Exposition « Les échanges intellectuels Bejaia-Tlemcen » à Tlemcen (par Mhand Kasmi)

Posté par Rabah Naceri le 4 octobre 2011

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Entre lumières célestes des savants et ténèbres artificielles de Palais

          Du monde, beaucoup de monde, du beau monde…pour reprendre l’expression du Professeur Aïssani, Commissaire Général de l’exposition, en ce samedi  1er octobre 2011 au Palais de la Culture de l’Imama à Tlemcen, à l’occasion du vernissage de l’exposition « les relations intellectuelles entre Bejaïa et Tlemcen » entre le XIème  et  XXème siècle, organisée dans le cadre de la manifestation « Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011 ».

          Malgré l’absence criarde et largement  vérifiable d’une communication à hauteur réelle de l’événement et le caractère plutôt bureaucratique de celle parcimonieusement déroulée, de nombreux et authentiques tlemcéniens se reconnaissant à leurs soyeuses tenues traditionnelles éclatantes de blancheur, étaient là dés le début de l’après-midi là à arpenter patiemment les longues et froides galeries richement parées et ciselées du lieu, attendant résolument l’ouverture des lourdes portes des deux ailes du premier étage du Palais de la Culture, où se réglaient les derniers détails scénographiques de la monumentale et impressionnante exposition. On pouvait reconnaitre aux coups d’œil furtifs et complices que s’échangeaient avant même l’ouverture officielle de la manifestation  les équipes mixtes tlemceno-bougiotes qui ont travaillé sans relâche depuis plus d’une année au montage de cette exposition, que le pari était presque…gagné. Et de fort belle manière ! Deux jours plus tôt, le ton était déjà donné. « Tlemcen, capitale de la Culture islamique 2011 », qui ne  dispose même pas de théâtre, a pu ainsi, l’espace d’une soirée soustraite aux 365 jours de son destin de capitale « islamique 2011 », prendre sa  revanche sur le sort en réservant un accueil d’une chaleur exceptionnelle aux comédiens du Théâtre Régional de Bejaïa, venus rappeler à la « Grenade Africaine » le périple exceptionnel de l’un de ses plus grands savants d’adoption, Abou El Fadhl El M’cheddaly Ezouaoui, né comme son nom l’indique sur les contreforts du Djurdjura en 1419, à M’cheddellah (Maillot du temps de la colonisation). Cet illustre  savant, fils prodige d’une grande lignée de savants, qui officia à la fin de sa vie et pendant dix ans  en « Cheikh El Machaïkh » sans concurrent à la plus grande université musulmane d’El Azhar, a décidé d’honorer sa ville d’adoption. A la fin de la représentation, un notable et intellectuel tlemcénien Monsieur Baghli pour ne pas le nommer, emporté par l’émotion du moment, avoue publiquement, sans en rougir : «  C’est aujourd’hui, que la manifestation Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011 commence réellement ! ». Les applaudissements et les you-you fusent. Les nombreux militants d’une culture authentiquement nationale élevée au rang de culture islamique, que dis-je universelle, exultent ! Le titre de la pièce venait de valider sa pertinence « Abou El Fadhl el M’cheddaly Ezzouaoui fi Tilimsen ». Cet éminent savant encyclopédiste, bien de chez nous, qui fit le tour du monde connu de son époque en maitre des sciences rationnelles et universelles, venait tout simplement de rentrer chez lui, en Algérie dans le Maghreb Central, dont les frontières scientifiques à l’époque étaient délimitées par l’espace balisé à l’est par Bejaïa et à l’Ouest, Tlemcen. Le ton était donné ! Moins de quarante huit heures plus tard, la porte ouverte symboliquement par Abou El Fadhl était déjà prise d’assaut par tous les savants à dimension islamique universelle inconnus dans les deux villes qui furent à l’origine de leur notoriété scientifique, littéraire ou artistique. Certains ont quand même fini par être connus et reconnus : Sidi Boumediene, père fondateur à partir de Bejaïa  de l’école soufie de l’occident musulman et Saint des Saints maghrébins, les frères Abderahmane et Yahia Ibn Khaldoun pour leur contribution à l’émergence d’une théorie de l’histoire universelle pour le premier et de l’histoire de la dynastie zianide pour le second, les maitres de la musique andalouse maghrébine que furent les Cheikhs Larbi Ben Sari et Sadek El Bedjaoui, refondateurs incontestables et infatigables  de la musique andalouse « ghernatie » et « sanâa » dans chacune de leurs villes respectives, avec une dimension maghrébine aux accents et prolongements universels… Pour ceux qui sont moins connus, leur réincarnation en chair et en os et à hauteur humaine à travers de riches notices passant en revue leurs œuvres, leurs déclarations, leurs états d’âme, fût pour nombre de visiteurs y compris parmi les connaisseurs, une véritable découverte. En se laissant aller entre les travées en chicane de l’exposition, servie par une ingénieuse scénographie dessinée par Thaïs Production de Bejaïa, réalisant une synthèse harmonieuse entre les tons chauds sur fond ébène des manuscrits de graphie maghrébine et les angles droits aux contours futuristes des écrans plasma diffusant des reportages sur chacune des 40 histoires des savants nés à Tlemcen partis chercher le « Ilm » (la science) à Bejaïa ou les savants ayant réalisé le parcours inverse, on se surprend à aller de découverte en découverte. On y apprend au passage que le savant tlemcenien rénovateur de l’Islam le plus connu Es Senouci  a réalisé un sharh (explication) du mufti de Bejaïa El Ouaghlissi, lequel a été le professeur du Saint tutélaire d’Alger Sidi Abderrahmane et de celui d’Oran Sidi El Houari, qui ont tous deux étudié à Bejaïa. On y découvre dépités, que les manuscrits de ce muphti de Bejaïa du XIVème siècle sont jalousement conservés à Princeton (USA), Londres, Paris, Leyde, Rabat, La Mecque, Tombouctou et pas à Tlemcen et encore moins à Bejaïa qui ne dispose même pas d’un centre d’archives digne d’abriter une seule des khizanate  (bibliothèques privées) de manuscrits  découverte en 1995, dont le contenu est exposé ! On s’arrête pour déchiffrer la traduction rimée de la « Aqida Sughra » du savant tlemcénien  Senouci en Tamazight et en graphie arabe, s’il vous plait ! On se surprend à faire le décompte des ulémas de Tlemcen : quatre milles seulement selon Mr Baghli ! Le nombre de fatawi bougiotes dans le « Mi’yar » des fatawi d’El Wancharissi, de savants bougiotes dans le « Bustan » tlemcenien d’Ibn Meriem. L’exposition s’achève sur une partition musicale où les écrits tlemceniens de Cheikh Sadek El Bejaoui se croisent avec le destin peu commun  des notes du r’bab du Cheikh Larbi Ben Sari offert au Cheikh de Bejaïa et exposé pour la première fois. C’est pour sceller ces retrouvailles fusionnelles entre deux villes qui ont tant donné à l’Algérie, que le vernissage de l’exposition a été clôturé par un spectacle spécialement « concocté » pour célébrer les retrouvailles entre les deux villes jumelles intitulé « M’chalia poétique et musicale tlemceno-bougiote » donné par l’orchestre féminin de l’association Ahbab Cheikh Sadek El Bejaoui. Une occasion qui fût mise à profit pour honorer les présents-absents dont la baraka,les « karamate » ont permis que ces retrouvailles soient, au moment de leur lancement, épargnés par le mauvais sort. C’est pour cela que la soirée musicale fut dés le départ placée sous le Haut Patronnage  de l’Imam Abou Hamed El Ghazali,de Djallal Eddin Erroumi, du poète andalou Ibn Khafadja et surtout du Ghouth maghrébin Sidi Boumediene qui passa les dernières trente années de sa vie dédiée à Dieu  à Bejaïa avant de choisir Tlemcen pour le repos éternel de son âme embrasée par l’amour divin . «  Que toute terre où vous descendez en soit vivifiée, comme si vous étiez la pluie en ses tréfonds » poème célèbre de Sidi Boumediene, écrit à Bejaïa, chanté sur le mode « mcedder » de la nouba « zidane »par la voix virile de deuxième ou troisième ténor de Cheikh Sadek El Bedjaoui pouvait ouvrir le bal des retrouvailles plurielles !…La soirée musicale  se terminera par deux chansons kabyles écrites et mises en musique par le même Cheikh…histoire de saluer dans la seule langue que maitrisait Yaghmoraçen, le mythique fondateur de la dynastie zianide, sa raffinée descendance tlemcenienne.

