BOUGIE (Bgayet). Lumière du Maghreb

Posté par Rabah Naceri le 5 août 2010

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D’autres civilisations que la nôtre ont connu des périodes de modernisation, d’innovations et de prospérité. Bien avant nous.

Le magazine français Les Echos, dans son édition de juillet-août 2010, a repris un résumé, de la grande épopée de la période hammadite sous le règne du prince En-Nacer qui a su faire de faire de Bgayet (Nacéria – Bejaia – Bougie) un centre de rayonnement économique, scientifique et culturel. L’auteur de l’article n’a pas hésité à la surnommer la  »Lumière du Maghreb ».

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En 1068, l’émir En-Nacer, prince hammadite fait de ce petit port sa capitale. Elle deviendra une cité réputée pour sa magnificence et la qualité de ses  savants. Son rayonnement ne durera qu’un siècle.

Par Stéfano Lupieri

La légende veut que l’émir EN-Nacer se montra trop fier de la splendeur de Bougie, capitale de son royaume. Pour donner une leçon à cet émir orgueilleux, le marabout Sidi Touati lui fit voir la cité telle qu’elle devrait apparaitre par la suite : ruinée et oubliée. Détruite par les Espagnols en 1509, la ville (l’actuelle Bejaia) n’a jamais retrouvé le rayonnement économique et culturel qu’elle a connu au début du XIIè siècle. « Il faut revoir Bougie, par la pensée; au Moyen-Âge, lorsqu’elle avait sur la côte d’Afrique la prépondérance des lettres et du commerce », écrit Laurent-Charles Féraud, ancien interprète des armées devenu ministre plénipotentiaire au Maroc, auteur en 1857 d’une Histoire de Bougie (1) qui fait encore référence. « Elle avait alors une forte existence individuelle. Non seulement elle vivait libre et avait modifié à son profit l’autorité des sultans de l’Orient et de l’Occident dont elle relevait d’abord, mais elle avait encore ajouté à sa force personnelle, en s’unissant par des traités d’alliance et de commerce aux principales cités du littoral de la France, d’Espagne et aux puissantes républiques d’Italie ».

L’essor de ce petit port de la Méditerranée, à l’abri du Cap Carbon, est très rapide. Tout commence en 1068, lorsque En-Nacer, cinquième souverain de la dynastie des Hammadides, décide d’y transférer sa capitale, située jusqu’alors à l’intérieur des terres, à Qalaa. Objectif déclaré : se protéger des incursions des Hillaliens, une tribu arabe. « En transférant sa capitale, En-Nacer nourrissait sans doute des ambitions maritimes tant économiques que militaires », souligne Dominique Valérian, professeur d’histoire médiévale à Paris-I, qui a consacré sa thèse de doctorat à Bougie.

Des habitants exonérés d’impôts

Le monarque ne crée pas la cité ex-nihilo. On sait que l’empereur romain Auguste avait installé une colonie dans cette ville qui s’appelait alors Saldae. Mais, comme le pointait l’archéologue français Georges Marçais, « Bougie semble avoir vécu des jours sans gloire jusqu’au Moyen Age musulman ». En-Nacer, qui va étendre sa domination sur une grande partie de l’Algérie du Nord, s’emploie à changer son destin. Le souverain fait venir des milliers d’ouvriers pour construire un palais, une mosquée et un mur d’enceinte. Pour favoriser son peuplement, il semble que En-Nacer ait éxonéré les habitants d’impôts. Il ne reste que peu d’écrits, la ville a été détruite en grande partie par les Espagnols. On sait cependant que En-Nacer a entretenu une cour brillante. Déjà à Qalaâ, il s’est entouré d’une élite d’astronomes et de mathématiciens. Cette tradition s’est maintenue avec ses descendants. Dans un ouvrage de l’époque, Abou El Ghobrini donne la biographie sommaire d’au moins 900 savants ayant séjourné dans cette cité du XIIIè siècle. La ville était célèbre pour le niveau de son école et l’intensité de ses controverses. Bien avant Galilée, de nombreux lettrés de Bougie considéraient que la terre était ronde.  « La tolérance et le dynamisme des princes de Bougie, ainsi que les relations  nouées avec les républiques chrétiennes vont jouer un rôle majeur dans le processus de transmission du savoir musulman vers l’Occident chrétien » souligne le professeur Djamil Aïssani (2), président du groupe d’étude sur l’histoire des mathématiques à Bougie. C’est là que le Pisan Léonardo Fibonacci (1170 – 1240) va s’initier à l’algèbre et aux ùéthodes musulmanes de calcul. Il les consignera dans son Traité de l’abacus par lequel l’utilisation des chiffres arabes s’est diffusé à l’Occident.

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Les Hammadides ont régné sur le nord de l’Algérie (en rouge) durant un siècle et demi.

screenshot008.jpgL’amitié du souverain pontife

La rayonnement de Bougie est aussi avéré en diplomatie. En témoigne une lettre du pape Grégoire VII à En-Nacer, à l’occasion de la nomination d’un évèque à Bône (Annaba) et après que l’émir a racheté la liberté des prisonniers chrétiens. « Nous devons plus particulièrement que les autres peuples pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous sous des formes différentes adorons le même Dieu unique », écrit le pape. « Jamais peut-être pontife romain n’a plus affectueusement marqué sa sympathie pour un prince musulman », remarque, au XIXè siècle, le spécialiste de l’histoire des papes, Louis de Mas Latrie.

Selon la légende, En-Nacer, frappé par la prédiction du Marabout, abdique en faveur de son fils El-Mançour, qui poursuivra son oeuvre. « Doué d’un esprit créateur et ordonnateur, il se plaisait à fonder des édifices d’utilité publique, à bâtir des palais, à distribuer les eaux dans des parcs et des jardins », raconte Ibn Khaldun, historien du XIVè siècle.

Au début du XIIè siècle Bougie sonnait son âge d’or. La description de visu qu’en fait El-Idrissi, le géographe du roi normand Roger II de Sicile, est éloquente. « Ses habitants sont riches et plus habiles dans divers arts et métiers qu’on ne l’est ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant. Les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale ainsi qu’avec  ceux du Sahara et de l’Orient (…)

Autour de la ville sont des plaines cultivées où l’on recueille du blé, de l’orge et des fruits (…) On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères car les montagnes et les vallées environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d’excellente qualité. Les habitants se livrent à l’exploitation des mines de fer qui donnent du très bon minerai. En un mot, la ville est industrieuse. C’est un centre de communication très important ».

La dynastie des Hammadides prend fin en 1152 avec la prise de Bougie par les Almohades. Sous leur domination, puis celle des Hafsides, la ville est restée centre marchand actif. « Mais son poids relatif dans la Méditarranée avait diminué, explique Dominique Valérian. A partir du XIIè siècle, les marchands musulmans perdront l’initiative et n’arriveront plus à rivaliser avec la puissance financière de leurs homologues occidentaux ».

En dépit de cette évolution, Laurant-Charles Féraud n’hésite pas à rappeler : « si au XVIè siècle, Barberousse était parvenu à enlever cette ville aux Espagnols, le hardi corsaire en aurait sans doute fait le siège de la domination sur la côte barbaresque. Alger, que le hasard des criconstances mit au premier rang, serait dès lors restée une modeste bourgade ».

(1). Edition Bouchene

(2).Sur http://rabahnaceri.unblog.fr

 

Une Réponse à “BOUGIE (Bgayet). Lumière du Maghreb”

  1. Oulad el houma dit :

    tout le monde reconé que Bgayet é la plus bel ville dalgerie.vive Bgayettttttttttttttttttttttt

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