emportant vers le large la musique et le rythme
Il garde à l’horizon sur la mer et aux nues
La mémoire antique en des pics charnus

Le mouedden appelle et s’entend tout près,
Un passant se hâte, l’ombre décroît,
Une chatte, sans ombre, se retire assurée
La ville s’endort dans un rêve de soie.

On ferme les yeux pour mieux ressusciter :
- Datus le romain et Saldae du fond des âges
*
- Nacer ibn Hamad dans la Casbah l’été
- les tribus fatimides campant sur la plage

Ibn Toumert  venant de loin
Pourchassait une jeunesse gaie
Qu’Ibn Khaldoun avec  tant de soins
Préparait  au combat contre Charles Quint
*

Nul geste n’aurait ce soir arraché,
La corde du chalut au port amarré.
La lune traîne, ronde et assagie,
Hésite et s’arrête sur le golfe de Bougie.

Quand les poètes pour plaire à Bougie
Epelleront les vers sans savoir qu’aujourd’hui
Malgré le temps qui coule et les stances qui fuient
Ils auront aimé qu’on lise leur symphonie

 

* Sous le règne d’Adrien (117-138), le gouverneur de Saldae, Varius Clemens adressa un texte au gouverneur de la Maurétanie Césarienne, texte qui est gravé sur la stèle qui se trouve  face à l’ancienne mairie : « Au nom de la cité splendide et de ses habitants, je te prie seigneur, d’engager le niveleur Nonius Datus, vétéran de la 3eme division Augusta, à venir à Saldae afin d’y terminer son œuvre ». L’œuvre consistait au tracé de l’aqueduc venant de Toudja.

* Ibn Toumert séjourna à Béjaia à partir de 1118. Pourchassé, il se réfugia à Mellala.

*En 1555, Salah Rais assiégea Bougie pour en chasser les troupes de Pédro de Navarre installées de puis 1509. En 1545, Charles Quint de passage à Bougie consolida les fortifications. Apparut alors la légende de Sidi Bou Djemline.

 

DU MÊME AUTEUR

Trabendo – Roman – éd. Marsa/Paris, 2001
Un chat est un chat – Poésie – éd. Marsa, 2003
Les jeux de l’Amour et de l’Honneur – Roman – éd.  Bibliopolis, 2004
Le vent dans le musée – Nouvelle – éd. Alpha 2006.
Nominé parmi les trois meilleures œuvres du Prix Mohammed Dib, 2003.
Une enfance dans le Mzab – Récits- éd. Alpha, 2008.
Le Terroriste – éd. Millefeuilles, 2009
Une femme dans les affaires – Roman – éd. El Othmania, 2009
Les Amours d’un journaliste – roman – éd. ACA, 2013

 

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Les trois poèmes qui m’ont été offerts par notre grand ami Abderahmane Zakad seront publiés dans le blog litteraire
http://coinlitteraire.unblog.fr

Une Réponse à “Les nuits de Bougie (par l’écrivain Abderahmane Zakad)”

  1. Zakad Abderrahmane dit :

    Bonjour,
    Mon poème présenté par mon ami Naceri, choisi parmi d’autres, se veut comme un appel pour sensibiliser les citoyens de Béjaia sur la décrépitude des quartiers de grande qualité architecturale ( locale et coloniale – Bab ellouz, Houma Karame, Acherchour, et le centre colonial) – Quand je chemine dans la rue du Vieillard la mélancolie m’inhibe. Ne manque que les larmes. Les magasins fermés, la mine des gens atterrés et les arbres qui poussent sur les acrotères. Ne manquent que les fauves qui déambulent. Et cette nouvelle mode d’appeler Kahoua Zobir, un quartier qui avait un joli nom : les cinq fontaines ou bien Houma oucherchour.
    Un point d’espoir quand même , l’animation de la rue Fatima et de Sidi Soufi. A qui la faute me diriez-vous ? Hé bien , aux Bougiotes, aux bjaouis, à Bgayet qui n’ont pas su sauvegarder leur ville haute mise au rebut par les affairistes de la plaine (El Khemis) comme on disant naguère. Bien sur, comme tout le monde, je fais parti des responsables de la catastrophe. Cordialement – Abderrahmane Zakad

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