Sitôt retirés après l’extinction des lampions de l’inauguration officielle de l’exposition, la lumière éternelle de ces princes de la science céleste éblouissante de spiritualité, laissa place à celle moins brillante des « électriciens »  et autres « fonctionnaires » de la culture. Les premiers ne réussissent toujours pas à rétablir- jusqu’au moment de la rédaction de ces lignes- le courant du Palais de la Culture qui est plongé dans le noir depuis le jour de l’inauguration. Les seconds n’arrivent pas à accepter que la riche documentation élaborée par les concepteurs de l’exposition, notamment le livre bilingue de plus de soixante pages, puisse être largement distribué.

Aux dernières nouvelles, il semblerait que l’explication tiendrait (c’est ce que se susurrent de bouche à oreille les Tlemcéniens)  au fait que l’alimentation en énergie électrique du Palais de la Culture, n’ait  pas résisté au retour, à la charge « foudroyante » des saints et savants tlemceno-bougiotes bien algériens dans la « Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011 » qui se complait chaque jour un peu plus, dans le rôle peu excitant pour les algériens que nous sommes, d’une capitale islamique déployant ses oriflammes desséchés dans l’espace vivant dénommé « Algérie », plutôt que de promouvoir celui plus patriotique, de capitale algérienne de destin plusieurs fois islamique ! 

2 Réponses à “Exposition « Les échanges intellectuels Bejaia-Tlemcen » à Tlemcen (par Mhand Kasmi)”

  1. salem dit :

    bonjour
    je suis un artiste peintre de sidi bel abbes et je veux participer dans une exposition de la peinture

  2. silea dit :

    moi personnelement j’étais ravai d’assister dans cette exposition ou j’ai rencontré le journaliste de la télévision algérienne et à mon avis , cette exposition est réussite parce qu’elle parlé de beaucoup de chose consernant les rapports intéllectuelles entre ces deux grands villes

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